Chimie · Sujet officiel n°29e · Session 2027

Spectroscopies

Partie 1 : Terminale spéPartie 2 : PCSI/PCPremiumMise à jour 2026-09-24

Prérequis : photon et niveaux d'énergie quantifiés, relation \(E = h\nu\) et domaines du spectre électromagnétique (Première spé) ; groupes caractéristiques des fonctions organiques et formule de Lewis ; absorbance et loi de Beer-Lambert (lycée). Pour la partie II : oscillateur harmonique et masse réduite, statistique de Boltzmann à deux niveaux, moment magnétique de spin dans un champ \(\vec{B}_0\) (PCSI/PC). Matériel : spectromètre IR à réflexion totale atténuée (ATR) ; acide propanoïque, éthanoate de méthyle, méthanoate d'éthyle ; spectres IR de référence des deux esters sur document ; simulation PhET « Molecules and Light ». Pour la partie II : spectres RMN ¹H des trois isomères sur document ; spectromètre IR à transformée de Fourier avec module ATR, eau déminéralisée, eau lourde \(\ce{D2O}\), micropipettes ; Python (numpy, matplotlib).

Plan de leçon

  • Introduction : un même flacon, trois rayonnements, trois réponses différentes ; une spectroscopie se définit par la transition qu'elle sonde, pas par l'appareil.
  • I. À chaque domaine spectral sa transition : UV-visible et infrarouge (Terminale spé) : l'échelle des énergies de transition (électronique, vibrationnelle ; la RMN y est seulement située) ; UV-visible quantitatif, IR structural ; ce que l'IR tranche et ne tranche pas sur trois isomères de formule \(\ce{C3H6O2}\) ; manip 1 (spectres IR-ATR des trois isomères, arbre de décision).
  • II. Ce que la physique des transitions impose aux méthodes (PCSI/PC) : la RMN ¹H, absente du programme de lycée, lève l'ambiguïté laissée par l'IR (déplacement chimique, intégration, multiplicité) ; populations de Boltzmann et sensibilité (le handicap propre à la RMN, mis en regard de l'IR et de l'UV-visible) ; rôle du champ \(B_0\) sur la forme des multiplets ; règles de sélection et effet isotopique en IR ; manip 2 (bandes \(\ce{O-H}\) et \(\ce{O-D}\) de l'eau et de l'eau lourde, test du modèle de l'oscillateur) ; esquisse de la spectrométrie de masse et du couplage GC-MS.
  • Conclusion et ouverture : tableau comparatif des méthodes, complémentarité, spectroscopies non vues (Raman, RMN ¹³C).

Introduction

Posons un flacon de liquide incolore sur la paillasse et éclairons-le successivement avec trois rayonnements. En lumière visible, rien : il transmet tout, c'est pour cela qu'il est incolore. Dans l'infrarouge moyen, il absorbe à des nombres d'onde bien précis. Placé dans un champ magnétique intense et soumis à une onde radiofréquence, il absorbe encore, à quelques fréquences séparées de quelques centaines de hertz. Le liquide n'a pas changé ; c'est la question posée qui a changé. Chaque rayonnement n'interroge qu'un seul type de mouvement de la molécule : ses électrons, ses liaisons qui vibrent, ou les spins de ses noyaux d'hydrogène.

Le fil directeur de cette leçon en découle : une spectroscopie se définit par la transition qu'elle sonde. Connaître la transition, c'est savoir dans quel domaine spectral travailler, quelle information structurale on obtiendra, et même, on le verra en CPGE, une part de ce qui fixe la quantité de matière nécessaire. Le versant « identifier des fonctions » et le fondement de l'IR par l'oscillateur harmonique sont développés dans la leçon Caractérisation et analyse chimique (sujet 3) ; la couleur et la loi de Beer-Lambert dans Couleur (sujet 24) et, côté physique, dans Spectrométrie optique, couleur et Interaction lumière-matière. Nous nous appuierons sur ces acquis sans les refaire, pour construire ce qu'aucune de ces leçons ne donne : une vue comparée des méthodes, de leurs forces et de leurs limites.

I. À chaque domaine spectral sa transition : UV-visible et infrarouge Terminale spé

1. Un photon, une transition, un domaine spectral

Spectroscopie d'absorption

Étude de l'absorption d'un rayonnement par un échantillon en fonction de la fréquence \(\nu\) (ou de la longueur d'onde \(\lambda\), ou du nombre d'onde \(\tilde\nu = 1/\lambda\)). Un photon n'est absorbé que si son énergie coïncide avec l'écart \(\Delta E\) entre deux niveaux d'énergie de l'entité. Le spectre est le graphe de l'absorption (absorbance, transmittance ou intensité du signal) en fonction de la fréquence ; la position d'un signal renseigne sur l'écart \(\Delta E\), donc sur ce qui l'a produit.

\[ \Delta E = h\nu = \dfrac{hc}{\lambda} = hc\,\tilde\nu \] avec \(h = 6{,}626\times10^{-34}\ \mathrm{J\cdot s}\) et, en unités de chimiste, \(hc \approx 1240\ \mathrm{eV\cdot nm} = 1{,}240\times10^{-4}\ \mathrm{eV\cdot cm}\).

Trois applications numériques suffisent à ranger les méthodes. Une lumière verte de \(500\ \mathrm{nm}\) transporte \(E = \dfrac{1240\ \mathrm{eV\cdot nm}}{500\ \mathrm{nm}} = 2{,}48\ \mathrm{eV}\) : c'est l'ordre de grandeur des écarts entre niveaux électroniques d'une molécule, d'où l'absorption UV-visible (de \(1{,}55\ \mathrm{eV}\) à \(800\ \mathrm{nm}\) jusqu'à environ \(6\ \mathrm{eV}\) vers \(200\ \mathrm{nm}\)). Une bande infrarouge à \(1700\ \mathrm{cm^{-1}}\) correspond à \(E = 1{,}240\times10^{-4}\times1700 = 0{,}211\ \mathrm{eV}\), dix fois moins : ce sont les niveaux vibrationnels des liaisons. Enfin une onde radiofréquence de \(400\ \mathrm{MHz}\) apporte seulement \(E = 6{,}626\times10^{-34}\times4{,}00\times10^{8} = 2{,}650\times10^{-25}\ \mathrm{J}\), soit \(1{,}65\times10^{-6}\ \mathrm{eV}\) : c'est l'écart entre les deux orientations du spin d'un proton dans un champ magnétique de quelques teslas, domaine de la RMN. Cette dernière méthode ne figure pas au programme de Terminale : on la situe ici sur l'échelle, on ne l'exploite qu'en partie II.

Sens physique : d'une méthode à l'autre, l'énergie sondée varie d'un facteur un million. Ce n'est pas un détail d'appareillage ; cela change la nature de l'information (électrons délocalisés, liaisons, voisinage des noyaux) et, on le verra en partie II, la sensibilité de la mesure. La figure ci-dessous place ces domaines sur une même échelle, avec l'énergie d'agitation thermique \(k_BT\) à \(298\ \mathrm{K}\) pour repère.

kBT (298 K) ΔE (eV) 10-7 10-5 10-3 10-1 101 ≈ 12 400 km ≈ 124 m ≈ 1,24 mm ≈ 12,4 µm ≈ 124 nm spin nucléaire RMN ¹H (400 MHz) rotation (non traitée) IR moyen (vibration) UV-visible (électronique)
D'un facteur un million en énergie entre la RMN et l'UV-visible : l'agitation thermique à 298 K (\(k_BT \approx 0{,}0257\ \mathrm{eV}\)) sépare les rotations moléculaires, thermiquement peuplées, des vibrations et transitions électroniques qui ne le sont pas.

La simulation PhET Molecules and Light (autorisée pendant l'oral) rend cette correspondance visible sans matériel : on choisit une source (micro-ondes, infrarouge, visible, ultraviolet) et une molécule, et l'on observe ce qui se passe quand le photon est absorbé. Exploitation en classe : sous infrarouge, la molécule de \(\ce{CO2}\) ou de \(\ce{H2O}\) se met à vibrer, alors que \(\ce{N2}\) et \(\ce{O2}\) laissent passer tous les photons ; sous ultraviolet, certaines molécules se dissocient. Les élèves formulent eux-mêmes la règle : à chaque domaine son mouvement. La question « pourquoi \(\ce{N2}\) ne vibre-t-il pas ? » reste ouverte à ce niveau et sera tranchée en partie II.

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