Physique · Sujet officiel n°1 · Session 2027

Dynamique newtonienne

Partie 1 : Terminale spéPartie 2 : MPSIAccès libreMise à jour 2026-07-11

Prérequis : cinématique du point (vecteurs position, vitesse, accélération), bases d'un référentiel, produit scalaire et produit vectoriel (MPSI), notion de force et de référentiel galiléen vus au collège et en Seconde. Matériel : table à coussin d'air + mobile autoporté, dispositif de pointage vidéo, masses marquées et poulie ; pendule pesant rigide (tige graduée + masse) sur axe à couteau repositionnable, capteur d'angle (potentiomètre multitours ou capteur optique), pied à coulisse, acquisition Python.

Plan de leçon

  • Introduction : d'Aristote à Newton, pourquoi un objet lancé finit-il par s'arrêter ? Poser le programme de la dynamique.
  • I. Des trois lois de Newton à la deuxième loi (Première → Terminale spé) : construction progressive Seconde → Première → Terminale, énoncé vectoriel de la 2ᵉ loi + manip 1 (mobile autoporté, validation de \(m\vec{a}=\sum\vec{F}\)).
  • II. Mouvements dans un champ (Terminale spé) : chute parabolique dans un champ uniforme, orbite circulaire et 3ᵉ loi de Kepler (lien sujet 23).
  • III. Moment cinétique et référentiels non galiléens (MPSI) : théorème du moment cinétique, pendule pesant, référentiel terrestre non galiléen + manip 2 (mesure de \(g\), budget d'incertitude).
  • Conclusion et ouverture : limites du modèle newtonien, ponts vers oscillateurs, résonance, fluides, gravitation.

Introduction

Une luge lancée sur la neige finit par s'immobiliser. Pour Aristote, cet arrêt est la preuve qu'un mouvement exige une cause permanente : sans force, pas de mouvement. C'est une conception intuitive, mais fausse, et elle survit chez nos élèves. Galilée puis Newton renversent le raisonnement : ce n'est pas le mouvement qui réclame une force, c'est sa modification. La luge ralentit à cause des frottements ; sur une surface idéale sans frottement, elle ne s'arrêterait jamais.

La dynamique newtonienne, formalisée dans les Principia (1687), est le cadre qui relie les causes (les forces) aux effets (les variations du mouvement). Toute la mécanique du point du secondaire et de première année de CPGE en découle. L'enjeu de cette leçon est double : montrer que ce corpus se construit par paliers d'abstraction successifs dans le curriculum français, et l'illustrer à chaque niveau par une expérience réellement exploitée.

I. Des trois lois de Newton à la deuxième loi Première → Terminale spé

Le programme n'introduit pas les trois lois d'un bloc : il les distille sur trois années. Restituer cette progression est le cœur pédagogique de la partie. Travaillons dans un référentiel \(\mathcal{R}\) supposé galiléen, hypothèse fondatrice sans laquelle aucun des énoncés qui suivent n'a de sens.

Première loi — principe d'inertie (introduit en Première spé). Dans un référentiel galiléen \(\mathcal{R}\), un système est au repos ou en mouvement rectiligne uniforme si et seulement si la somme des forces extérieures qui s'exercent sur lui est nulle : son vecteur quantité de mouvement \(\vec{p}=m\vec{v}\) est alors constant. La quantité de mouvement \(\vec{p}\) et la conservation associée sont, elles aussi, des notions de Première.
Troisième loi — actions réciproques (introduite en Première spé). Deux corps \(A\) et \(B\) en interaction exercent l'un sur l'autre des forces opposées, de même droite d'action : \(\vec{F}_{A\to B}=-\vec{F}_{B\to A}\). Ces deux forces s'appliquent sur deux corps différents : elles ne se compensent jamais entre elles.

En Terminale seulement apparaît le vecteur accélération, deuxième dérivée temporelle de la position, et avec lui la forme vectorielle de la deuxième loi. On définit d'abord proprement, dans \(\mathcal{R}\) :

\[ \vec{v}(M/\mathcal{R}) = \left.\dfrac{\mathrm{d}\overrightarrow{OM}}{\mathrm{d}t}\right|_{\mathcal{R}}, \qquad \vec{a}(M/\mathcal{R}) = \left.\dfrac{\mathrm{d}\vec{v}(M/\mathcal{R})}{\mathrm{d}t}\right|_{\mathcal{R}} . \]

Deuxième loi de Newton (cœur du programme de Terminale). Dans un référentiel galiléen, la dérivée temporelle du vecteur quantité de mouvement d'un système est égale à la somme des forces extérieures : \(\left.\dfrac{\mathrm{d}\vec{p}}{\mathrm{d}t}\right|_{\mathcal{R}}=\sum \vec{F}_{\text{ext}}\). À masse constante, elle prend la forme enseignée en classe :
\[ m\,\vec{a}(M/\mathcal{R}) = \sum \vec{F}_{\text{ext}} \]

La première loi apparaît alors comme le cas particulier \(\sum\vec{F}_{\text{ext}}=\vec{0}\Rightarrow \vec{a}=\vec{0}\) : le principe d'inertie est contenu dans la deuxième loi. Cette relation est vectorielle : elle impose que l'accélération soit colinéaire et de même sens que la résultante des forces, ce qui se prête directement à une validation expérimentale.

mobile (m) m' P (poids) R (réaction) T (tension) a
Mobile autoporté tracté par une masse marquée. Verticalement \(\vec{P}\) et \(\vec{R}\) se compensent ; la résultante est la tension \(\vec{T}\), colinéaire à l'accélération \(\vec{a}\), mise en évidence par le pointage.
Manip 1 — Validation expérimentale de la deuxième loi (lycée standard)
MatérielTable à coussin d'air et mobile autoporté (frottement quasi nul), ou pointage vidéo d'une chute / d'un projectile ; masses marquées, poulie de renvoi, règle graduée pour l'échelle, logiciel de pointage.
Protocole(a) Mobile lancé libre, sans traction : on vérifie que la trajectoire est rectiligne et le mouvement uniforme. (b) Mobile relié par un fil à une masse marquée \(m'\) qui pend : on filme la phase de traction.
TraitementPointage image par image ; calcul de \(\vec{v}\) et \(\vec{a}\) par différences finies centrées \(\vec{v}_i\approx(\overrightarrow{OM}_{i+1}-\overrightarrow{OM}_{i-1})/(2\Delta t)\). On teste la colinéarité \(\vec{a}\parallel\sum\vec{F}\) et la proportionnalité.
IncertitudesRésolution du pointage, calibration de l'échelle, période d'échantillonnage ; frottements résiduels du coussin d'air, qui font que \(\sum\vec{F}\) n'est pas rigoureusement nulle en (a) : c'est l'écart au modèle idéal.
Exploitation(a) \(\vec{a}\approx\vec{0}\), le vecteur vitesse est constant : illustration directe du principe d'inertie. (b) L'accélération mesurée est constante ; on la compare à la prévision du modèle sur l'ensemble {mobile + masse} : \(a_{\text{théo}}=\dfrac{m'g}{m+m'}\). L'accord, à l'incertitude près, valide \(m\vec{a}=\sum\vec{F}\).

Cette manip incarne la démarche que le jury attend d'un enseignant en poste : distinguer explicitement l'expérience (le nuage de points pointés), le modèle (\(m\vec{a}=\sum\vec{F}\) avec frottements négligés) et la théorie (les lois de Newton), et lire les frottements résiduels non comme une erreur de manipulation mais comme la limite assumée du modèle.

Seconde

Notion de force, principe d'inertie qualitatif, actions réciproques. On travaille avec des directions et des sens, pas encore avec des dérivées.

Première spé

Principe d'inertie (1ʳᵉ loi) et sa réciproque, quantité de mouvement \(\vec{p}=m\vec{v}\), lien qualitatif « \(\Delta\vec{v}\) colinéaire à \(\sum\vec{F}\) », troisième loi de Newton. Le mot « accélération » n'est pas encore vectorisé.

Terminale spé

Vecteurs vitesse et accélération comme dérivées de la position, deuxième loi vectorielle \(m\vec{a}=\sum\vec{F}_{\text{ext}}\), applications aux champs uniforme et de gravitation.

MPSI

Formalisation en référentiel galiléen, théorème du moment cinétique, intégrales premières, ouverture aux référentiels non galiléens.

Conceptions erronées à anticiper (documentées).
  • Aristotélisme résiduel : « une force est nécessaire pour maintenir le mouvement ». Levier : la phase libre sur coussin d'air, où le mouvement se poursuit sans force motrice.
  • Confusion vitesse / accélération : associer \(\vec{a}\) à la direction de \(\vec{v}\) plutôt qu'à sa variation. Levier : le mouvement circulaire uniforme, où \(\vec{a}\neq\vec{0}\) alors que \(\|\vec{v}\|\) est constant.
  • Confusion action-réaction / équilibre : le poids \(\vec{P}\) d'un objet posé et la réaction \(\vec{R}\) du support ne forment pas un couple action-réaction. Le partenaire de \(\vec{P}\) (attraction Terre → objet) est l'attraction de l'objet sur la Terre, qui s'applique sur la Terre.
  • Confusion masse / poids : la masse (kg, grandeur inertielle) n'est pas le poids (N, une force).
Point de vigilance — conformité au programme officiel. Présenter les trois lois comme un « bloc de Terminale » est inexact au sens du BO. La 1ʳᵉ et la 3ᵉ loi et la quantité de mouvement relèvent de la Première ; seule la forme vectorielle \(m\vec{a}=\sum\vec{F}\), via le vecteur accélération, relève de la Terminale (programmes de Première et Terminale spé, arrêté du 19-7-2019).

II. Mouvements dans un champ Terminale spé

La puissance de la deuxième loi se mesure à sa portée : la même équation gouverne la pomme qui tombe et la Lune qui orbite. On l'applique ici aux deux champs au programme de Terminale, le champ uniforme et le champ de gravitation.

1. Système, référentiel, bilan

Système : projectile ponctuel de masse \(m\). Référentiel terrestre \(\mathcal{R}\) supposé galiléen. Frottements de l'air négligés : la seule force est le poids \(\vec{P}=m\vec{g}\), avec \(\vec{g}\) uniforme.

2. Deuxième loi

\[ m\,\vec{a}(M/\mathcal{R}) = m\vec{g} \quad\Longrightarrow\quad \vec{a}(M/\mathcal{R}) = \vec{g}. \]

L'accélération est indépendante de la masse : c'est l'universalité de la chute libre. Deux corps de masses différentes, lâchés sans vitesse, tombent identiquement dans le vide.

3. Intégrations successives

Avec \(\vec{g}=-g\,\vec{e}_z\), une vitesse initiale \(\vec{v}_0\) dans le plan \((x,z)\) à un angle \(\alpha\) et une origine en \(O\) :

\[ \vec{v}(t)=\begin{pmatrix} v_0\cos\alpha \\ -\,g\,t+v_0\sin\alpha \end{pmatrix}, \qquad \overrightarrow{OM}(t)=\begin{pmatrix} v_0\cos\alpha\;t \\ -\tfrac12 g t^2 + v_0\sin\alpha\;t \end{pmatrix}. \]

4. Équation de la trajectoire

\[ z(x) = -\dfrac{g}{2\,v_0^2\cos^2\alpha}\,x^2 + \tan\alpha\;x. \]

La trajectoire est une parabole d'axe vertical. Sens physique : la composante horizontale de la vitesse reste constante (aucune force horizontale), seule la composante verticale évolue sous l'effet de \(\vec{g}\).

x z v₀ α v g
Trajectoire parabolique : \(\vec{v}\) reste tangente, \(\vec{a}=\vec{g}\) est constante et verticale en tout point. Simulation exploitable en classe : PhET « Projectile Motion ».

Passons au champ de gravitation. Pour une orbite circulaire de rayon \(r\) d'un satellite de masse \(m\) autour d'un astre de masse \(M\), la deuxième loi projetée sur la direction radiale donne l'accélération centripète :

Orbite circulaire → 3ᵉ loi de Kepler

\[ m\dfrac{v^2}{r} = \dfrac{G M m}{r^2} \;\Longrightarrow\; v=\sqrt{\dfrac{GM}{r}}, \qquad T=\dfrac{2\pi r}{v}. \]

D'où \(\dfrac{T^2}{r^3}=\dfrac{4\pi^2}{GM}\) : le rapport ne dépend que de l'astre attracteur, c'est la troisième loi de Kepler (lien direct avec le sujet officiel n°23).

\[ v=\sqrt{\dfrac{GM}{r}} \qquad\text{et}\qquad \dfrac{T^2}{r^3}=\dfrac{4\pi^2}{GM} \]
ApplicationTerminale

Un satellite géostationnaire reste fixe au-dessus d'un point de l'équateur : sa période vaut le jour sidéral \(T=86\,164~\text{s}\). Avec \(GM_{\text{Terre}}=3{,}986\times10^{14}~\text{m}^3\cdot\text{s}^{-2}\) et \(R_{\text{Terre}}=6{,}37\times10^{6}~\text{m}\), déterminer le rayon d'orbite, l'altitude et la vitesse.

Corrigé

\[ r=\left(\dfrac{GM\,T^2}{4\pi^2}\right)^{1/3} =\left(\dfrac{3{,}986\times10^{14}\times(86\,164)^2}{4\pi^2}\right)^{1/3} \approx 4{,}22\times10^{7}~\text{m}=42\,200~\text{km}. \] Altitude \(h=r-R_{\text{Terre}}\approx 3{,}58\times10^{7}~\text{m}\approx 35\,800~\text{km}\). Vitesse \(v=\sqrt{GM/r}\approx 3{,}07\times10^{3}~\text{m}\cdot\text{s}^{-1}\).

Sens physique : cette altitude unique d'environ 36 000 km est celle où la période orbitale égale exactement la durée de rotation de la Terre : le satellite paraît immobile dans le ciel, d'où son usage en télécommunications et en météorologie. Toute autre altitude donnerait un satellite défilant.

Illustration expérimentale de la Partie 1. Conformément à la règle d'une manip par partie (secondaire / CPGE), la manip 1 (mobile autoporté, section I) constitue l'illustration expérimentale exploitée de l'ensemble de la partie secondaire : la deuxième loi qu'elle valide est ici simplement appliquée à deux champs. On la prolonge par la simulation PhET « Projectile Motion » (modèle numérique, pas une mesure), autorisée pendant l'épreuve : on règle \(v_0\) et \(\alpha\), on relève la portée et la flèche, et on vérifie que la trajectoire simulée coïncide avec la parabole \(z(x)\) prévue par le modèle ; en ajustant \(v_0\) pour retrouver une portée imposée, on met en évidence la sensibilité de la trajectoire aux conditions initiales.

III. Moment cinétique et référentiels non galiléens MPSI

En CPGE, la description « force = masse × accélération » se double d'un point de vue rotationnel, plus commode dès qu'un point de la trajectoire est privilégié (pivot, centre attracteur). On introduit le moment cinétique et son théorème d'évolution.

Moment cinétique et moment d'une force. Pour un point matériel \(M\) en un point fixe \(O\) d'un référentiel \(\mathcal{R}\) : \(\vec{L}_O(M/\mathcal{R})=\overrightarrow{OM}\wedge m\vec{v}(M/\mathcal{R})\) et \(\vec{\mathcal{M}}_O(\vec{F})=\overrightarrow{OM}\wedge\vec{F}\).
Théorème du moment cinétique (TMC). En un point \(O\) fixe d'un référentiel galiléen \(\mathcal{R}_g\) : \(\left.\dfrac{\mathrm{d}\vec{L}_O}{\mathrm{d}t}\right|_{\mathcal{R}_g}=\sum\vec{\mathcal{M}}_O(\vec{F}_{\text{ext}})\). Projeté sur un axe fixe \(\Delta\) orienté par \(\vec{u}_\Delta\) : \(\dfrac{\mathrm{d}L_\Delta}{\mathrm{d}t}=\mathcal{M}_\Delta\).
1. Pendule pesant — mise en équation par le TMC

Solide de moment d'inertie \(J_\Delta\) par rapport à l'axe horizontal fixe \(\Delta\) passant par le point de suspension, de masse \(m\), centre d'inertie \(G\) à la distance \(d\) de l'axe. Seul le poids a un moment non nul (la liaison pivot supposée parfaite) :

\[ J_\Delta\,\ddot{\theta} = -\,m g d\,\sin\theta. \]

2. Petites oscillations

Pour \(\theta\) petit, \(\sin\theta\approx\theta\) : \(\ddot{\theta}+\dfrac{mgd}{J_\Delta}\,\theta=0\), oscillateur harmonique de pulsation propre

\[ \omega_0=\sqrt{\dfrac{mgd}{J_\Delta}}~~\text{(rad}\cdot\text{s}^{-1}), \qquad T_0=2\pi\sqrt{\dfrac{J_\Delta}{mgd}}. \]

3. Intégrale première

En multipliant l'équation exacte par \(\dot\theta\) et en intégrant, on obtient la conservation de l'énergie mécanique \(\tfrac12 J_\Delta\dot\theta^2 - mgd\cos\theta=\text{cte}\) : une intégrale première du mouvement, au programme de MPSI, qui donne accès au portrait de phase.

Cas limite du pendule simple (masse ponctuelle : \(J_\Delta=mL^2\), \(d=L\)) : \(T_0=2\pi\sqrt{L/g}\), d'où \(g=\dfrac{4\pi^2 L}{T_0^2}\). La mesure de \(g\) devient une mesure de temps et de longueur.

axe Δ G θ mg
Pendule pesant : le poids \(m\vec{g}\) appliqué en \(G\) a pour bras de levier \(d\sin\theta\), d'où le moment de rappel \(-mgd\sin\theta\) par rapport à l'axe \(\Delta\).
Manip 2 — Mesure de g au pendule pesant (matériel type ENS)
MatérielPendule pesant rigide (tige graduée + masse) sur axe à couteau repositionnable le long de la tige ; capteur d'angle par potentiomètre multitours (montage ENS Montrouge) ou capteur optique ; acquisition Python ; pied à coulisse.
Protocole (a) — vérification préliminaireConfiguration quasi pendule simple (masse concentrée à distance \(L\approx1{,}00~\text{m}\) de l'axe, tige de masse négligeable). Petites amplitudes \(\theta_0\lesssim10^\circ\), mesure de la période sur \(N\approx20\) oscillations. On applique \(g=4\pi^2 L/T_0^2\) pour un ordre de grandeur rapide.
Protocole (b) — méthode complète (CPGE)On déplace l'axe de suspension le long de la tige (à \(m\) et \(J_G\) fixés), obtenant plusieurs distances \(d\) axe–centre d'inertie. Avec le théorème d'Huygens \(J_\Delta=J_G+md^2\), la période vérifie \(T^2 d=\dfrac{4\pi^2}{g}\,d^2+\dfrac{4\pi^2 J_G}{mg}\) : en portant \(T^2 d\) en fonction de \(d^2\), la pente vaut \(4\pi^2/g\), d'où \(g=4\pi^2/\text{pente}\), sans pesée ni connaissance de \(J_G\).
Traitement informatiséRégression linéaire pondérée (numpy.polyfit avec barres d'erreur) sur \((d^2,\,T^2 d)\) ; portrait de phase \((\theta,\dot\theta)\) ; FFT de \(\theta(t)\) pour extraire la fréquence propre.
Budget d'incertitude (GUM)Sur l'étape (a), \(\dfrac{u(g)}{g}=\sqrt{\left(\dfrac{u(L)}{L}\right)^2+\left(2\,\dfrac{u(T)}{T}\right)^2}\). Le facteur 2 sur \(u(T)\) (car \(g\propto T^{-2}\)) est le piège classique : le chronométrage domine, d'où la mesure sur \(N\) périodes. Autres termes : écart à \(\sin\theta\approx\theta\) corrigé par \(T=T_0\!\left[1+\theta_0^2/16+\dots\right]\) (formule de Borda), amortissement par frottements.
Résultat chiffré (étape a)\(L\approx1{,}00~\text{m}\), \(T\approx2{,}01~\text{s}\) (sur 20 périodes) : \(g=\dfrac{4\pi^2\times1{,}00}{(2{,}01)^2}\approx9{,}77~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\). Avec \(u(L)/L\approx u(T)/T\approx0{,}5\%\), \(u(g)/g\approx1{,}1\%\) soit \(u(g)\approx0{,}11~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\) : la mesure s'écrit \(g=9{,}77\pm0{,}11~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\). Comparaison à la valeur de référence \(g_{\text{réf}}=9{,}81~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\) : l'écart \(|9{,}81-9{,}77|=0{,}04~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\) est inférieur à l'incertitude \(0{,}11~\text{m}\cdot\text{s}^{-2}\), la mesure est donc compatible avec la référence.

À titre d'ordre de grandeur, un TP de référence donne un moment d'inertie mesuré \(J\approx(20{,}7\pm0{,}7)~\text{kg}\cdot\text{cm}^2\), soit environ 3,4 % relatif : représentatif de ce qu'on obtient au tableau, pas une valeur normative. En prolongement historique, le pendule réversible de Kater a permis la première mesure absolue de \(g\) sans connaître ni \(J_\Delta\) ni \(d\).

Dernier approfondissement : que devient la dynamique dans un référentiel \(\mathcal{R}'\) non galiléen ? La deuxième loi ne s'applique plus telle quelle ; il faut ajouter deux forces d'inertie :

\[ m\,\vec{a}(M/\mathcal{R}') = \sum\vec{F}_{\text{réelles}} + \vec{F}_{\text{ie}} + \vec{F}_{\text{ic}}, \qquad \vec{F}_{\text{ic}} = -2m\,\vec{\Omega}\wedge\vec{v}(M/\mathcal{R}') \]

La force de Coriolis \(\vec{F}_{\text{ic}}\), orthogonale à \(\vec{v}(M/\mathcal{R}')\), ne travaille jamais ; la force d'inertie d'entraînement \(\vec{F}_{\text{ie}}\) contient le terme centrifuge. Application terrestre : le référentiel terrestre tourne à \(\Omega_{\text{Terre}}=\dfrac{2\pi}{86\,164~\text{s}}\approx 7{,}29\times10^{-5}~\text{rad}\cdot\text{s}^{-1}\). Cette rotation explique la pesanteur apparente (poids + terme centrifuge), la légère déviation vers l'est d'un corps en chute libre, et la rotation lente du plan d'oscillation du pendule de Foucault (interprétation qualitative attendue en MPSI).

Ce que dit le jury (partie CPGE). La maîtrise du théorème du moment cinétique est une attente forte en mécanique (rapport 2025). Sur un montage, les incertitudes doivent être discutées comme un budget, pas énoncées comme excuse, et le traitement informatisé (régression, FFT) doit être intégré (rapport 2025). La pulsation s'exprime en rad·s⁻¹, unité fréquemment oubliée et pénalisée (rapport 2025).

Conclusion et ouverture

La dynamique newtonienne se construit par paliers : force et inertie qualitatives en Seconde ; principe d'inertie, quantité de mouvement et actions réciproques en Première ; deuxième loi vectorielle et mouvements dans un champ en Terminale ; moment cinétique, intégrales premières et référentiels non galiléens en MPSI. Une même équation, \(m\vec{a}=\sum\vec{F}\), décrit la chute d'un projectile et l'orbite d'un satellite.

Ses limites délimitent la physique moderne : masse supposée constante (fausse pour une fusée qui éjecte ses gaz), vitesses supposées faibles devant \(c\) (sinon relativité restreinte), échelles supposées macroscopiques (sinon mécanique quantique).

Ponts vers les sujets connexes : l'oscillateur harmonique du pendule ouvre sur les oscillateurs (sujet 8) et, sous excitation, sur la résonance (sujet 14) ; les frottements résiduels de la manip 1 sont le point d'entrée du sujet frottements (sujet 19) ; l'application de la deuxième loi à une particule de fluide conduit à l'équation d'Euler (sujet 13, fluides) ; l'orbite circulaire prépare la gravitation et les lois de Kepler (sujet 23).

Articulation avec la pratique professionnelle : la manip 1 est exactement le TP de validation de la deuxième loi que l'on conduit en Terminale par pointage vidéo ; la démarche expérience / modèle / théorie qu'elle installe est celle qui structure l'enseignement de la mécanique du collège à la CPGE, et que l'on réinvestit dans chaque chapitre.

Questions d'entretien anticipées

Question juryFond théorique

Pourquoi la deuxième loi de Newton n'est-elle valable que dans un référentiel galiléen ?

Éléments de réponse

Dans un référentiel non galiléen \(\mathcal{R}'\), l'accélération absolue diffère de l'accélération relative des termes d'entraînement et de Coriolis. Écrire \(m\vec{a}(M/\mathcal{R}')=\sum\vec{F}_{\text{réelles}}\) serait faux : il faut ajouter \(\vec{F}_{\text{ie}}\) et \(\vec{F}_{\text{ic}}=-2m\vec{\Omega}\wedge\vec{v}(M/\mathcal{R}')\). Le caractère galiléen est précisément la classe de référentiels où ces forces d'inertie s'annulent, ce qui fait de la deuxième loi une définition opérationnelle des référentiels galiléens.

Question juryManip / incertitudes

Dans la mesure de g, pourquoi chronométrer 20 périodes plutôt qu'une seule ?

Éléments de réponse

L'incertitude sur le chronométrage \(u(t)\) (temps de réaction, ~0,2 s) est fixe, alors que la durée mesurée est \(N\) fois plus grande : \(u(T)/T\) est divisée par \(N\). C'est décisif car dans \(u(g)/g=\sqrt{(u(L)/L)^2+(2\,u(T)/T)^2}\), le terme temporel entre avec un facteur 2 (car \(g\propto T^{-2}\)) : il domine le budget. Sans cette précaution, l'incertitude sur \(g\) serait dominée par le chronométrage plutôt que par la physique.

Question juryTransposition didactique

Comment introduisez-vous concrètement la distinction entre première et deuxième loi en classe ?

Éléments de réponse

En Première, je pars du principe d'inertie sur un cas où \(\sum\vec{F}=\vec{0}\) (mobile sur coussin d'air) : la vitesse reste constante, on introduit \(\vec{p}=m\vec{v}\) et sa conservation. En Terminale, je casse cette situation en appliquant une force non nulle : le mouvement n'est plus uniforme, et j'ai besoin d'un nouvel outil, le vecteur accélération, pour quantifier la variation. La deuxième loi apparaît alors comme la généralisation qui contient la première comme cas particulier. Je respecte ainsi la progression du BO, sans présenter les lois comme un bloc.

Question juryErreur classique

Le poids d'un livre posé sur une table et la réaction de la table forment-ils un couple action-réaction ?

Éléments de réponse

Non. Ces deux forces s'appliquent sur le même corps (le livre) et se compensent parce que le livre est en équilibre : c'est la première loi, pas la troisième. Le partenaire action-réaction du poids (attraction Terre → livre) est l'attraction gravitationnelle du livre sur la Terre, force qui s'applique sur la Terre. Le partenaire de la réaction de la table est l'action du livre sur la table. Confondre les deux est l'une des erreurs les plus tenaces au lycée.

Question juryAux limites du programme

Dans quelles situations la mécanique newtonienne cesse-t-elle d'être valable ?

Éléments de réponse

Trois frontières : (i) vitesses comparables à \(c\), où l'additivité des vitesses et \(\vec{p}=m\vec{v}\) échouent (relativité restreinte) ; (ii) échelles atomiques, où la notion de trajectoire perd son sens (mécanique quantique) ; (iii) systèmes à masse variable, où l'on doit repartir de \(\mathrm{d}\vec{p}/\mathrm{d}t=\sum\vec{F}\) avec \(m(t)\) (propulsion par réaction). Hors programme du secondaire, mais utile à évoquer pour situer la portée du modèle.

Question juryApprofondissement

Retrouvez la troisième loi de Kepler pour une orbite circulaire, et dites ce qu'elle devient pour une orbite elliptique.

Éléments de réponse

Pour un cercle : \(m v^2/r = GMm/r^2\) donne \(v^2=GM/r\), et avec \(T=2\pi r/v\) on obtient \(T^2/r^3=4\pi^2/(GM)\). Pour une ellipse, la loi reste valable en remplaçant \(r\) par le demi-grand axe \(a\) : \(T^2/a^3=4\pi^2/(GM)\). C'est un résultat de MPSI (mouvement à force centrale, conservation du moment cinétique), au-delà de la démonstration attendue en Terminale, où l'on se limite au cas circulaire.

Question juryModèle / limites

Le pendule est-il vraiment isochrone ? Comment le vérifier et le corriger ?

Éléments de réponse

L'isochronisme n'est vrai qu'à l'approximation \(\sin\theta\approx\theta\). Aux amplitudes finies, la période croît : \(T=T_0\!\left[1+\dfrac{\theta_0^2}{16}+\dots\right]\) (formule de Borda). On le vérifie expérimentalement en traçant la période en fonction de \(\theta_0\) : la mesure s'écarte de l'horizontale au-delà de quelques degrés. En pratique on travaille à \(\theta_0\lesssim 10^\circ\) pour rendre ce terme négligeable devant les autres sources d'incertitude, ou on applique la correction.

Ce que dit le jury

  • Écrit de physique : vecteurs fléchés et référentiel précisé pour toute dérivée temporelle sont pénalisés dès qu'ils manquent (rapport 2025). Écrire \(a = F/m\) sans flèche ni référentiel, sur un sujet dont c'est précisément l'objet, se remarque.
  • Applications numériques avec unités et sens physique discuté : une portée de \(60~\text{m}\), une vitesse orbitale de \(7{,}7~\text{km}\cdot\text{s}^{-1}\) se commentent (rapport 2025).
  • Attente forte du domaine : la maîtrise du théorème du moment cinétique (rapport 2025), naturellement mobilisé par le mouvement à force centrale.
  • Montage : chronophotographie ou acquisition vidéo exploitée quantitativement, incertitudes présentées comme un budget et régression informatisée intégrée (rapport 2025).
Point de rigueur propre au thème : la deuxième loi n'est valable que dans un référentiel galiléen, et le caractère galiléen d'un référentiel n'est jamais absolu mais relatif à la durée et à la précision de l'expérience. C'est la question d'entretien la plus prévisible du sujet.

Bibliographie et sources

Manuels canoniques

  • Hprépa Mécanique, 1ʳᵉ année MPSI-PCSI-PTSI, Hachette.
  • Tout-en-un Physique MPSI, Dunod.
  • Cap Prépa Physique MPSI-PCSI-PTSI, Pearson.
  • Cours de physique de l'École Polytechnique — Mécanique, Ellipses.

Sources officielles et ressources institutionnelles

  • Programme de Première et de Terminale spécialité physique-chimie, arrêté du 19-7-2019 (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019, MENE1921249A).
  • Programme de physique de MPSI, arrêté ministériel (2021, publié au Bulletin officiel), ressource hébergée par l'ENS Montrouge.
  • Rapport du jury, agrégation interne de physique-chimie, session 2025.
  • Ressources ENS Montrouge (agreg.phys.ens.fr) : montage de mesure d'angle par potentiomètre multitours, scripts d'acquisition et de traitement (FFT, portrait de phase).
  • CultureSciences Physique (ENS Lyon) : ressource pédagogique Terminale spécialité, « Résolution numérique en langage Python : la chute libre » (D. Chareyron, 2020).

Les 55 sujets d'oral, traités comme celui-ci

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