Physique · Sujet officiel n°11 · Session 2027

États de la matière

Partie 1 : Cycle 4 → TerminalePartie 2 : MPSI/PCSI/PTSI, puis 2e année pour ClapeyronPremiumMise à jour 2026-08-09

Prérequis : modèle particulaire de la matière et agitation thermique ; masse, masse volumique, quantité de matière ; température et pression, équation d'état du gaz parfait \(PV = nRT\) ; premier principe de la thermodynamique, énergie interne \(U\) et enthalpie \(H\), capacité thermique ; en CPGE : second principe et entropie, fonction enthalpie libre \(G\), identités thermodynamiques, dérivées partielles et différentielles de fonctions de deux variables, régression linéaire. Matériel : glace pilée, bécher, plaque chauffante à puissance réglable, sonde thermométrique reliée à une interface d'acquisition, agitateur, chronomètre ; carboglace, gants cryogéniques, cristallisoir ; tube scellé de dioxyde de carbone (banc à point critique) et bain thermostaté réglable autour de 30 °C ; calorimètre étalonné, balance au dixième de gramme ; ballon d'eau dégazée relié à un manomètre absolu, pompe à vide primaire, bain thermostaté ; Python (numpy, matplotlib) ou Regressi ; simulation PhET « States of Matter ».

Plan de leçon

  • Introduction : « l'eau bout à 100 °C » est une phrase fausse dès qu'on ne précise pas la pression ; la carboglace, elle, ne fond jamais à l'air libre. Fil conducteur : l'état physique d'un corps pur n'est pas une propriété de ce corps, c'est la réponse d'un système à un couple \((T,P)\), et cette réponse se lit sur un diagramme.
  • I. Les trois états et leurs transformations (Cycle 4 → Terminale) : modèle particulaire, nomenclature des six changements d'état, conservation de la masse, palier de température, premier contact avec le diagramme de phases de l'eau et l'habitabilité planétaire + manip 1 (courbe \(T(t)\) de la fusion de la glace, exploitée quantitativement).
  • II. Le corps pur diphasé : lire les diagrammes (MPSI/PCSI/PTSI) : variance et règle des phases, diagramme \((P,T)\), point triple et point critique, isothermes d'Andrews dans le diagramme de Clapeyron \((P,v)\), titre en vapeur et théorème des moments, modèle de van der Waals + manip 2 (sublimation de la carboglace et disparition du ménisque au point critique du \(\ce{CO2}\)).
  • III. L'énergétique du changement d'état (MPSI/PCSI/PTSI) : enthalpie de changement d'état, bilan enthalpique isobare, relation de Clapeyron démontrée puis appliquée à la pente négative de la courbe de fusion de l'eau, approximation de Clausius-Clapeyron et ses hypothèses + manip 3 (calorimétrie de la fusion) et manip 4 (pression de vapeur saturante, régression et exploitation Python).
  • Conclusion et ouverture : ce que le modèle du corps pur ne dit pas — mélanges, métastabilité, transitions du second ordre.

Introduction

« L'eau bout à 100 °C. » C'est sans doute la phrase la plus répétée des salles de sciences, et elle est fausse dès qu'on la sort de son contexte : elle n'est vraie que sous une pression de \(1{,}013\times10^{5}\) Pa. Dans un autocuiseur, l'eau bout vers 120 °C — c'est précisément ce qui fait cuire les aliments plus vite. En haute montagne, elle bout nettement en dessous de 100 °C, et les temps de cuisson s'allongent. La température d'ébullition n'est donc pas une propriété de l'eau : c'est la coordonnée d'un point sur une courbe, et cette courbe dépend de la pression.

Symétriquement, un morceau de carboglace posé sur la paillasse ne laisse jamais de flaque : le dioxyde de carbone solide passe directement à l'état gazeux. Il ne s'agit pas d'une bizarrerie chimique du \(\ce{CO2}\) mais, là encore, d'une question de pression : sous la pression atmosphérique, que l'on prendra partout dans cette leçon égale à \(1{,}013\times10^{5}\) Pa \(= 1{,}013\) bar, l'état liquide du \(\ce{CO2}\) n'est tout simplement pas accessible. Deux corps purs, deux comportements qui semblent sans rapport, et une seule et même explication : le diagramme d'équilibre \((P,T)\).

Le fil conducteur de cette leçon est donc le suivant : l'état physique d'un corps pur n'est pas un attribut de la substance, c'est la réponse d'un système à un couple \((T,P)\) imposé. Nous suivrons la progression du curriculum. Le secondaire construit d'abord la description qualitative — trois états, six changements d'état, conservation de la masse, palier de température — puis lit un premier diagramme de phases. La CPGE en fait un objet quantitatif : règle des phases, diagramme de Clapeyron \((P,v)\), titre en vapeur. Enfin, l'énergétique du changement d'état, via la relation de Clapeyron, relie ces deux diagrammes l'un à l'autre et rend le tout mesurable au laboratoire.

I. Les trois états et leurs transformations Cycle 4 → Terminale

Au collège, la matière est décrite par un modèle particulaire volontairement pauvre : la matière est faite de particules (on ne dit pas encore lesquelles), toujours en mouvement, et d'autant plus agitées que la température est élevée. Ce modèle minimal suffit à distinguer les trois états et à leur associer trois propriétés observables — forme propre, volume propre, compressibilité.

Il faut mesurer ce que ce modèle a de puissant et ce qu'il a de trompeur. Il explique très bien pourquoi un gaz occupe tout le volume offert et pourquoi un solide résiste à la déformation. Il n'explique en revanche pas du tout pourquoi une phase liquide existe : il faudrait pour cela invoquer la compétition entre l'agitation thermique et les interactions attractives entre particules, ce qui n'arrive qu'en fin de lycée et prend sa forme quantitative en CPGE avec le modèle de van der Waals, en partie II.

Les trois états de la matière, description macroscopique et particulaire.
  • Solide : forme propre et volume propre, quasi incompressible. Les particules sont au contact, très ordonnées dans un solide cristallin, et n'effectuent que des oscillations autour de positions moyennes fixes. La cohésion l'emporte largement sur l'agitation.
  • Liquide : volume propre mais pas de forme propre, quasi incompressible. Les particules restent au contact — d'où une masse volumique voisine de celle du solide — mais se déplacent les unes par rapport aux autres. Cohésion et agitation sont du même ordre.
  • Gaz : ni forme ni volume propres, très compressible. Les particules sont éloignées (à \(1{,}013\) bar et 300 K, la distance moyenne entre molécules vaut une dizaine de fois leur taille) et n'interagissent qu'au moment des chocs. L'agitation l'emporte sur la cohésion.

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