Chimie · Sujet officiel n°5 · Session 2027

Solvants

Partie 1 : Seconde / Terminale spéPartie 2 : PCSIPremiumMise à jour 2026-07-27

Prérequis : mélange homogène et hétérogène, soluté / solvant / solution, dissolution comme transformation physique, miscibilité, masse volumique (cycle 4 → Seconde) ; électronégativité, polarisation d'une liaison, polarité d'une entité, liaison hydrogène et interactions de van der Waals (Première spécialité) ; démarche de choix raisonné et critères de la chimie durable (Terminale spécialité) ; somme vectorielle, condensateur plan et \(C = \varepsilon_0 S/d\), enthalpie standard de réaction et loi de Hess, enthalpie libre et relation \(\Delta_r G = \Delta_r G^\circ + RT\ln Q\) (PCSI). Matériel : Partie 1 — tubes à essais et bouchons, eau distillée, éthanol, cyclohexane, diiode solide, chlorure de sodium, sulfate de cuivre, colorant hydrosoluble ; lunettes, gants, sorbonne. Partie 2 — plaques de verre ou tissu taché d'huile, eau, eau savonneuse, éthanol, acétone, gobelet en polystyrène expansé, cristallisoir, fiches de données de sécurité imprimées, bidon de collecte des déchets halogénés / non halogénés. Partie 3 — condensateur plan démontable (deux plaques métalliques parallèles, entretoises isolantes calibrées), capacimètre ou \(RLC\)-mètre, cuve rectangulaire étroite et son couvercle, cyclohexane, éthanol, eau distillée, thermomètre, acquisition et régression informatisées (Python ou Regressi) ; simulations PhET « Sugar and Salt Solutions » et « Molecule Polarity ».

Plan de leçon

  • Introduction : le solvant, constituant majoritaire et pourtant « invisible » ; poser le fil directeur : un solvant n'est pas un décor inerte, c'est un composant du système que l'on choisit.
  • I. Qu'est-ce qu'un solvant ? Décrire pour classer (Seconde / Première spé) : soluté, solvant, solution ; dissolution comme transformation physique ; les trois familles apolaire / polaire aprotique / polaire protique ; manip 1 (miscibilités croisées et couleur du diiode).
  • II. Choisir un solvant : une décision, pas une habitude (Terminale spé) : grille de critères (pouvoir dissolvant, domaine liquide, inertie, élimination, sécurité, toxicité, coût, impact), solvants alternatifs ; manip 2 (dégraissage comparatif et dissolution du polystyrène, exploitation par la grille).
  • III. Descripteurs quantitatifs du solvant (PCSI) : moment dipolaire et permittivité relative, ce qu'ils mesurent et ce qu'ils ne mesurent pas ; solvatation différentielle cation/anion ; raccord de modèle entre « transformation physique » et équilibre de dissolution ; cycle thermodynamique et vigilance \(\Delta G\) / \(\Delta G^\circ\) ; manip 3 (mesure de \(\varepsilon_r\) au capacimètre, régression informatisée).
  • Non traité au tableau, rédigé ci-dessous et réservé à l'entretien : le paramètre de solubilité de Hildebrand (§ III.5, hors programme, qui fournit la clé de l'exception rencontrée en manip 2) et le détail des modèles reliant \(\varepsilon_r\) à \(\vec{\mu}\) (Debye, Onsager, Kirkwood), dont on ne conserve au tableau qu'une mise en garde d'une phrase. C'est l'arbitrage qui rend le minutage de la Partie III tenable.
  • Conclusion et ouverture : le solvant comme variable de conception ; échelles empiriques de polarité, solvants supercritiques ; ponts vers les sujets connexes.

Introduction

Dans un bécher où l'on prépare une solution, dans le ballon d'une synthèse, dans une bouteille de dissolvant à vernis ou dans un flacon de sirop, une espèce chimique est presque toujours ultra-majoritaire et pourtant presque jamais nommée : le solvant. On écrit \(\ce{HCl + NaOH -> NaCl + H2O}\) sans mentionner les quelque \(55~\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}\) d'eau qui entourent chaque ion. Cette discrétion typographique est trompeuse.

Le fil directeur de la leçon tient en une phrase : le solvant n'est pas un décor inerte, c'est un constituant du système que l'on choisit. Il décide de ce qui se dissout et de ce qui ne se dissout pas ; il peut accélérer ou ralentir une réaction d'un facteur considérable, parfois en changer le produit majoritaire ; il fixe la température de travail par son domaine liquide ; il porte l'essentiel du risque d'incendie, de l'exposition toxicologique et de l'empreinte environnementale d'un procédé, parce qu'il en représente l'essentiel de la masse. Choisir un solvant est donc un acte de conception, exactement au même titre que choisir un réactif.

Nous procéderons en trois temps. D'abord décrire et classer les solvants à partir d'observations accessibles dès la Seconde, en installant le vocabulaire et la distinction dissolution / réaction. Ensuite choisir, en construisant la grille de critères que le programme de Terminale spécialité mobilise sous le titre « chimie durable ». Enfin quantifier, au niveau PCSI, avec deux descripteurs — le moment dipolaire \(\vec{\mu}\), microscopique, et la permittivité relative \(\varepsilon_r\), macroscopique — et une lecture thermodynamique de la dissolution. Deux exigences épistémologiques traverseront l'exposé : distinguer en permanence ce qui est observé, ce qui est modélisé et ce qui est tabulé ; et ne jamais confondre \(\Delta_r G\) et \(\Delta_r G^\circ\) lorsque l'on discutera de la spontanéité d'une dissolution.

Trois sujets voisins bornent volontairement le propos : l'extraction liquide-liquide et la distillation relèvent de Séparation (sujet 1), l'origine des interactions (électronégativité, liaison hydrogène, solvatation ion-dipôle) de Liaisons et interactions (sujet 2), et l'effet du solvant sur la compétition \(S_N1\) / \(S_N2\) de Mécanismes réactionnels (sujet 22). Nous nous y appuierons sans les refaire : l'objet propre de cette leçon est le solvant lui-même, comme objet physico-chimique caractérisable et comme variable de choix.

I. Qu'est-ce qu'un solvant ? Décrire pour classer Seconde / Première spé

Le mot apparaît dès le cycle 4, avec l'eau « solvant de nombreuses espèces ». Il faut d'emblée en fixer le sens de façon opératoire, car le vocabulaire de la dissolution est une source d'erreurs durable.

Soluté, solvant, solution. Lors d'une dissolution, l'espèce dispersée est le soluté, l'espèce dispersante — liquide et très majoritaire — est le solvant ; le mélange homogène obtenu est la solution. Une solution dont le solvant est l'eau est dite aqueuse ; l'état dissous se note \((aq)\), et plus généralement \((\text{sol})\) ou \((\text{solv})\) dans un solvant quelconque.
La dissolution est une transformation physique. Le soluté est dispersé et solvaté (entouré de molécules de solvant), il n'est ni détruit ni transformé : on peut le récupérer par évaporation du solvant. Aucune liaison covalente du soluté n'est rompue. C'est vrai aussi pour un solide ionique, dont la dissolution \(\ce{NaCl(s) ->[\ce{H2O}] Na+(aq) + Cl-(aq)}\) sépare des ions qui préexistaient dans le cristal.

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