Chimie · Sujet officiel n°2 · Session 2027

Liaisons et interactions

Partie 1 : Première spéPartie 2 : PCSIPremiumMise à jour 2026-07-19

Prérequis : modèle de Lewis et règles du duet/octet, géométrie moléculaire (VSEPR), notion de molécule et d'espèce chimique, corps pur, tableau périodique et classification (cycle 4 → Seconde) ; polarité d'une liaison, charges partielles, changements d'état et température d'ébullition, solubilité et miscibilité (Première spé) ; configuration électronique, doublets liants et non liants, quantité de matière, produit scalaire et somme vectorielle, enthalpie standard de réaction et loi de Hess (PCSI). Matériel : burette ou tube effilé, eau distillée, cyclohexane, bâton de PVC (ou règle en plexiglas) et chiffon de laine pour l'électrisation ; série d'alcanes et éthanol / diméthyléther pour les températures d'ébullition (tables) ; tubes à essai, diiode, éthanol, cyclohexane, chlorure de sodium, sulfate de cuivre. Pour la Partie 2 : boîte de modèles moléculaires, simulations PhET « Molecule Shapes » et « Molecule Polarity », modèles cristallins (NaCl, diamant, glace \(I_h\), empilement métallique) ou visualisation 3D projetée.

Plan de leçon

  • Introduction : l'eau bout à 100 °C, le méthane à −161 °C, la glace flotte ; poser le fil directeur : la structure microscopique et la hiérarchie des liaisons gouvernent les propriétés macroscopiques.
  • I. De l'électronégativité à la polarité des entités (Première spé) : électronégativité et sa périodicité, liaison covalente polarisée, molécule polaire ou apolaire ; manip 1 (déviation d'un filet d'eau par un corps électrisé).
  • II. Interactions faibles et cohésion de la matière (Première spé) : van der Waals, liaison hydrogène, cohésion des solides, dissolution d'un solide ionique ; manip 2 (températures d'ébullition comparées et solubilités croisées).
  • III. Modéliser liaisons et interactions (PCSI) : Lewis et VSEPR, moment dipolaire (somme vectorielle, conventions), décomposition de van der Waals (Keesom/Debye/London), potentiel de Lennard-Jones, solides cristallins et énergie réticulaire ; manip 3 (PhET + modèles cristallins).
  • Conclusion et ouverture : hiérarchie unifiée des interactions, chimie supramoléculaire, ADN et gecko ; ponts vers les sujets connexes.

Introduction

Trois faits d'observation, familiers et pourtant déroutants. L'eau bout à 100 °C, mais le méthane — de masse molaire quasi identique (\(M(\text{CH}_4) = 16~\text{g}\cdot\text{mol}^{-1}\) contre \(M(\text{H}_2\text{O}) = 18~\text{g}\cdot\text{mol}^{-1}\), soit à peine 11 % d'écart) — bout à −161 °C. La glace flotte sur l'eau liquide, alors que presque tous les solides coulent dans leur propre liquide. Et un gecko marche au plafond, retenu par ses seules pattes, sans colle ni ventouse. Ces trois énigmes ont une racine commune : les liaisons et interactions entre entités chimiques, et surtout leur hiérarchie.

Le message central de la leçon — le fil directeur attendu d'un exposé de ce type — est le lien structure microscopique → propriétés macroscopiques. Une température de changement d'état, une solubilité, une masse volumique, la cohésion d'un matériau ne sont pas des propriétés « données » : elles se déduisent de la nature des liaisons internes aux entités et des interactions entre elles. Il faut pour cela une échelle d'énergie claire : les liaisons fortes — la liaison covalente (intramoléculaire), les liaisons ionique et métallique (cohésion du réseau cristallin), de l'ordre de \(100\) à \(1000~\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}\) — d'un côté, les interactions faibles intermoléculaires (van der Waals, \(\sim 1\!-\!10~\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}\) ; liaison hydrogène, \(\sim 10\!-\!40~\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}\)) de l'autre.

Deux exigences épistémologiques traverseront l'exposé. D'abord distinguer le modèle de la réalité : le schéma de Lewis, la charge partielle \(\delta\), le « nuage » électronique sont des représentations, pas des photographies. Ensuite ne jamais confondre la molécule (l'entité, objet du modèle) avec l'espèce chimique (l'ensemble macroscopique observable). Nous partirons du niveau lycée (Première spécialité), où la polarité et les interactions faibles se construisent sur des observations, pour aboutir au niveau CPGE (PCSI), où l'on modélise géométrie, moment dipolaire et cohésion cristalline. Chaque partie sera illustrée par une expérience réalisée et exploitée.

I. De l'électronégativité à la polarité des entités Première spé

Une liaison covalente est un partage d'un doublet d'électrons entre deux atomes. Mais ce partage est rarement équitable : l'un des deux atomes attire davantage le doublet. La grandeur qui quantifie cette inégalité est l'électronégativité.

Électronégativité \(\chi\). Grandeur sans dimension mesurant la tendance d'un atome, engagé dans une liaison covalente, à attirer vers lui le doublet liant. L'échelle la plus courante est celle de Pauling. Elle croît de la gauche vers la droite le long d'une période et de bas en haut dans une colonne : le fluor est le plus électronégatif (\(\chi = 3{,}98\)), les métaux alcalins les moins électronégatifs (\(\chi_{\ce{Na}} = 0{,}93\)).

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