Chimie · Sujet officiel n°14 · Session 2027

Oxydo-réduction

Partie 1 : Terminale spéPartie 2 : MPSI/MPPremiumMise à jour 2026-08-16
Prérequis : équilibres chimiques, notion de concentration, notion de potentiel électrique, loi de Faraday, thermodynamique des solutions (enthalpie, enthalpie libre). Matériel : millivoltmètre de grande impédance d'entrée, électrodes de cuivre, de zinc et de platine, électrode au calomel saturé (ECS), solutions d'électrolytes (\(\ce{ZnSO4}\), \(\ce{CuSO4}\), sel de Mohr, alun ferrique, \(\ce{H2SO4}\) à \(1\ \mathrm{mol\cdot L^{-1}}\)), pont salin, fioles jaugées et burette graduée, agitateur magnétique.

Plan de leçon

  • Introduction : historique des piles, enjeux énergétiques et rôle de l'échange électronique dans la nature.
  • I. Mécanismes et demi-équations d'oxydoréduction (Terminale spé) : définition des oxydants et réducteurs, nombre d'oxydation, écriture des demi-équations et bilan, étude d'une pile simple (Daniell).
  • II. Thermodynamique des transferts électroniques (Terminale spé / CPGE) : potentiel standard d'électrode \(E^\circ\), relation entre \(\Delta_rG^\circ\) et \(E^\circ\), loi de Nernst et prévision qualitative des réactions.
  • III. Diagrammes E-pH et stabilité des espèces (MPSI/MP) : couplage des équilibres acido-basiques et redox, tracé de diagrammes de prédominance, étude des phénomènes de dismutation et de médiamutation.
  • Conclusion et ouverture : limites thermodynamiques (cinétique, surtensions), lien avec les dispositifs de stockage et les piles à combustible.

Introduction

De la décomposition de la matière par la foudre à la production d'hydrogène vert par électrolyse, le transfert d'électrons est au cœur des transformations chimiques les plus fondamentales de notre monde. Dans notre quotidien, cette réalité se manifeste par des dispositifs technologiques omniprésents : les batteries lithium-ion de nos smartphones, les piles alcalines de nos télécommandes ou encore les systèmes de stockage stationnaires pour les énergies renouvelables. Ces dispositifs ne sont pas de simples boîtes noires ; ils sont la traduction macroscopique d'un processus microscopique précis : l'oxydoréduction. Comprendre ce phénomène, c'est saisir comment la matière peut être "poussée" à céder ou à capter des charges électriques, permettant ainsi de convertir de l'énergie chimique en énergie électrique, et inversement.

L'enjeu de cette leçon est de modéliser ce transfert électronique, d'abord par une approche qualitative et semi-quantitative au niveau du lycée, puis par une analyse thermodynamique rigoureuse en classe préparatoire. Nous verrons comment la notion de "couple" permet de décrire la propension d'une espèce à s'oxyder ou à se réduire, et comment ces propriétés intrinsèques se traduisent par des potentiels électriques mesurables. Le fil directeur de notre étude sera le passage de la description d'une réaction chimique (les demi-équations) à sa prévision thermodynamique (les potentiels et la loi de Nernst), pour aboutir à la cartographie de la stabilité des espèces en solution (les diagrammes E-pH).

Il est toutefois crucial de dissiper d'emblée une confusion fréquente : le potentiel d'une électrode n'est pas le potentiel électrostatique absolu de la lame métallique, grandeur qu'on ne sait pas mesurer isolément, mais une mesure de l'énergie libre disponible pour un transfert d'électrons à une interface donnée, et qui n'a de sens que par rapport à une référence — d'où l'électrode standard à hydrogène, sur laquelle nous reviendrons. Une erreur classique consiste à croire qu'un potentiel élevé signifie une "grande puissance" ou une "grande réactivité" immédiate. En réalité, le potentiel est une donnée thermodynamique qui prédit la *spontanéité* d'une réaction à l'équilibre ; il ne dit rien sur la vitesse à laquelle cette réaction se produit. Une réaction peut être thermodynamiquement favorisée par un fort potentiel mais rester pratiquement impossible à réaliser à cause de barrières cinétiques, comme c'est le cas pour la passivation de certains métaux ou les surtensions électrochimiques.

I. Mécanismes et demi-équations d'oxydoréduction (Terminale spé)

Pour modéliser les transformations chimiques impliquant des transferts d'électrons, il est nécessaire de définir avec précision les acteurs et les règles de comptabilité de ces échanges. Une réaction d'oxydoréduction est une réaction chimique au cours de laquelle il y a transfert d'un ou plusieurs électrons d'une espèce chimique vers une autre.

Oxydant : espèce chimique susceptible de capter un ou plusieurs électrons (elle est alors réduite).

Réducteur : espèce chimique susceptible de céder un ou plusieurs électrons (il est alors oxydé).

Le transfert d'électrons ne se produit pas de manière isolée dans une solution ; il est lié à une modification de la structure électronique des espèces impliquées. Pour décrire ce phénomène, on utilise la notion de nombre d'oxydation (n.o.). Il s'agit d'une convention de comptage de la charge formelle attribuée à un atome dans une espèce chimique.

Nombre d'oxydation (n.o.) : charge formelle attribuée à un atome dans une espèce, obtenue en affectant chaque doublet de liaison à l'atome le plus électronégatif. C'est une convention de comptage, à distinguer explicitement du nombre de charge d'un ion.

Lors d'une réaction, le nombre d'oxydation d'un atome peut augmenter (oxydation) ou diminuer (réduction). Par exemple, dans la réaction de combustion du magnésium :

\[\ce{2Mg(s) + O2(g) -> 2MgO(s)}\]

Le magnésium passe d'un n.o. de 0 à +2 (oxydation), tandis que l'oxygène passe de 0 à -2 (réduction).

Pour traiter ces réactions de manière systématique, on décompose l'équation-bilan en deux étapes élémentaires : les demi-équations électroniques. Chaque demi-équation décrit le devenir d'une seule espèce (soit l'oxydant, soit le réducteur) en isolant le transfert d'électrons.

Soit un couple d'espèces \(\mathrm{Ox}/\mathrm{Red}\) liées par un échange d'électrons. La demi-équation électronique s'écrit :

\[\mathrm{Ox} + n\,e^- \rightleftharpoons \mathrm{Red}\]

où \(n\) est le nombre d'électrons échangés. L'équation-bilan de la réaction est obtenue en additionnant les deux demi-équations de manière à ce que le nombre d'électrons cédés par le réducteur soit égal au nombre d'électrons captés par l'oxydant.

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