Chimie · Sujet officiel n°24 · Session 2027

Couleur

Partie 1 : Terminale spéPartie 2 : PCSI/PCPremiumMise à jour 2026-08-28
Prérequis : optique géométrique (absorption, transmission, réflexion), loi de Beer-Lambert, équilibres acido-basiques, oxydoréduction, structure de la matière (liaisons $\pi$, orbitales d). Matériel : spectrophotomètre à balayage et cuves en quartz de 1 cm ; solutions de permanganate de potassium ; bleu de bromothymol et jeu de solutions tampons de pH 5 à 10 ; nitrate de fer(III), acide nitrique et thiocyanate de potassium ; flacon bouché, glucose, soude et bleu de méthylène pour la « bouteille bleue » ; verrerie jaugée, pH-mètre.

Plan de leçon

  • Introduction : Phénoménologie de la couleur, couleur absorbée et couleur perçue, et délimitation du sujet à l'absorption sélective par les espèces chimiques.
  • I. Origine de la couleur des espèces chimiques (Terminale spé) : Chromophores organiques, conjugaison $\pi$, effets bathochrome et hyperchrome, et étude quantitative par la loi de Beer-Lambert.
  • II. Indicateurs colorés et signatures analytiques (Terminale spé) : Équilibres acido-basiques et redox, zones de virage, et étude de la sensibilité par spectrophotométrie.
  • III. Complexes de métaux de transition et champ cristallin (PCSI/PC) : Scission des orbitales d, théorie du champ cristallin, série spectrochimique et transitions d-d.
  • Conclusion et ouverture : Limites des modèles (solvatochromie), pigments naturels et enjeux technologiques (colorants, biomimétisme).

Introduction

De la robe d'une fleur de coquelicot au bleu intense d'un complexe de cuivre, la couleur est l'une des propriétés les plus immédiates et captivantes de la matière. Pourtant, derrière cette perception visuelle simple se cache une réalité physico-chimique complexe : la couleur n'est pas une propriété intrinsèque "statique" d'une molécule, mais le résultat d'une interaction dynamique entre la structure électronique d'une espèce chimique et le champ électromagnétique environnant. Comprendre pourquoi une substance est colorée revient à explorer la manière dont les électrons s'organisent, se délocalisent et réagissent aux perturbations de leur environnement, qu'il s'agisse d'une simple double liaison conjuguée ou d'un champ de ligands autour d'un métal de transition.

L'enjeu de cette leçon est de décoder ces mécanismes en distinguant les différentes origines de la couleur. Nous verrons comment la délocalisation électronique dans les molécules organiques crée des chromophores capables d'absorber des photons dans le visible, et comment la géométrie de coordination des métaux de transition permet de scinder des niveaux d'énergie pour produire des transitions électroniques spécifiques. Parallèlement, nous aborderons la dimension analytique de la couleur : comment cette propriété qualitative devient un outil de mesure précis grâce à la loi de Beer-Lambert, permettant de quantifier des concentrations ou de suivre des cinétiques chimiques via des indicateurs colorés.

Le fil directeur de notre étude suivra une progression allant de la structure moléculaire à l'application analytique. Nous débuterons par l'étude des chromophores organiques et des effets de conjugaison, avant d'analyser les équilibres chimiques (acido-basiques et redox) qui modulent la couleur des indicateurs. Enfin, nous approfondirons la théorie du champ cristallin pour expliquer la couleur des complexes de métaux de transition, un modèle fondamental en chimie de coordination. Cette approche permettra de lier la structure microscopique (orbitales, liaisons $\pi$) aux observations macroscopiques (teintes, absorbances).

Il est crucial de lever une confusion fréquente dès l'introduction : la couleur perçue par l'œil n'est pas la couleur absorbée par la matière. C'est une erreur de conception pédagogique courante de confondre ces deux entités. En réalité, la couleur que nous voyons est la couleur complémentaire de celle qui a été retirée du spectre lumineux par l'espèce chimique. Par exemple, une solution de permanganate de potassium apparaît violette précisément parce qu'elle absorbe préférentiellement les photons de couleur verte. Cette distinction entre "absorption sélective" et "réponse visuelle" est le socle sur lequel reposera toute notre analyse quantitative et qualitative.

I. Origine de la couleur des espèces chimiques (Terminale spé)

Pour comprendre pourquoi une substance chimique présente une teinte particulière, il faut d'abord définir ce qu'est un chromophore. Dans le cadre de la chimie organique et de la science des matériaux, la couleur est le résultat d'une interaction entre la lumière et les électrons de la matière. Cette interaction est régie par la capacité de certaines structures moléculaires à absorber des photons dont l'énergie correspond à la différence entre deux niveaux d'énergie électronique.

Chromophore : groupement d'atomes responsable de l'absorption de la lumière dans le domaine visible (environ 380 à 780 nm). Il est généralement constitué d'un système d'électrons \(\pi\) délocalisés, tels que des doubles liaisons conjuguées, des cycles aromatiques ou des groupements azoïques \(\ce{-N=N-}\).

Un chromophore isolé, comme une simple double liaison \(\ce{C=C}\) ou un groupement carbonyle \(\ce{C=O}\), possède des niveaux d'énergie tels que les orbitales \(\sigma\), \(\pi\) et les orbitales antiliantes \(\sigma^*\) et \(\pi^*\). Cependant, pour ces molécules simples, la transition électronique la plus basse énergie (généralement la transition \(n \to \pi^*\) ou \(\pi \to \pi^*\)) nécessite une énergie très élevée, correspondant à des longueurs d'onde situées dans l'ultra-violet (UV) lointain (\(\lambda < 200\) nm). Ces espèces sont donc incolores à l'œil nu.

Énergie (E) π π* Transition UV λ < 200 nm
Dans un chromophore isolé (double liaison C=C simple), l'écart d'énergie entre les orbitales π et π* est important : la transition électronique n'absorbe que dans l'ultraviolet lointain, la molécule reste incolore.

Le passage du domaine UV vers le domaine visible s'opère par l'extension de la conjugaison. Lorsqu'une alternance de liaisons simples et multiples se prolonge sur plusieurs atomes de carbone, les orbitales moléculaires se délocalisent sur une plus grande surface. Cette délocalisation entraîne une diminution de l'écart énergétique \(\Delta E\) entre l'orbitale occupée la plus haute (HOMO) et l'orbitale vacante la plus basse (LUMO).

Plus le système conjugué est étendu, plus l'écart énergétique diminue, décalant l'absorption vers les grandes longueurs d'onde. C'est ce qu'on appelle l'effet bathochrome. À l'inverse, un déplacement vers les courtes longueurs d'onde est qualifié d'effet hypsochrome. L'intensité de cette absorption, caractérisée par le coefficient d'extinction molaire \(\varepsilon\), augmente également avec la délocalisation, phénomène nommé effet hyperchrome.

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