Épreuve écrite · Physique · Session 2021

Agrégation interne 2021 — Composition de physique : corrigé complet

PhysiqueDurée 5 hAccès libreMise à jour 2026-09-12
Session : 2021, agrégation interne de physique-chimie, épreuve écrite de composition de physique (durée 5 h). Sujet : « Les systèmes microélectromécaniques (MEMS) » — trois microsystèmes indépendants disséqués l'un après l'autre : un accéléromètre capacitif de smartphone, un imageur hyperspectral à filtres Fabry-Pérot (MOEMS), et un viscosimètre à microcanal. Les questions pédagogiques, signalées « QP » et insérées dans le corps du texte, pèsent environ vingt pour cent du total des points d'après le rapport de jury lui-même. Thèmes : mécanique du point en référentiel non galiléen, oscillateur harmonique amorti puis forcé (pulsation propre, facteur de qualité, résonance), électrostatique (théorème de Gauss, plan infini, condensateur plan), électrocinétique (impédances, ALI, filtrage, détection synchrone), interférences à ondes multiples (Fabry-Pérot, finesse, résolution spectrale), programmation Python appliquée au traitement d'image, mécanique des fluides (Poiseuille, Reynolds, Bernoulli généralisé, viscosimétrie), incertitudes de mesure, didactique du cycle 4, de la seconde, de la terminale générale et de la terminale STL-SPCL. Difficulté : progressive. La partie I est très abordable et rapporte gros ; la partie II bascule vers l'optique ondulatoire à ondes multiples, techniquement plus exigeante ; la partie III est courte mais c'est la moins bien traitée de la session d'après le rapport de jury, essentiellement par manque de temps.
Note de méthode sur les encadrés « Attendu du jury ». Les encadrés portant la mention « rapport 2021 » reprennent des remarques réellement écrites dans le rapport de jury de cette session : ce rapport consacre à cette épreuve une section dédiée avec 65 remarques numérotées, question par question. C'est une source primaire exceptionnellement détaillée. Les autres encadrés relèvent de notre analyse et sont annoncés comme tels (« vraisemblablement valorisé », « attendu constant du jury »). Le barème est indicatif : le jury ne publie aucun barème détaillé, seule la pondération globale des QP (environ 20 %) est connue. Nos points sont donnés sur un total de 170, détaillé dans le bilan. Enfin, sur les QP, le rapport précise explicitement que « d'autres approches sont possibles et ont été pleinement valorisées » : les réponses pédagogiques proposées ici ne sont donc pas normatives.

Vue d'ensemble du sujet

  • Le fil conducteur. Un seul objet technologique, le microsystème électromécanique, décliné en trois capteurs sans rapport physique entre eux. C'est un sujet à tiroirs, pas un sujet à fil unique : les trois parties sont strictement indépendantes, et à l'intérieur de la partie I les quatre sous-parties le sont presque autant. C'est la meilleure nouvelle du sujet, et la clé de la stratégie de temps.
  • Architecture en trois parties indépendantes (65 questions au total).
    • I. Accéléromètre MEMS (Q1 à Q34, ≈ 51 % des points) : A. comportement mécanique (oscillateur amorti forcé en référentiel non galiléen, Q1-Q9) ; B. mesure capacitive (théorème de Gauss, condensateur plan, Q10-Q15) ; C. conditionnement du signal (impédances, détection synchrone, ALI, filtrage, Q16-Q27) ; une résolution de problème sur le déclenchement d'un airbag (Q28-Q30) ; D. exploitation d'un accéléromètre avec microcontrôleur en terminale spécialité (Q31-Q34, entièrement pédagogique). C'est la partie la plus travaillée par les candidats d'après le rapport de jury.
    • II. Détecteur hyperspectral MOEMS (Q35 à Q54, ≈ 31 %) : A. cahier des charges à partir de spectres de réflectance de plastiques, puis trois QP lourdes autour d'une séance de réfraction en seconde avec copie d'élève à corriger ; B. interféromètre de Fabry-Pérot (somme d'ondes multiples, fonction d'Airy, finesse, dimensionnement du micro-actionneur électrostatique) ; C. traitement d'image en Python.
    • III. Viscosimètre MEMS (Q55 à Q65, ≈ 18 %) : écoulement de Poiseuille dans un microcanal, nombre de Reynolds, mesure de viscosité, et une activité expérimentale en STL-SPCL adossée au théorème de Bernoulli généralisé.
  • Stratégie de temps sur 5 h. 15 min de lecture intégrale et de repérage des QP (elles sont éparpillées et ce sont elles qu'on sacrifie par défaut) ; 1 h 45 pour la partie I (dont 35 min pour les quatre QP de la partie D, qui sont longues et ne demandent aucun calcul) ; 1 h 30 pour la partie II ; 1 h pour la partie III ; 20 min de garde. Ne pas traiter le sujet dans l'ordre : la partie III est courte, indépendante, et le rapport signale qu'elle a été délaissée, donc c'est là qu'un point se gagne le plus facilement par rapport à la concurrence.
  • Les blocs les plus rentables au temps investi. Q1 à Q4 (mise en équation d'un oscillateur : du cours pur, écrit en dix minutes) ; Q10 à Q13 (plan infini chargé et condensateur plan : le classique absolu de l'électrostatique) ; Q16, Q23, Q24, Q26 (valeur moyenne d'un carré, ampli non inverseur, filtre RC, nom de la détection synchrone : quatre réponses quasi immédiates) ; Q48 à Q54 (le bloc Python, jugé bien traité par le rapport, et systématiquement présent à chaque session) ; et surtout toutes les QP, qui valent un cinquième des points sans le moindre calcul.
  • Les cinq pièges les plus coûteux de cette session, tous documentés par le rapport de jury. (1) Le signe de la force d'inertie d'entraînement en référentiel non galiléen (remarque 2). (2) La confusion pulsation/fréquence, qui gâche l'estimation de Q6 (remarque 6). (3) Le choix de la surface de Gauss et l'inversion du signe du champ de part et d'autre du plan chargé (remarques 10-11). (4) La confusion impédance/admittance à Q18 (remarque 18), due à l'absence de schéma fléché en convention récepteur. (5) La construction du nombre de Reynolds comme rapport advection/diffusion, ratée par la majorité (remarque 55).

Partie I — Accéléromètre MEMS

I.A Comportement mécanique de l'accéléromètre

Le modèle est réduit à une dent mobile de masse \(m = 0{,}14\times 10^{-9}\ \mathrm{kg}\), rappelée vers sa position de repos par deux ressorts identiques de raideur \(k = 1{,}2\ \mathrm{N\,m^{-1}}\) et de longueur à vide \(\ell_0\), et freinée par deux amortisseurs de coefficient \(\alpha = 4{,}5\times 10^{-6}\ \mathrm{kg\,s^{-1}}\). L'axe \((O\vec{u}_x)\) est lié au bâti de l'accéléromètre, l'origine \(O\) coïncidant avec la position de \(M\) au repos dans ce bâti ; \(x(t)\) repère le centre de masse de \(M\) sur cet axe.

Deux référentiels interviennent, et c'est le point de rigueur de toute la partie : le référentiel du laboratoire \(\mathcal{R}_{\mathrm{lab}}\), supposé galiléen, et le référentiel du bâti \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\), en translation par rapport au précédent avec l'accélération d'entraînement \(\vec{a}_e(t) = a_e(t)\,\vec{u}_x\). C'est dans \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\), non galiléen, qu'on étudie le mouvement, puisque c'est le déplacement relatif de la masse par rapport au bâti que l'électronique sait mesurer.

− m aₑ uₓ bâti bâti M F1 F2 − 2α ẋ uₓ d d 2d = 1,3 µm O x(t) Référentiel du bâti : NON galiléen (translation accélérée aₑ(t))
Modèle mécanique uniaxe de l'accéléromètre : la masse \(M\) (dent mobile), rappelée par deux ressorts et freinée par deux amortisseurs, est étudiée dans le référentiel du bâti, non galiléen puisqu'il possède l'accélération d'entraînement \(\vec{a}_e(t)\).
Q1. Établir que la résultante des deux forces de rappel sur \(M\) s'écrit \(\vec{F}_1 + \vec{F}_2 = -2k\,x(t)\,\vec{u}_x\). 2,5 pts

Au repos (\(x = 0\)), l'énoncé précise que la longueur de chaque ressort vaut \(\ell_0\), c'est-à-dire sa longueur à vide : aucun des deux n'est précontraint, ce qui est l'hypothèse qui fait tomber tous les termes constants.

Les deux ressorts, un par un, avec le signe discuté

Ressort 1 (à gauche de \(M\), accroché au bâti). Quand \(M\) se déplace de \(x > 0\) vers la droite, ce ressort s'allonge : sa longueur devient \(\ell_1(t) = \ell_0 + x(t)\). Un ressort allongé tire la masse vers lui, donc vers les \(x\) décroissants :

\[ \vec{F}_1 = -k\left(\ell_1(t) - \ell_0\right)\vec{u}_x = -k\,x(t)\,\vec{u}_x \]

Ressort 2 (à droite de \(M\)). Le même déplacement le comprime : \(\ell_2(t) = \ell_0 - x(t)\). Un ressort comprimé pousse la masse loin de lui, donc là encore vers les \(x\) décroissants :

\[ \vec{F}_2 = +k\left(\ell_2(t) - \ell_0\right)\vec{u}_x = -k\,x(t)\,\vec{u}_x \]

Les deux expressions coïncident, et c'est normal : le dispositif est symétrique, et les deux ressorts agissent en parallèle mécaniquement. Leurs raideurs s'ajoutent.

\[ \vec{F}_1 + \vec{F}_2 = -2k\,x(t)\,\vec{u}_x \qquad \text{soit une raideur équivalente } k_{\mathrm{eq}} = 2k = 2{,}4\ \mathrm{N\,m^{-1}} \]

Le résultat est valable quel que soit le signe de \(x\) : pour \(x<0\) les rôles des deux ressorts s'échangent, et l'expression, linéaire et impaire, reste la même. C'est exactement ce que signifie « établir soigneusement » dans l'énoncé : il faut avoir traité l'allongement et la compression, pas seulement invoqué \(F = -kx\).

🎯 Attendu du jury (rapport 2021). Le rapport insiste, pour toute mise en équation mécanique, sur l'explicitation systématique du système, du référentiel, du bilan des forces et des projections. Sur cette question précise, l'attendu est que le signe soit justifié par la géométrie (allongement contre compression) et non asséné. Un simple « force de rappel donc \(-2kx\) » n'achète pas la totalité des points.
Q2. Rappeler l'expression de la force d'inertie d'entraînement \(\vec{F}_{ie}\) à prendre en compte dans \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\). 1,5 pt

Le référentiel du bâti est en translation (non rectiligne uniforme) par rapport au laboratoire : son vecteur rotation est nul, donc la force d'inertie de Coriolis est nulle et il ne subsiste que la force d'inertie d'entraînement. De plus, en translation, l'accélération d'entraînement d'un point coïncidant est la même pour tous les points : c'est \(\vec{a}_e(t)\).

\[ \vec{F}_{ie} = -m\,\vec{a}_e(t) = -m\,a_e(t)\,\vec{u}_x \qquad ; \qquad \vec{F}_{ic} = \vec{0} \]

Le signe moins est le cœur du dispositif : c'est parce que la masse « part en arrière » quand le bâti accélère vers l'avant qu'un déplacement relatif apparaît et qu'il y a quelque chose à mesurer.

Piège explicitement identifié par le jury (rapport 2021, remarque 2). Le signe de la force d'inertie d'entraînement est souvent faux. Deux réflexes de sécurité : (1) la force d'inertie d'entraînement est en \(-m\vec{a}_e\), jamais en \(+m\vec{a}_e\) ; (2) vérifier sur un cas concret et familier — dans une voiture qui accélère vers l'avant, un passager est plaqué vers l'arrière du siège, donc la force d'inertie est bien opposée à l'accélération d'entraînement. Penser aussi à dire que Coriolis est nulle et pourquoi : c'est une ligne, et elle prouve qu'on sait qu'elle existe.
Q3. En déduire l'équation différentielle du second ordre vérifiée par \(x(t)\). 2,5 pts

Système : la dent mobile \(M\), de masse \(m\), assimilée à un point matériel. Référentiel : \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\), lié au bâti, non galiléen. Bilan des forces : les deux forces de rappel, la résultante des amortisseurs \(\vec{F}_{\mathrm{tot}} = -2\alpha\,\dfrac{\mathrm{d}x}{\mathrm{d}t}\,\vec{u}_x\), la force d'inertie d'entraînement, et enfin le poids et la réaction du guidage, qui se compensent et sont orthogonaux à \(\vec{u}_x\) — ils disparaissent à la projection.

Le principe fondamental de la dynamique dans \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\), projeté sur \(\vec{u}_x\) :

\[ m\,\frac{\mathrm{d}^2 x(t)}{\mathrm{d}t^2} = -2k\,x(t) - 2\alpha\,\frac{\mathrm{d}x(t)}{\mathrm{d}t} - m\,a_e(t) \]
\[ \frac{\mathrm{d}^2 x(t)}{\mathrm{d}t^2} + \frac{2\alpha}{m}\,\frac{\mathrm{d}x(t)}{\mathrm{d}t} + \frac{2k}{m}\,x(t) = -a_e(t) \]

Contrôle d'homogénéité immédiat : chaque terme est en \(\mathrm{m\,s^{-2}}\), et le second membre est bien une accélération. C'est l'équation d'un oscillateur harmonique amorti excité par sa base — le même objet mathématique qu'un sismomètre, ce qui justifie le nom de « masse sismique ».

Q4. Identifier la pulsation propre \(\omega_0\) et le facteur de qualité \(Q\) pour écrire l'équation (1). 2 pts

L'identification terme à terme avec la forme canonique \(\ddot{x} + \dfrac{\omega_0}{Q}\dot{x} + \omega_0^2 x = -a_e\) donne \(\omega_0^2 = \dfrac{2k}{m}\) et \(\dfrac{\omega_0}{Q} = \dfrac{2\alpha}{m}\), d'où :

\[ \omega_0 = \sqrt{\frac{2k}{m}} \qquad ; \qquad Q = \frac{m\,\omega_0}{2\alpha} = \frac{\sqrt{2km}}{2\alpha} \] \[ \frac{\mathrm{d}^2 x(t)}{\mathrm{d}t^2} + \frac{\omega_0}{Q}\,\frac{\mathrm{d}x(t)}{\mathrm{d}t} + \omega_0^2\,x(t) = -a_e(t) \qquad (1) \]

\(Q\) est bien sans dimension : \(\sqrt{2km}\) est en \(\sqrt{\mathrm{N\,m^{-1}\cdot kg}} = \mathrm{kg\,s^{-1}}\), homogène à \(\alpha\). Le vérifier coûte une ligne et sécurise la suite.

Q5. Déterminer \(\underline{X}(\omega)/A\) en fonction de \(\omega\), \(\omega_0\) et \(Q\). Comment l'amplitude du déplacement varie-t-elle avec la fréquence, selon la valeur de \(Q\) ? 3 pts

On pose \(a_e(t) = A\cos(\omega t)\), soit \(\underline{a_e}(t) = A\,\mathrm{e}^{\,\mathrm{j}\omega t}\), et on cherche le régime sinusoïdal forcé établi sous la forme \(\underline{x}(t) = \underline{X}(\omega)\,\mathrm{e}^{\,\mathrm{j}\omega t}\). La dérivation temporelle devient une multiplication par \(\mathrm{j}\omega\), et l'équation (1) donne, après simplification par \(\mathrm{e}^{\,\mathrm{j}\omega t}\) qui ne s'annule jamais :

\[ \left(-\omega^2 + \mathrm{j}\,\frac{\omega\omega_0}{Q} + \omega_0^2\right)\underline{X}(\omega) = -A \]
\[ \underline{H}(\omega) = \frac{\underline{X}(\omega)}{A} = \frac{-1}{\omega_0^2 - \omega^2 + \mathrm{j}\,\dfrac{\omega\omega_0}{Q}} \qquad ; \qquad \left|\underline{H}\right| = \frac{1}{\sqrt{\left(\omega_0^2-\omega^2\right)^2 + \left(\dfrac{\omega\omega_0}{Q}\right)^2}} \]

C'est, à une constante près, la fonction de transfert d'un passe-bas du second ordre : gain constant \(1/\omega_0^2\) en basse fréquence, décroissance asymptotique en \(-40\ \mathrm{dB/décade}\) en haute fréquence.

Condition d'existence d'une résonance en élongation

\(\left|\underline{H}\right|\) est maximal quand le dénominateur \(D(\omega) = \left(\omega_0^2-\omega^2\right)^2 + \dfrac{\omega^2\omega_0^2}{Q^2}\) est minimal. On dérive par rapport à \(\omega^2\) (variable plus commode que \(\omega\)) :

\[ \frac{\mathrm{d}D}{\mathrm{d}(\omega^2)} = -2\left(\omega_0^2-\omega^2\right) + \frac{\omega_0^2}{Q^2} = 0 \quad \Longleftrightarrow \quad \omega^2 = \omega_0^2\left(1 - \frac{1}{2Q^2}\right) \]

Cette solution n'est acceptable (c'est-à-dire réelle et strictement positive) que si \(1 - \dfrac{1}{2Q^2} > 0\), soit \(Q > \dfrac{1}{\sqrt{2}}\).

Si \(Q \le \dfrac{1}{\sqrt{2}}\) : \(\left|\underline{H}\right|\) est une fonction monotone décroissante de la fréquence. L'amplitude du déplacement ne fait que diminuer quand la fréquence de l'accélération augmente.

Si \(Q > \dfrac{1}{\sqrt{2}}\) : il y a résonance d'élongation. L'amplitude croît jusqu'à \(\omega_r = \omega_0\sqrt{1 - \dfrac{1}{2Q^2}}\), puis décroît en \(-40\ \mathrm{dB/décade}\).

Piège identifié par le jury (rapport 2021, remarque 5). L'étude en régime sinusoïdal forcé établi a été « mal amorcée » par plusieurs candidats, et la discussion du facteur de qualité avec la condition d'existence d'une résonance en position est jugée insuffisamment traitée. Deux réflexes : (1) dire explicitement qu'on se place en régime établi, donc que le régime transitoire est amorti et oublié ; (2) ne jamais confondre la résonance en élongation (seuil \(Q > 1/\sqrt{2}\), pulsation \(\omega_r < \omega_0\)) avec la résonance en vitesse, qui existe toujours et se produit exactement à \(\omega_0\).
Q6. Pour la marche d'un utilisateur de smartphone, proposer une expression approchée de \(\underline{X}/A\). À quelle condition sur le contenu fréquentiel de \(a_e(t)\) la mesure de \(x(t)\) donne-t-elle directement \(a_e(t)\) ? 2,5 pts

La marche humaine a une fréquence fondamentale de l'ordre de \(1\) à \(2\ \mathrm{Hz}\), et son contenu harmonique utile ne dépasse pas quelques dizaines de hertz. C'est très inférieur à la fréquence propre du microsystème (\(f_0 \approx 21\ \mathrm{kHz}\), calculée à Q7). On est donc dans le régime quasi statique \(\omega \ll \omega_0\), où le dénominateur se réduit à son terme constant :

\[ \frac{\underline{X}(\omega)}{A} \simeq \frac{-1}{\omega_0^2} \qquad \Longrightarrow \qquad x(t) \simeq -\frac{a_e(t)}{\omega_0^2} = -\frac{m}{2k}\,a_e(t) \]

Le déplacement relatif est alors proportionnel à l'accélération, sans déphasage ni distorsion : le capteur est linéaire et instantané. La condition est que tout le contenu spectral de \(a_e(t)\), fondamental et harmoniques, soit contenu dans la bande où le gain est plat, c'est-à-dire \(\omega \ll \omega_0\). Si une composante spectrale approchait \(\omega_0\), elle serait amplifiée par la résonance et déphasée : le signal mesuré ne serait plus l'image fidèle de \(a_e(t)\).

Remarquons le sens physique du signe : quand le bâti accélère vers les \(x\) croissants, la masse recule dans le référentiel du bâti. Et le facteur \(m/2k\) dit qu'un capteur sensible demande une masse grande et des ressorts mous — au prix d'une bande passante réduite, puisque \(\omega_0\) diminue. C'est l'arbitrage central de la conception d'un accéléromètre.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, remarque 6). La confusion pulsation/fréquence est explicitement relevée par le jury sur cette question : « plusieurs candidats estiment avec justesse une pulsation associée à la marche d'un individu mais il est regrettable que certains confondent pulsation et fréquence ». Un \(\omega_0 = 1{,}3\times 10^{5}\) annoncé en hertz, ou un \(f_0 = 21\) annoncé en \(\mathrm{rad\,s^{-1}}\), fait perdre la comparaison entre l'ordre de grandeur de la marche et celui de \(\omega_0\). Le rapport rappelle par ailleurs, pour toutes les AN de l'épreuve, qu'« une grandeur physique dimensionnée n'est en soi ni petite ni grande, elle doit être comparée à un étalon ». Toute AN doit être suivie de sa comparaison.
Q7. Comparer \(\omega_0\) du modèle à celle de l'ADXL1001 (figure 3). Ordre de grandeur de \(Q\) ? Domaine fréquentiel d'utilisation ? Raison d'une limitation à \(\pm 100\,\mathcal{g}\) ? 3,5 pts

Applications numériques. Avec \(m = 0{,}14\times 10^{-9}\ \mathrm{kg}\), \(k = 1{,}2\ \mathrm{N\,m^{-1}}\) et \(\alpha = 4{,}5\times 10^{-6}\ \mathrm{kg\,s^{-1}}\) :

\[ \omega_0 = \sqrt{\frac{2\times 1{,}2}{0{,}14\times 10^{-9}}} = 1{,}3\times 10^{5}\ \mathrm{rad\,s^{-1}} \qquad ; \qquad f_0 = \frac{1{,}3\times 10^{5}}{2\pi} = 2{,}1\times 10^{4}\ \mathrm{Hz} \] \[ Q = \frac{\sqrt{2\times 1{,}2\times 0{,}14\times 10^{-9}}}{2\times 4{,}5\times 10^{-6}} = 2{,}0 \]
\[ f_0 \approx 21\ \mathrm{kHz} \qquad ; \qquad Q \approx 2{,}0 \qquad ; \qquad f_r = f_0\sqrt{1-\frac{1}{2Q^2}} = 0{,}94\times 2{,}1\times 10^{4} = 2{,}0\times 10^{4}\ \mathrm{Hz} \]

Comparaison avec le composant réel. La courbe de réponse de l'ADXL1001 présente un pic marqué autour de \(20\ \mathrm{kHz}\) : l'accord avec le modèle à deux ressorts et deux amortisseurs est excellent, à mieux que \(10\ \%\). Le fait même qu'un pic existe impose \(Q > 1/\sqrt{2}\) (Q5) ; la hauteur du pic par rapport au plateau basse fréquence donne l'ordre de grandeur : pour un second ordre, le facteur de surtension vaut \(\dfrac{Q}{\sqrt{1-1/(4Q^2)}}\), soit environ \(Q\) dès que \(Q\) dépasse quelques unités. Un pic à quelques unités au-dessus de la valeur statique correspond donc à \(Q\) de l'ordre de quelques unités, en accord avec \(Q \approx 2\).

Domaine d'utilisation. Le composant ne s'emploie que dans la zone où le gain ne dépend pas de la fréquence, c'est-à-dire bien en deçà de la résonance : typiquement \(f \lesssim 10^{3}\ \mathrm{Hz}\), soit à peu près \(f_0/20\). Au-delà, la réponse commence à remonter et la mesure serait biaisée par un facteur dépendant de la fréquence.

Origine de la limitation à \(\pm 100\,\mathcal{g}\). À \(100\,\mathcal{g}\), le déplacement quasi statique vaut

\[ x_{\max} = \frac{100\times 9{,}8}{1{,}7\times 10^{10}} = 5{,}8\times 10^{-8}\ \mathrm{m} \]

soit \(58\ \mathrm{nm}\), à comparer à \(d = 0{,}65\ \mathrm{\mu m}\) : la dent mobile parcourt déjà près de \(10\ \%\) de l'espace inter-électrodes. Deux limites apparaissent ensemble. (1) Mécanique : la loi de Hooke \(\vec{F}_1+\vec{F}_2 = -2kx\,\vec{u}_x\) n'est valable que dans le domaine élastique linéaire des microstructures de rappel ; au-delà, des termes non linéaires en \(x^2, x^3\) apparaissent, l'étalonnage se fausse, et une déformation plastique ou une rupture devient possible. (2) Électrique : la relation entre capacité et déplacement n'est linéarisable que pour \(x \ll d\) (Q15), et la butée mécanique à \(x = d\) est atteinte pour \(a_e \approx 10^{3}\,\mathcal{g}\). Le constructeur borne donc la gamme bien avant.

Q8. (QP) Comment aborder l'incertitude de mesure sur la détermination de \(\mathcal{g}\), au niveau du collège, avec chacune des deux expérimentations de l'annexe 1 ? 3 pts

Cadrage de niveau. On est en classe de troisième, cycle 4. L'extrait de programme fourni (annexe 2) ne mentionne aucun outil statistique : ni moyenne au sens métrologique, ni écart type, ni incertitude type. Ce qui y figure, c'est « mesurer des grandeurs physiques de manière directe ou indirecte », « interpréter des résultats expérimentaux, en tirer des conclusions et les communiquer en argumentant » et « développer des modèles simples ». L'incertitude doit donc être abordée qualitativement, par la dispersion constatée, avec des mots d'élèves : « on ne retrouve pas exactement la même valeur », « les résultats sont groupés entre telle et telle valeur ».

Expérience 1 (smartphone, application phyphox). L'élève lit une courbe qui fluctue au cours du temps, entre environ \(9{,}80\) et \(9{,}835\ \mathrm{m\,s^{-2}}\) sur la copie d'écran. Exploitation possible en classe : faire constater que la valeur affichée n'est pas unique et change d'un instant à l'autre, donc qu'une mesure isolée ne suffit pas ; faire relever la valeur la plus petite et la plus grande ; conclure que \(\mathcal{g}\) est « connu à quelques centièmes près » avec cet appareil. On peut aussi comparer les écrans obtenus par les différents groupes, ce qui introduit la notion de variabilité entre expérimentateurs sans jamais prononcer le mot « écart type ».

Expérience 2 (dynamomètre et masses marquées). Elle est de nature différente : c'est une mesure indirecte, qui passe par un modèle, la proportionnalité \(P = m\mathcal{g}\). Trois sources de dispersion s'y ajoutent : la lecture de l'aiguille du dynamomètre, la qualité des masses marquées, et le tracé de la droite moyenne. Exploitation possible : faire tracer, sur le graphique \(P = f(m)\), deux droites extrêmes passant encore raisonnablement par les points, et lire les deux pentes correspondantes ; c'est une entrée graphique et concrète dans l'idée d'intervalle. Puis exploiter les \(13\) valeurs de la classe :

\[ \overline{\mathcal{g}} = \frac{127{,}0}{13} = 9{,}77\ \mathrm{m\,s^{-2}} \qquad \text{avec des valeurs s'étalant de } 9{,}6 \text{ à } 9{,}9\ \mathrm{m\,s^{-2}} \]

Formulation accessible en troisième : « la classe trouve \(\mathcal{g} \approx 9{,}8\ \mathrm{m\,s^{-2}}\), toutes les valeurs étant comprises entre \(9{,}6\) et \(9{,}9\ \mathrm{m\,s^{-2}}\) ». La comparaison des deux expériences montre que les deux méthodes s'accordent, et que la seconde est plus dispersée que la première — ce qui donne du sens à l'idée que la qualité d'une mesure dépend de l'instrument et du protocole.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP8). Le rapport signale explicitement que le niveau collège était attendu, sans les notions statistiques du lycée. Répondre avec écart type, incertitude type et \(u(\mathcal{g}) = \sigma/\sqrt{n}\) est scientifiquement correct mais hors sujet pédagogique, et coûte des points : le jury évalue l'adéquation au programme. Le rapport valorise aussi la mise en évidence, par la seconde expérience, de la qualité du modèle (proportionnalité) en plus de la dispersion des valeurs.
Q9. (QP) Un collégien lit qu'« un pèse-lettre ou une balance pèse-personne ne permettent pas de mesurer directement une masse ». Justifier ou réfuter, et proposer une méthode simple de mesure directe. 2,5 pts

L'affirmation est à justifier, pas à réfuter. Un pèse-lettre ou un pèse-personne contiennent un élément déformable (ressort, lame équipée de jauges de contrainte, quartz piézoélectrique). Ce qu'ils mesurent est la force exercée par l'objet sur le plateau, c'est-à-dire la valeur du poids \(P\). L'affichage en grammes ou en kilogrammes résulte d'une conversion interne par le constructeur, qui divise par une valeur de \(\mathcal{g}\) fixée une fois pour toutes.

La conséquence est spectaculaire et parlante pour un élève : le même pèse-personne, emporté sur la Lune, afficherait environ six fois moins, alors que la masse de la personne n'a pas changé d'un gramme. L'appareil mesure une force, pas une quantité de matière. C'est exactement la distinction poids/masse inscrite au programme du cycle 4 (annexe 2 : « Pesanteur sur Terre et sur la Lune, différence entre poids et masse (unités) »).

Méthode de mesure directe : la balance à deux plateaux (balance Roberval), avec un jeu de masses marquées. On égalise les deux plateaux : à l'équilibre, les deux poids sont égaux, donc \(m_{\mathrm{objet}}\,\mathcal{g} = m_{\mathrm{marquées}}\,\mathcal{g}\), et \(\mathcal{g}\) se simplifie. On compare une masse inconnue à des masses connues : le résultat est indépendant du lieu, et resterait identique sur la Lune. C'est une mesure directe au sens métrologique.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP9). Le rapport note que la méthode de la balance à plateaux n'était connue que d'une moitié des candidats. C'est une question sans aucune difficulté technique, entièrement gagnable, et la moitié des copies l'ont perdue. L'argument décisif à écrire est la simplification de \(\mathcal{g}\) à l'équilibre, qui est ce qui rend la mesure « directe ».

I.B Mesure capacitive

Q10. Invariances et symétries du champ créé par un plan infini uniformément chargé (\(\sigma > 0\)). Relation entre \(\vec{E}(x)\) et \(\vec{E}(-x)\) ? 2,5 pts

Le plan chargé est pris comme plan \((O'yz)\), \(\vec{u}_x\) lui étant normal.

Invariances. La distribution est invariante par toute translation parallèle au plan, selon \(\vec{u}_y\) comme selon \(\vec{u}_z\). D'après le principe de Curie, les causes engendrant des effets au moins aussi symétriques qu'elles, le champ possède les mêmes invariances : \(\vec{E}\) ne dépend que de \(x\).

Symétries. Tout plan contenant \(\vec{u}_x\) (par exemple \((Mxy)\) et \((Mxz)\)) est plan de symétrie de la distribution de charges. Le champ électrostatique est un vrai vecteur (vecteur polaire) : il appartient à tout plan de symétrie passant par le point considéré. Appartenant simultanément à deux plans de symétrie distincts, il appartient à leur intersection, qui est la droite dirigée par \(\vec{u}_x\).

\[ \vec{E}(M) = E(x)\,\vec{u}_x \]

Relation entre les deux demi-espaces. Le plan chargé lui-même est plan de symétrie de la distribution. Par une symétrie plane par rapport à ce plan, un vrai vecteur voit sa composante normale au plan changée en son opposée, tandis que le point \(M(x)\) est envoyé sur \(M'(-x)\). Le champ étant précisément normal au plan :

\[ \vec{E}(-x) = -\vec{E}(x) \qquad \text{soit} \qquad E(-x) = -E(x) \]

La fonction \(E(x)\) est donc impaire. C'est cette relation, et elle seule, qui permettra de sortir le champ du flux à Q12 : sans elle, deux inconnues indépendantes subsisteraient.

Q11. Écriture intégrale du théorème de Gauss dans le vide. 1,5 pt
\[ \oiint_{\Sigma\ \text{fermée}} \vec{E}\cdot \mathrm{d}\vec{S} = \frac{Q_{\text{int}}}{\varepsilon_0} \]

où \(\Sigma\) est une surface fermée quelconque (dite surface de Gauss), \(\mathrm{d}\vec{S}\) est orienté vers l'extérieur de \(\Sigma\), et \(Q_{\text{int}}\) est la charge totale contenue à l'intérieur du volume délimité. Les charges extérieures créent un champ en tout point mais ne contribuent pas au flux total.

Q12. Établir, par le théorème de Gauss, que \(\vec{E}(x) = \dfrac{\sigma}{2\varepsilon_0}\vec{u}_x\) pour \(x > 0\), et préciser l'expression pour \(x < 0\). 2,5 pts
σ > 0 (uniforme) x O′ − x + x S S dS ⊥ E ⇒ flux nul dS dS E(− x) E(x) E(− x) = − E(x) Qᵢₙₜ = σ·S
Surface de Gauss cylindrique, d'axe \((O'x)\) confondu avec la normale au plan : les bases de section \(S\) portent le flux sortant, la surface latérale ne contribue pas au flux puisque \(\mathrm{d}\vec{S}\) y est orthogonal à \(\vec{E}\).
Choix de la surface de Gauss et calcul du flux

Surface choisie : un cylindre droit d'axe \(O'x\), de section \(S\), dont les deux bases planes sont situées aux abscisses \(-x\) et \(+x\) (avec \(x>0\)), symétriquement de part et d'autre du plan chargé. La surface latérale est engendrée par des génératrices parallèles à \(\vec{u}_x\).

Le flux se décompose en trois contributions :

  • Surface latérale : \(\mathrm{d}\vec{S}\) y est orthogonal à \(\vec{u}_x\), donc à \(\vec{E}\). Flux nul.
  • Base en \(+x\) : \(\mathrm{d}\vec{S} = \mathrm{d}S\,\vec{u}_x\), flux \(= E(x)\,S\).
  • Base en \(-x\) : \(\mathrm{d}\vec{S} = -\mathrm{d}S\,\vec{u}_x\), flux \(= -E(-x)\,S = +E(x)\,S\) en utilisant l'imparité établie à Q10.

Le flux total vaut donc \(2E(x)S\). La charge intérieure est celle portée par le disque de surface \(S\) découpé sur le plan, soit \(Q_{\text{int}} = \sigma S\). Le théorème de Gauss donne \(2E(x)S = \dfrac{\sigma S}{\varepsilon_0}\), et \(S\) se simplifie — ce qui était attendu, puisque le résultat ne peut pas dépendre de la surface arbitraire choisie.

\[ \vec{E}(x) = +\frac{\sigma}{2\varepsilon_0}\,\vec{u}_x \quad \text{pour } x>0 \qquad ; \qquad \vec{E}(x) = -\frac{\sigma}{2\varepsilon_0}\,\vec{u}_x \quad \text{pour } x<0 \]

Le champ est uniforme dans chaque demi-espace, dirigé du plan vers l'infini puisque \(\sigma > 0\), et subit une discontinuité de \(\sigma/\varepsilon_0\) à la traversée de la nappe chargée : c'est la relation de passage générale, retrouvée ici sur un cas particulier.

Pièges identifiés par le jury (rapport 2021, remarques 10-11). Deux fautes récurrentes. (1) La surface fermée est mal choisie : un cylindre qui ne traverse pas le plan, ou qui n'est pas symétrique, ne permet pas de conclure. (2) L'inversion de signe du champ de part et d'autre du plan est oubliée : on écrit alors un flux \(E(x)S - E(x)S = 0\), ce qui conduit à une absurdité, ou bien on l'écrit \(2E(x)S\) sans jamais justifier pourquoi. La justification est la question : c'est le lien entre Q10 et Q12 qui est évalué.
Q13. Champ entre les armatures d'un condensateur plan par superposition ; en déduire \(C\) en fonction de \(S\), \(\varepsilon_0\) et \(\delta\). 3 pts

Les deux armatures portent \(+\sigma\) et \(-\sigma\), et les effets de bord sont négligés (\(S \gg \delta^2\)) : chacune est assimilable à un plan infini, dont on connaît le champ. L'électrostatique étant linéaire, les champs s'additionnent.

Orientons \(\vec{u}_x\) de l'armature \(+\sigma\) vers l'armature \(-\sigma\). Entre les armatures :

  • l'armature \(+\sigma\) crée \(\vec{E}_+ = +\dfrac{\sigma}{2\varepsilon_0}\vec{u}_x\) (on est du côté \(x>0\) par rapport à elle) ;
  • l'armature \(-\sigma\) crée \(\vec{E}_- = +\dfrac{\sigma}{2\varepsilon_0}\vec{u}_x\) (on est du côté \(x<0\) par rapport à elle, et sa densité est négative : les deux signes se compensent).
\[ \vec{E}_{\text{int}} = \frac{\sigma}{\varepsilon_0}\,\vec{u}_x \qquad \text{entre les armatures} \qquad ; \qquad \vec{E}_{\text{ext}} = \vec{0} \qquad \text{à l'extérieur} \]

À l'extérieur, les deux contributions se retranchent exactement : le champ est nul, ce qui est la propriété de confinement du condensateur plan.

Capacité. La différence de potentiel entre l'armature positive et l'armature négative vaut, le champ étant uniforme :

\[ U = V_+ - V_- = \int_{+}^{-} \vec{E}\cdot \mathrm{d}\vec{\ell} = \frac{\sigma}{\varepsilon_0}\,\delta \]

La charge portée par l'armature positive est \(q = \sigma S\), et par définition \(C = q/U\) :

\[ C = \frac{\sigma S}{\dfrac{\sigma \delta}{\varepsilon_0}} = \frac{\varepsilon_0 S}{\delta} \]

Homogénéité : \(\varepsilon_0\) est en \(\mathrm{F\,m^{-1}}\), donc \(\varepsilon_0 S/\delta\) est bien en farads. Sens physique : la capacité croît quand les armatures se rapprochent — c'est précisément ce qui rend un condensateur utilisable comme capteur de déplacement.

Q14. Montrer que \(C_1 = \dfrac{\varepsilon_0 S}{d + x(t)}\). Calculer \(C_1\) pour \(x(t)=0\) et commenter. 2,5 pts
p = 2,0 µm (profondeur) − q − q M + q + q h = 130 µm C1 : d + x(t) C2 : d − x(t) O x Schéma de principe — écart au repos d = 0,65 µm, échelles non respectées
Modèle électrique différentiel : la dent mobile \(M\), chargée \(+q\) sur ses deux faces, forme avec les deux dents fixes deux condensateurs \(C_1\) et \(C_2\) dont les écarts varient en opposition avec le déplacement \(x(t)\).

La surface en regard de deux dents est le produit de la hauteur par la profondeur :

\[ S = p\,h = 2{,}0\times 10^{-6}\times 130\times 10^{-6} = 2{,}6\times 10^{-10}\ \mathrm{m^2} \]

Les dimensions vérifient \(S \gg d^2\) (ici \(d^2 \approx 4\times 10^{-13}\ \mathrm{m^2}\), soit trois ordres de grandeur en dessous de \(S\)) : le modèle du condensateur plan infini s'applique, et le résultat de Q13 se transpose en remplaçant \(\delta\) par la distance instantanée entre les armatures. Pour le premier condensateur, cette distance vaut \(d + x(t)\) :

\[ C_1(t) = \frac{\varepsilon_0 S}{d + x(t)} \qquad ; \qquad C_2(t) = \frac{\varepsilon_0 S}{d - x(t)} \]

Application numérique pour \(x = 0\), avec \(d = 0{,}65\ \mathrm{\mu m}\) et \(\varepsilon_0 = 8{,}85\times 10^{-12}\ \mathrm{F\,m^{-1}}\) :

\[ C_1(0) = \frac{8{,}85\times 10^{-12}\times 2{,}6\times 10^{-10}}{0{,}65\times 10^{-6}} = 3{,}5\times 10^{-15}\ \mathrm{F} \]
\[ C_1(0) = C_2(0) \approx 3{,}5\ \mathrm{fF} \]

Commentaire, et c'est ici qu'on applique la consigne du jury de comparer toute grandeur à un étalon. Quelques femtofarads, c'est mille fois moins que la plus petite capacité discrète d'un catalogue de composants (le picofarad), et surtout c'est très inférieur aux capacités parasites des pistes, connexions et entrées d'amplificateur, qui atteignent aisément quelques picofarads. Deux conséquences de conception, toutes deux visibles sur la figure 1 du sujet et dans la suite du problème : (1) on multiplie les dents en peigne pour mettre en parallèle des centaines de condensateurs élémentaires et remonter à une capacité exploitable ; (2) on ne mesure jamais \(C_1\) seule, mais la différence relative entre \(C_1\) et \(C_2\), dans laquelle les parasites communs se compensent au premier ordre. C'est tout l'objet de la partie C.

Q15. Montrer que \(\dfrac{C_1-C_2}{C_1+C_2} = A\,\dfrac{x}{d}\) et préciser \(A\). 2 pts

On met les deux expressions au même dénominateur \(d^2 - x^2\) :

\[ C_1 - C_2 = \varepsilon_0 S\left(\frac{1}{d+x} - \frac{1}{d-x}\right) = \varepsilon_0 S\,\frac{-2x}{d^2-x^2} \qquad ; \qquad C_1 + C_2 = \varepsilon_0 S\,\frac{2d}{d^2-x^2} \]
\[ \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2} = -\frac{x(t)}{d} \qquad \text{soit} \qquad A = -1 \]

Ce résultat est remarquable et mérite un commentaire, car il porte tout le dispositif : le rapport est rigoureusement linéaire en \(x\), sans aucune approximation de type \(x \ll d\), et surtout il ne dépend plus ni de \(\varepsilon_0\), ni de \(S\), ni d'aucune caractéristique géométrique autre que \(d\). La mesure différentielle élimine donc d'un coup les dérives de surface, la permittivité (et donc l'humidité résiduelle), et la valeur absolue des capacités parasites symétriques. C'est la raison d'être de l'architecture à deux condensateurs et du montage de la partie C, dont toute la fonction sera d'extraire électroniquement ce rapport.

I.C Conditionnement du signal

Le principe : on excite les deux condensateurs par deux signaux carrés en opposition de phase à \(f_0' = 200\ \mathrm{kHz}\), très au-dessus du contenu spectral de l'accélération, puis on démodule. C'est une détection synchrone, et la reconnaître dès la lecture de la figure 6 fait gagner beaucoup de temps sur Q17 à Q27.

Oscillateur 200 kHz V1(t) : carré 0–5 V Ligne à retard T / 2 V2(t) C2(x) C1(x) nœud A + VM R R masse i1 i2 i3 i4 V3(t) Multiplieur × i ≈ 0 i ≈ 0 V4(t) Amplificateur + 20 dB V5(t) Rf Cf Vs(t)
Chaîne de conditionnement (détection synchrone) : le nœud \(A\) additionne les contributions de \(C_1(x)\), \(C_2(x)\) et des deux résistances \(R\), la tension \(V_3(t)\) est démodulée par multiplication avec \(V_1(t)\), puis amplifiée et filtrée pour donner \(V_s(t)\).
Q16. Valeur moyenne \(\langle V_1\rangle\) du signal carré. 1 pt

Le signal vaut \(V_M\) pendant une demi-période et \(0\) pendant l'autre :

\[ \langle V_1 \rangle = \frac{1}{T}\int_0^{T} V_1(t)\,\mathrm{d}t = \frac{1}{T}\left(V_M \times \frac{T}{2} + 0 \times \frac{T}{2}\right) \]
\[ \langle V_1 \rangle = \frac{V_M}{2} = 2{,}5\ \mathrm{V} \]
Q17. Justifier les formes approchées de \(V_1(t)\) et \(V_2(t)\), et donner \(V_{01}\) en fonction de \(V_M\). 2,5 pts

La figure 7(b) donne le spectre du carré : une composante continue, un fondamental à \(f_0'\) d'amplitude \(2V_M/\pi\), puis les harmoniques impairs \(3f_0', 5f_0', \ldots\) d'amplitudes décroissantes en \(1/n\). L'énoncé autorise à négliger tout ce qui est au-delà du fondamental, puisque les bandes passantes des composants ne les transmettent pas. Il reste la valeur moyenne calculée à Q16 et le fondamental :

\[ V_1(t) \simeq \frac{V_M}{2} + V_{01}\sin(\Omega t) \qquad \text{avec} \qquad V_{01} = \frac{2V_M}{\pi} = \frac{2\times 5{,}0}{\pi} = 3{,}2\ \mathrm{V} \]

Pour \(V_2\), le retard d'une demi-période se traduit sur le fondamental par un déphasage de \(\pi\), car \(\Omega \dfrac{T}{2} = 2\pi f_0' \dfrac{T}{2}= \pi\) :

\[ \sin\left(\Omega\left(t - \frac{T}{2}\right)\right) = \sin(\Omega t - \pi) = -\sin(\Omega t) \]

La valeur moyenne, elle, est inchangée par un décalage temporel. D'où :

\[ V_2(t) \simeq \frac{V_M}{2} - V_{01}\sin(\Omega t) \]

Les deux excitations sont donc en opposition de phase autour de la même valeur moyenne. C'est cette antisymétrie qui fera apparaître la différence \(C_1 - C_2\) et non leur somme dans la suite.

Q18. Exprimer \(\underline{i}_1\), \(\underline{i}_2\), \(\underline{i}_3\) et \(\underline{i}_4\) en fonction de \(\underline{V}_3\) et des éléments du montage. 3 pts

Tous les courants sont orientés vers le nœud \(A\), en convention récepteur pour chaque dipôle traversé. En régime sinusoïdal forcé à la pulsation \(\Omega\), l'impédance d'un condensateur est \(\underline{Z}_C = \dfrac{1}{\mathrm{j}C\Omega}\), donc son admittance est \(\underline{Y}_C = \mathrm{j}C\Omega\), et le courant s'obtient en multipliant la tension par l'admittance :

\[ \underline{i}_1 = \mathrm{j}C_1\Omega\left(\underline{V}_1 - \underline{V}_3\right) \qquad ; \qquad \underline{i}_2 = \mathrm{j}C_2\Omega\left(\underline{V}_2 - \underline{V}_3\right) \] \[ \underline{i}_3 = \frac{V_M - \underline{V}_3}{R} \qquad ; \qquad \underline{i}_4 = \frac{0 - \underline{V}_3}{R} = -\frac{\underline{V}_3}{R} \]

La branche \(i_4\) relie \(A\) à la masse, d'où le potentiel nul à son autre extrémité ; la branche \(i_3\) relie \(A\) à l'alimentation continue \(+V_M\). Les courants d'entrée du multiplieur sont nuls par hypothèse (impédance d'entrée très grande), donc aucune autre branche ne prélève de courant en \(A\).

Piège identifié par le jury (rapport 2021, remarque 18). La confusion impédance/admittance est explicitement relevée : écrire \(\underline{i}_1 = \dfrac{\underline{V}_1-\underline{V}_3}{\mathrm{j}C_1\Omega}\) est l'erreur la plus fréquente, et elle contamine irrémédiablement Q19 à Q22. Le rapport en donne aussi la cause : l'absence de schéma fléché en convention récepteur. Trente secondes pour redessiner la portion de circuit avec les flèches de courant et les conventions, et la moitié des erreurs de signe de cette partie disparaissent.
Q19. Établir l'équation différentielle (2) sur \(V_3(t)\). 3 pts

La loi des nœuds en \(A\), avec les quatre courants orientés vers \(A\), s'écrit \(\underline{i}_1 + \underline{i}_2 + \underline{i}_3 + \underline{i}_4 = 0\), soit :

\[ \mathrm{j}C_1\Omega\left(\underline{V}_1-\underline{V}_3\right) + \mathrm{j}C_2\Omega\left(\underline{V}_2-\underline{V}_3\right) + \frac{V_M-\underline{V}_3}{R} - \frac{\underline{V}_3}{R} = 0 \]

On repasse en temporel en utilisant la correspondance \(\mathrm{j}\Omega \longleftrightarrow \dfrac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\), valable terme à terme puisque l'équation est linéaire à coefficients constants — c'est exactement l'argument que l'énoncé invoque quand il annonce que « l'équation obtenue reste vraie pour tout type de signal » :

\[ C_1\frac{\mathrm{d}\left(V_1-V_3\right)}{\mathrm{d}t} + C_2\frac{\mathrm{d}\left(V_2-V_3\right)}{\mathrm{d}t} + \frac{V_M - 2V_3}{R} = 0 \]
\[ \left(C_1+C_2\right)\frac{\mathrm{d}V_3(t)}{\mathrm{d}t} + \frac{2}{R}\,V_3(t) = C_1\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\!\left[\frac{V_M}{2} + V_{01}\sin(\Omega t)\right] + C_2\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\!\left[\frac{V_M}{2} - V_{01}\sin(\Omega t)\right] + \frac{V_M}{R} \qquad (2) \]

Noter que les deux résistances \(R\) en parallèle vues du nœud \(A\) donnent le terme \(2V_3/R\) : le pont diviseur impose au repos \(V_3 = V_M/2\), ce qui polarise le montage à mi-alimentation. C'est une architecture d'électronique à alimentation unique, très courante dans les circuits intégrés de capteurs.

Q20. Réécrire (2) sous la forme (3) en introduisant \(\tau = \dfrac{R(C_1+C_2)}{2}\). 2,5 pts

On divise (2) par \(C_1+C_2\). Le terme de gauche fait apparaître \(\dfrac{2}{R(C_1+C_2)} = \dfrac{1}{\tau}\). À droite, les deux dérivées des constantes \(V_M/2\) s'annulent, et les termes en sinus se regroupent :

\[ \frac{C_1\,V_{01}\,\Omega\cos(\Omega t) - C_2\,V_{01}\,\Omega\cos(\Omega t)}{C_1+C_2} = \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\,\Omega V_{01}\cos(\Omega t) \]

Enfin \(\dfrac{V_M}{R(C_1+C_2)} = \dfrac{V_M}{2\tau}\).

\[ \frac{\mathrm{d}V_3(t)}{\mathrm{d}t} + \frac{1}{\tau}\,V_3(t) = \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\,\Omega V_{01}\cos(\Omega t) + \frac{V_M}{2\tau} \qquad (3) \]

\(\tau\) est bien un temps (produit d'une résistance par une capacité), et l'information cherchée, \(\dfrac{C_1-C_2}{C_1+C_2} = -\dfrac{x}{d}\), apparaît désormais isolée en facteur du terme d'excitation. Toute la suite consiste à l'extraire.

Q21. Justifier que la solution approchée proposée convient au-delà de 5 ms. 3 pts
Deux arguments distincts : régime établi, puis \(\Omega\tau \gg 1\)

1. Extinction du transitoire. La solution générale de l'équation homogène est \(V_3^{\text{hom}}(t) = \Lambda\,\mathrm{e}^{-t/\tau}\), avec \(\tau = 1{,}0\ \mathrm{ms}\). Au bout de \(5\tau = 5\ \mathrm{ms}\), elle est réduite au facteur \(\mathrm{e}^{-5} \approx 7\times 10^{-3}\), soit moins d'un pour cent de sa valeur initiale : elle est négligeable. Au-delà de \(5\ \mathrm{ms}\), seule subsiste la solution particulière, c'est-à-dire le régime forcé établi.

2. Régime établi, terme par terme. L'équation étant linéaire, on superpose les réponses aux deux termes du second membre.

Terme constant : une solution particulière constante \(V_3 = \mathrm{cte}\) vérifie \(\dfrac{\mathrm{cte}}{\tau} = \dfrac{V_M}{2\tau}\), d'où la composante continue \(\dfrac{V_M}{2}\).

Terme sinusoïdal : en notation complexe, avec \(\underline{M} = \dfrac{C_1-C_2}{C_1+C_2}V_{01}\),

\[ \left(\mathrm{j}\Omega + \frac{1}{\tau}\right)\underline{V_3} = \underline{M}\,\Omega \qquad \Longrightarrow \qquad \underline{V_3} = \underline{M}\,\frac{\Omega\tau}{1+\mathrm{j}\Omega\tau} \]

Or, numériquement,

\[ \Omega\tau = 2\pi \times 200\times 10^{3}\times 1{,}0\times 10^{-3} = 1{,}3\times 10^{3} \gg 1 \]

donc \(\dfrac{\Omega\tau}{1+\mathrm{j}\Omega\tau} \simeq \dfrac{1}{\mathrm{j}} = -\mathrm{j}\), et multiplier par \(-\mathrm{j}\) revient à retarder de \(\pi/2\) : \(\cos(\Omega t)\) devient \(\sin(\Omega t)\).

\[ \boxed{\,V_3(t) \simeq \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\,V_{01}\sin(\Omega t) + \frac{V_M}{2}\,} \qquad \text{pour } t > 5\tau = 5\ \mathrm{ms} \]

Le circuit se comporte, vis-à-vis de l'excitation à \(\Omega\), comme un intégrateur : c'est ce qui transforme le \(\cos\) de l'équation (3) en \(\sin\) et fait disparaître le facteur \(\Omega\), donc toute dépendance en fréquence. Physiquement, à \(\Omega\tau \gg 1\) l'impédance des condensateurs est faible devant \(R\) : le nœud \(A\) suit la répartition capacitive, et l'amplitude ne dépend plus que du rapport des capacités. On voit ici le second bénéfice de la mesure différentielle.

Q22. Déterminer \(V_4(t)\), puis retrouver le spectre de la figure 8 en précisant \(A\), \(B\) et \(C\). 3,5 pts

Le multiplieur délivre \(V_4(t) = K\,V_3(t)\,V_1(t)\). En posant \(\kappa = \dfrac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\) pour alléger :

\[ V_4(t) = K\left[\kappa V_{01}\sin(\Omega t) + \frac{V_M}{2}\right]\left[\frac{V_M}{2} + V_{01}\sin(\Omega t)\right] \] \[ V_4(t) = K\left[\left(\frac{V_M}{2}\right)^{2} + \frac{V_M}{2}V_{01}\sin(\Omega t) + \kappa\frac{V_M}{2}V_{01}\sin(\Omega t) + \kappa V_{01}^{2}\sin^{2}(\Omega t)\right] \]

On linéarise le carré avec \(\sin^2(\Omega t) = \dfrac{1}{2} - \dfrac{1}{2}\cos(2\Omega t)\), et l'on regroupe par fréquence. Trois composantes seulement apparaissent, exactement comme sur la figure 8 :

Composante continue (pulsation nulle)

\[ A = K\left[\left(\frac{V_M}{2}\right)^{2} + \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\,\frac{V_{01}^{2}}{2}\right] \]

Composante à \(\Omega\)

\[ B = K\,\frac{V_M}{2}\,V_{01}\left(1 + \frac{C_1-C_2}{C_1+C_2}\right) = K\,V_M V_{01}\,\frac{C_1}{C_1+C_2} \]

Composante à \(2\Omega\)

\[ C = -K\,\frac{V_{01}^{2}}{2}\,\frac{C_1-C_2}{C_1+C_2} \]

C'est le cœur de la méthode : l'information utile a été translatée de la fréquence \(\Omega\) vers la fréquence nulle. Le terme \(A\) contient \(\kappa\), donc \(x(t)\), dans une composante continue, alors que le bruit et les parasites du montage restent à \(\Omega\) et \(2\Omega\), où un simple passe-bas les éliminera. On notera que \(C = -A + K(V_M/2)^2\) au signe près du terme constant : les amplitudes \(A\) et \(C\) portent la même information, le spectre de la figure 8 est donc cohérent avec \(B\) nettement plus grand que \(A\) et \(C\) tant que \(|x| \ll d\).

Q23. Proposer un montage à ALI de gain \(+20\ \mathrm{dB}\). Autre intérêt de ce montage vis-à-vis du filtre RC qui suit ? 2,5 pts

\(20\log_{10}\left|\dfrac{V_5}{V_4}\right| = +20\ \mathrm{dB}\) correspond à un gain en tension de \(10\).

+ − V4(t) V5(t) R2 R1 V5 = (1 + R2 / R1)·V4 = 10·V4 Rétroaction négative : la sortie ramène une fraction de V5 sur l'entrée −
Montage non inverseur : le pont diviseur \(R_1\text{–}R_2\) ramène sur l'entrée inverseuse une fraction \(\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\) de \(V_5\), et l'ALI idéal en régime linéaire impose \(\varepsilon = 0\), d'où \(V_5 = \left(1+\dfrac{R_2}{R_1}\right)V_4 = 10\,V_4\).

Montage non inverseur : l'entrée non inverseuse reçoit \(V_4\), le pont diviseur \(R_1\) (vers la masse) et \(R_2\) (vers la sortie) ramène une fraction de \(V_5\) sur l'entrée inverseuse. L'ALI idéal en régime linéaire impose \(\varepsilon = 0\), d'où

\[ V_5 = \left(1 + \frac{R_2}{R_1}\right)V_4 = 10\,V_4 \qquad \text{soit} \qquad R_2 = 9\,R_1 \]

Par exemple \(R_1 = 1{,}0\ \mathrm{k\Omega}\) et \(R_2 = 9{,}0\ \mathrm{k\Omega}\).

La rétroaction est bien ramenée sur l'entrée inverseuse : c'est la condition de stabilité du fonctionnement linéaire. Un montage inverseur de gain \(-10\) (avec \(R_2 = 10R_1\)) conviendrait également, au prix d'une inversion de signe et d'une impédance d'entrée finie égale à \(R_1\).

L'autre intérêt, qui est la vraie question : l'adaptation d'impédance. La sortie d'un ALI a une impédance de sortie très faible (quelques ohms, idéalement nulle), et son entrée non inverseuse une impédance d'entrée très grande. Le montage se comporte donc en étage tampon : il ne charge pas le multiplieur en amont, et il attaque le filtre \(R_fC_f\) en aval comme le ferait une source de tension idéale. Conséquence pratique décisive : la fonction de transfert du filtre RC, calculée à vide à Q24, reste valable une fois le filtre connecté, et l'on peut multiplier les fonctions de transfert des étages en cascade. Sans ce tampon, le filtre chargerait le multiplieur et la mise en cascade serait fausse.

Q24. Calculer \(\underline{H}(\mathrm{j}\omega) = \underline{V_s}/\underline{V_5}\) et donner la nature du filtre. 2 pts

Le courant d'entrée de l'étage suivant étant nul, \(R_f\) et \(C_f\) forment un simple diviseur de tension, la sortie étant prise aux bornes de \(C_f\) :

\[ \underline{H}(\mathrm{j}\omega) = \frac{\dfrac{1}{\mathrm{j}C_f\omega}}{R_f + \dfrac{1}{\mathrm{j}C_f\omega}} \]
\[ \underline{H}(\mathrm{j}\omega) = \frac{1}{1 + \mathrm{j}R_fC_f\,\omega} \qquad \text{filtre passe-bas du premier ordre, de pulsation de coupure } \omega_c = \frac{1}{R_fC_f} \]

Gain unité et déphasage nul en très basse fréquence, gain \(1/\sqrt{2}\) (soit \(-3\ \mathrm{dB}\)) en \(\omega_c\), décroissance à \(-20\ \mathrm{dB/décade}\) au-delà.

Q25. Pour \(C_f = 10\ \mathrm{nF}\), proposer une plage de valeurs de \(R_f\). 2,5 pts

Le filtre doit satisfaire deux contraintes opposées, et c'est l'encadrement qui est demandé, pas une valeur.

Contrainte haute (éliminer la porteuse). Les composantes à \(\Omega\) et \(2\Omega\) doivent être fortement atténuées, seule \(A\) devant subsister. On impose classiquement une décade de marge, \(\omega_c \le \Omega/10\) :

\[ R_f \ge \frac{10}{2\pi\times 200\times 10^{3}\times 10\times 10^{-9}} = 8{,}0\times 10^{2}\ \Omega \]

ce qui garantit une atténuation d'au moins un facteur \(10\) à \(\Omega\), et \(20\) à \(2\Omega\).

Contrainte basse (suivre l'accélération). \(V_s(t)\) doit reproduire sans déformation les variations de \(x(t)\), dont les temps caractéristiques sont très supérieurs à \(T = 5\ \mathrm{\mu s}\). En prenant comme bande utile de l'accéléromètre \(f_{\text{utile}} \approx 1\ \mathrm{kHz}\) (valeur justifiée à Q7), il faut \(\omega_c \gg 2\pi f_{\text{utile}}\) :

\[ R_f \ll \frac{1}{2\pi\times 10^{3}\times 10\times 10^{-9}} = 1{,}6\times 10^{4}\ \Omega \]
\[ 8\times 10^{2}\ \Omega \lesssim R_f \lesssim 1{,}6\times 10^{4}\ \Omega \qquad \text{par exemple } R_f = 2{,}2\ \mathrm{k\Omega} \ (\ f_c \approx 7\ \mathrm{kHz}\ ) \]

La plage est large de plus d'une décade parce que la porteuse à \(200\ \mathrm{kHz}\) est deux décades au-dessus du signal utile : c'est tout l'intérêt d'avoir choisi une fréquence d'excitation très élevée. Le compromis de tout dispositif à modulation se lit ici directement.

Q26. Comment s'appelle la technique utilisée dans le montage de la figure 6 ? 1,5 pt

Il s'agit d'une détection synchrone (ou démodulation synchrone ; en anglais lock-in detection).

Le schéma en porte les trois signatures : (1) modulation de la grandeur lente \(x(t)\) par une porteuse haute fréquence \(\Omega\) ; (2) multiplication du signal modulé par la référence issue du même oscillateur, donc de fréquence et de phase rigoureusement identiques, ce qui est le sens du mot « synchrone » ; (3) filtrage passe-bas qui ne conserve que le terme continu. L'intérêt est la réjection du bruit : seules survivent les composantes du signal d'entrée situées dans une bande étroite autour de \(\Omega\), toutes les autres, dont le bruit en \(1/f\) de l'électronique et le \(50\ \mathrm{Hz}\) du secteur, sont rejetées.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, remarques 25-26). Le rapport note que la détection synchrone a été peu reconnue. C'est une question à un point, une ligne de réponse, et c'est aussi un grand classique du montage d'agrégation et de l'oral : la nommer et savoir dire en trois phrases ce qu'elle apporte (extraction d'un signal noyé dans le bruit par translation en fréquence) est l'un des meilleurs rapports temps/points de toute l'épreuve.
Q27. Montrer que \(V_s(t) = \beta\,V_M^{2}\left[\dfrac{1}{4} + \gamma\,x(t)\right]\) et préciser \(\gamma\). Le montage permet-il la mesure d'une accélération ? 3 pts

Après l'amplificateur de gain \(10\) et le filtre passe-bas, il ne reste de \(V_4\) que sa composante continue \(A\), multipliée par \(10\). Avec \(\kappa = \dfrac{C_1-C_2}{C_1+C_2} = -\dfrac{x(t)}{d}\) (Q15) et \(V_{01} = \dfrac{2V_M}{\pi}\) (Q17) :

\[ V_s = 10\,A = 10K\left[\frac{V_M^{2}}{4} - \frac{x(t)}{d}\cdot\frac{1}{2}\left(\frac{2V_M}{\pi}\right)^{2}\right] = 10K\,V_M^{2}\left[\frac{1}{4} - \frac{2}{\pi^{2}}\,\frac{x(t)}{d}\right] \]
\[ V_s(t) = \beta\,V_M^{2}\left[\frac{1}{4} + \gamma\,x(t)\right] \qquad \text{avec} \qquad \beta = 10K \quad \text{et} \quad \gamma = -\frac{2}{\pi^{2}d} \] \[ \gamma = -\frac{2}{\pi^{2}\times 0{,}65\times 10^{-6}} = -3{,}1\times 10^{5}\ \mathrm{m^{-1}} \]

Oui, le montage mesure bien une accélération, et la chaîne complète se lit d'un trait. En régime quasi statique (Q6), \(x(t) = -\dfrac{a_e(t)}{\omega_0^{2}}\), donc

\[ V_s(t) = \beta V_M^{2}\left[\frac{1}{4} + \frac{2}{\pi^{2}d\,\omega_0^{2}}\,a_e(t)\right] \]

\(V_s\) est une fonction affine de l'accélération : la partie constante \(\beta V_M^2/4\) est l'offset du capteur (la tension délivrée à accélération nulle, que l'on retrouvera mesurée expérimentalement à Q31, autour de \(1{,}65\ \mathrm{V}\) pour l'ADXL335), et le coefficient du terme en \(a_e\) est la sensibilité du capteur, en \(\mathrm{V}\) par \(\mathrm{m\,s^{-2}}\) ou, comme la donne le constructeur, en \(\mathrm{V}\) par \(\mathcal{g}\). Deux réserves à mentionner pour être complet : la mesure n'est valable que dans la bande passante quasi statique, et la constante \(K\) du multiplieur doit être connue, ce qui impose un étalonnage — exactement celui que les élèves réaliseront à Q32.

I. Résolution de problème : déclenchement d'un airbag

Trois questions ouvertes, sans donnée numérique imposée au-delà de l'annexe 3 : le jury attend une démarche, des ordres de grandeur assumés, et surtout une comparaison chiffrée conduisant à un critère. Rédiger les hypothèses est ici plus important que la précision du résultat.

Q28. Une caméra ordinaire (25 à 100 images par seconde) peut-elle filmer le choc frontal ? 2 pts

Estimons le temps caractéristique du phénomène. Le véhicule arrive à \(56\ \mathrm{km\,h^{-1}} = 15{,}6\ \mathrm{m\,s^{-1}}\) et s'immobilise en écrasant sa zone de déformation programmée, longue de l'ordre de \(0{,}5\) à \(1\ \mathrm{m}\). Avec une décélération supposée uniforme, la durée du choc vaut :

\[ \Delta t \approx \frac{2\times 0{,}6}{15{,}6} = 7{,}7\times 10^{-2}\ \mathrm{s} \]

soit quelques dizaines de millisecondes ; le déploiement du coussin lui-même est encore plus rapide, de l'ordre de \(20\) à \(30\ \mathrm{ms}\). Or une caméra à \(100\ \mathrm{images\,s^{-1}}\) ne fournit qu'une image toutes les \(10\ \mathrm{ms}\), et à \(25\ \mathrm{images\,s^{-1}}\) une toutes les \(40\ \mathrm{ms}\).

Non. Une caméra ordinaire ne donnerait que trois à huit images sur tout le choc au mieux, et une seule pendant le déploiement du coussin : c'est très insuffisant pour une analyse cinématique. L'intervalle entre les images de l'annexe 3 étant de quelques millisecondes, il faut une caméra rapide, dont la cadence atteint \(10^{3}\ \mathrm{images\,s^{-1}}\) en pratique. S'ajoute une contrainte de temps d'exposition : à \(15{,}6\ \mathrm{m\,s^{-1}}\), une pose de \(1\ \mathrm{ms}\) produit un flou de \(1{,}6\ \mathrm{cm}\), donc l'obturation doit elle aussi être très brève, ce qui impose un éclairage puissant.

Q29. Où placer judicieusement les accéléromètres de détection de choc frontal ? 2 pts

Deux exigences contradictoires structurent la réponse, et c'est leur confrontation qui est attendue.

Il faut détecter tôt. Le coussin doit être entièrement gonflé avant que le buste du conducteur n'ait parcouru la distance qui le sépare du volant. Le gonflage demandant \(20\) à \(30\ \mathrm{ms}\), la décision doit être prise dans les premières millisecondes du choc. Cela plaide pour un capteur à l'avant, là où la décélération apparaît en premier : lors d'un choc contre un mur, l'avant du véhicule se déforme tandis que l'habitacle continue d'avancer à vitesse quasi constante pendant plusieurs millisecondes.

Il ne faut pas déclencher à tort. Un capteur placé sur la peau du pare-chocs déclencherait au moindre heurt de parking, ce qui est inacceptable (un coussin est à usage unique, coûteux, et dangereux s'il se déploie sans raison).

Compromis retenu par les constructeurs : des capteurs de choc frontal placés en zone avant mais en retrait du pare-chocs, typiquement sur les longerons ou derrière les blocs optiques, donc entre l'extrémité avant et l'axe des roues avant ; leur signal est confirmé par un accéléromètre central, situé dans le calculateur d'airbag au niveau du tunnel central. Le déclenchement n'est décidé que si les deux voies concordent, ce qui assure à la fois la rapidité et la robustesse aux fausses alarmes. L'orientation de l'axe sensible est évidemment longitudinale.

Q30. Comparer les décélérations de freinage d'urgence et de collision, et en déduire un critère de déclenchement. 3,5 pts
Freinage d'urgence : théorème de l'énergie cinétique

Système : le véhicule de masse \(m = 1400\ \mathrm{kg}\), assimilé à un solide indéformable, dans le référentiel de la route supposé galiléen. Il passe de \(v_0 = 130\ \mathrm{km\,h^{-1}} = 36{,}1\ \mathrm{m\,s^{-1}}\) à l'arrêt sur \(D = 70\ \mathrm{m}\). Avec une décélération moyenne \(\langle a\rangle\) supposée constante :

\[ 0 - \frac{1}{2}mv_0^{2} = -m\,\langle a\rangle\,D \qquad \Longrightarrow \qquad \langle a\rangle_{\text{freinage}} = \frac{v_0^{2}}{2D} \] \[ \langle a\rangle_{\text{freinage}} = \frac{36{,}1^{2}}{2\times 70} = 9{,}3\ \mathrm{m\,s^{-2}} \]

Soit environ \(0{,}95\,\mathcal{g}\). Ce résultat n'a rien d'un hasard : la décélération maximale d'un pneumatique sur route sèche est limitée par le coefficient de frottement, de l'ordre de l'unité, donc par \(\mu\mathcal{g} \approx \mathcal{g}\). Un freinage, aussi violent soit-il, ne peut pas dépasser sensiblement \(1\,\mathcal{g}\).

Collision : exploitation des images de l'annexe 3

L'échelle s'obtient sur les images grâce à une longueur connue et non déformée : l'énoncé permet de repérer le centre de la roue avant, situé à environ \(1{,}0\ \mathrm{m}\) de l'extrémité avant du véhicule avant le choc. En suivant le centre de la roue (partie non déformée, donc représentative du mouvement d'ensemble) sur des images séparées de \(25\ \mathrm{ms}\), on lit un déplacement d'environ \(0{,}38\ \mathrm{m}\) avant le contact et d'environ \(0{,}20\ \mathrm{m}\) après, soit :

\[ v_{\text{avant}} = \frac{0{,}38}{0{,}025} = 15\ \mathrm{m\,s^{-1}} \qquad ; \qquad v_{\text{après}} = \frac{0{,}20}{0{,}025} = 8{,}0\ \mathrm{m\,s^{-1}} \]

La première valeur est cohérente avec les \(56\ \mathrm{km\,h^{-1}} = 15{,}6\ \mathrm{m\,s^{-1}}\) annoncés, ce qui valide la méthode. Ces deux vitesses étant séparées d'environ \(75\ \mathrm{ms}\) :

\[ \langle a\rangle_{\text{choc}} = \frac{8{,}0 - 15}{75\times 10^{-3}} = -93\ \mathrm{m\,s^{-2}} \]
\[ \left|\langle a\rangle\right|_{\text{freinage}} \approx 9\ \mathrm{m\,s^{-2}} \approx 1\,\mathcal{g} \qquad \text{contre} \qquad \left|\langle a\rangle\right|_{\text{choc}} \approx 10^{2}\ \mathrm{m\,s^{-2}} \approx 10\,\mathcal{g} \]

Critère de déclenchement : armer le coussin lorsque la décélération longitudinale dépasse un seuil situé entre les deux ordres de grandeur, typiquement \(\left|a\right| > 5\,\mathcal{g} \approx 50\ \mathrm{m\,s^{-2}}\), maintenu pendant quelques millisecondes pour ne pas réagir à un nid-de-poule.

Deux remarques d'honnêteté physique qu'il faut écrire. (1) La valeur \(10\,\mathcal{g}\) est une sous-estimation : elle moyenne la décélération sur \(75\ \mathrm{ms}\), alors que le pare-chocs, lui, est déjà arrêté ; en prenant les instants les plus proches du contact on trouverait plusieurs dizaines de \(\mathcal{g}\), ce qui rejoint l'estimation directe \(v^2/(2\ell) = 15{,}6^{2}/(2\times 0{,}6) \approx 2\times 10^{2}\ \mathrm{m\,s^{-2}}\). C'est d'ailleurs cohérent avec la gamme \(\pm 100\,\mathcal{g}\) de l'ADXL1001 de Q7, choisie précisément pour ce type d'application. (2) Il ne faut pas exploiter la rotation de la roue pour construire l'échelle des temps : lors du choc, le roulement s'accompagne d'un glissement croissant, et la relation \(v = R\dot{\theta}\) devient fausse.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, remarque 14). Le rapport écrit, à propos de Q14, qu'« une grandeur physique dimensionnée n'est en soi ni petite ni grande, elle doit être comparée à un étalon » — un attendu constant de l'épreuve, transposable ici. Ici la comparaison est la réponse : ce qui est évalué, ce n'est pas la valeur \(93\) ou \(107\ \mathrm{m\,s^{-2}}\), c'est l'écart d'un ordre de grandeur entre les deux situations et le seuil qu'on en déduit. Le rapport valorise également le contrôle d'homogénéité systématique et l'explicitation du système et du référentiel, même dans une résolution de problème ouverte.

I.D Utilisation d'un accéléromètre MEMS en terminale spécialité

Quatre QP consécutives, soit environ \(12{,}5\) points de notre barème indicatif, sans un seul calcul de physique. Le contexte : un module ADXL335 lu par un microcontrôleur qui affiche un entier entre \(0\) et \(1024\), correspondant linéairement à une tension entre \(0\) et \(5{,}0\ \mathrm{V}\). Capteur horizontal : \(A_X = 341\), \(A_Y = 342\), \(A_Z = 414\).

Q31. (QP) Après traitement statistique des 883 mesures de \(A_Y\), comment un élève doit-il écrire correctement la mesure ? Quelle réponse donner à la question 1 de l'activité (tension d'offset) ? 3 pts

Ce que le programme demande. L'extrait de terminale générale fourni en annexe 4 est explicite : « procéder à l'évaluation d'une incertitude-type par une approche statistique (évaluation de type A) », « écrire, avec un nombre adapté de chiffres significatifs, le résultat d'une mesure », et « comparer le résultat d'une mesure à une valeur de référence en utilisant le quotient \(\left|m_{\text{mes}}-m_{\text{réf}}\right|/u(m)\) ». Les trois capacités sont mobilisées ici, dans cet ordre.

Traitement de la série. Sur \(N = 883\) mesures réparties en \(341\) (33 fois), \(342\) (836 fois) et \(343\) (14 fois) :

\[ \overline{A_Y} = \frac{341\times 33 + 342\times 836 + 343\times 14}{883} = \frac{301\,967}{883} = 341{,}978 \]

L'écart type expérimental de la série vaut \(\sigma = 0{,}230\), et l'incertitude type sur la moyenne s'en déduit :

\[ u\!\left(\overline{A_Y}\right) = \frac{\sigma}{\sqrt{N}} = \frac{0{,}230}{\sqrt{883}} = 7{,}7\times 10^{-3} \]
\[ A_Y = 341{,}978 \pm 0{,}008 \qquad \text{(soit } u = 0{,}008\text{, un seul chiffre significatif sur l'incertitude)} \]

Le point de méthode que l'élève doit avoir compris : on ne conserve qu'un seul chiffre significatif sur l'incertitude type, et on arrondit la valeur à la même position décimale. Écrire \(341{,}97848 \pm 0{,}00773\) serait aussi faux qu'écrire \(342 \pm 0{,}008\).

Réponse à la question 1 de l'activité (tension d'offset). La conversion est linéaire, \(1024\) correspondant à \(5{,}0\ \mathrm{V}\) :

\[ U_{\text{offset}} = \frac{341{,}978\times 5{,}0}{1024} = 1{,}67\ \mathrm{V} \]

Comparaison argumentée avec la donnée constructeur (\(1{,}65\ \mathrm{V}\) à \(0\,\mathcal{g}\)), qui est la vraie attente de la question. L'incertitude type de type A transportée sur la tension vaut \(u(U) = 0{,}008\times 5{,}0/1024 = 4\times 10^{-5}\ \mathrm{V}\), de sorte que le quotient du programme vaut

\[ \frac{\left|1{,}67 - 1{,}65\right|}{4\times 10^{-5}} \approx 5\times 10^{2} \gg 2 \]

Conclusion à faire formuler par l'élève : les deux valeurs sont très éloignées au regard de la seule dispersion statistique. Cela ne signifie pas que la mesure est fausse, mais que l'incertitude de type A ne suffit pas à décrire la situation : il manque les composantes de type B (quantification du convertisseur, soit un pas de \(5{,}0/1024 = 4{,}9\ \mathrm{mV}\) ; tolérance de fabrication du capteur, que le constructeur donne d'ailleurs comme une valeur « environ » ; incertitude sur la tension d'alimentation). Une fois ces contributions prises en compte, l'écart de \(20\ \mathrm{mV}\), soit quatre pas de quantification, devient parfaitement acceptable.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP31). Le rapport signale que l'estimation des incertitudes de type statistique est mal maîtrisée. Trois écueils à éviter : confondre l'écart type de la série \(\sigma\) avec l'incertitude type sur la moyenne \(\sigma/\sqrt{N}\) ; oublier la division par \(\sqrt{N}\), qui est précisément ce que \(883\) mesures achètent ; et surtout ne pas conclure. Une écriture de résultat sans la comparaison à la valeur de référence ne répond qu'à la moitié de la question. Écart signalé : le corrigé officiel arrondit la moyenne en \(341{,}980\) ; le recalcul direct donne \(301\,967/883 = 341{,}9785\), donc \(341{,}978\).
Q32. (QP) Écrire un protocole concis de mesure de la sensibilité (en \(\mathrm{V}/\mathcal{g}\)), l'appliquer aux mesures fournies, et préciser les différences pédagogiques par rapport à la question 3 initiale. 4 pts

Définir d'abord avec des mots, ensuite avec une relation. La sensibilité \(s\) d'un capteur est la variation de la grandeur de sortie (ici la tension \(U\)) rapportée à la variation de la grandeur d'entrée qui l'a produite (ici l'accélération \(a\)) :

\[ s = \frac{\Delta U}{\Delta a} \qquad \text{en } \mathrm{V}/\mathcal{g} \]

Protocole proposé aux élèves (4 étapes).

  1. Poser le capteur à plat sur la table et relever la valeur affichée pour l'axe étudié : l'accélération selon cet axe est alors nulle.
  2. Basculer le capteur de \(90^\circ\) de sorte que ce même axe devienne vertical, et relever la nouvelle valeur affichée : l'accélération selon l'axe vaut maintenant \(1\,\mathcal{g}\).
  3. Convertir la variation du nombre affiché en variation de tension, sachant que \(1024\) correspond à \(5{,}0\ \mathrm{V}\).
  4. Calculer \(s = \Delta U / \Delta a\), avec \(\Delta a = 1\,\mathcal{g}\), et comparer à la donnée constructeur.

Application aux mesures fournies. Capteur horizontal, l'axe \(Z\) est déjà vertical : il subit \(1\,\mathcal{g}\) et affiche \(A_Z = 414\), tandis que les axes horizontaux, à accélération nulle, affichent \(A_X = 341\) et \(A_Y = 342\). Un basculement de \(90^\circ\) fait donc passer un axe de \(342\) à \(414\) environ :

\[ \Delta U = \frac{72\times 5{,}0}{1024} = 0{,}35\ \mathrm{V} \]
\[ s \approx 0{,}35\ \mathrm{V}/\mathcal{g} = 3{,}5\times 10^{2}\ \mathrm{mV}/\mathcal{g} \]

À comparer à la donnée constructeur « sensibilité (minimum) : \(300\ \mathrm{mV}/\mathcal{g}\) » : la valeur mesurée est compatible, légèrement supérieure au minimum garanti, ce qui est le cas normal. Écart signalé : le corrigé officiel obtient \(356\ \mathrm{mV}/\mathcal{g}\) en prenant \(\Delta A = 73\) (soit \(414 - 341\), avec l'offset de l'axe \(X\)) ; avec \(\Delta A = 72\) (\(414 - 342\), offset du même axe \(Y\) que celui de la question précédente) on obtient \(352\ \mathrm{mV}/\mathcal{g}\). L'écart de \(1\) unité de quantification est sans conséquence physique, mais il illustre pour les élèves que le résultat dépend du choix de la référence.

Différences pédagogiques induites par le changement de question.

  • Nature de l'activité de l'élève. La question 3 d'origine (« définir un protocole pour déterminer l'angle d'inclinaison ») demande une tâche complexe applicative : l'élève conçoit un protocole pour utiliser le capteur, dont les propriétés sont admises. La nouvelle question demande de caractériser le capteur lui-même : on passe d'un usage à une démarche d'étalonnage.
  • Objectif d'apprentissage. Dans un cas, on répond à une problématique concrète et contextualisée (mesurer un angle) ; dans l'autre, on construit une notion transversale, la sensibilité d'une chaîne de mesure, réinvestissable sur tout autre capteur.
  • Compétences évaluées. La version « angle » mobilise la modélisation (projection de \(\vec{\mathcal{g}}\) sur l'axe sensible, \(a = \mathcal{g}\sin\theta\)) et l'analyse ; la version « sensibilité » mobilise davantage « réaliser » et « valider », puisqu'elle se termine par une confrontation à une valeur de référence, avec le regard critique que le jury attend.
  • Guidage. Le professeur peut moduler : protocole entièrement à écrire par l'élève, ou bien étapes fournies dans le désordre à remettre en ordre, selon l'autonomie visée.
🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP32). Le rapport est ici très directif, et sur un point de méthode généralisable : une grandeur doit être définie d'abord avec des mots, puis avec une relation mathématique. Il attend en outre un protocole réellement réalisable en classe (le basculement de \(90^\circ\) l'est, l'usage d'une centrifugeuse ne l'est pas) et qui laisse une part de regard critique aux élèves, en l'occurrence la comparaison à la donnée constructeur. Un protocole entièrement fermé, sans phase de validation, est dévalorisé.
Q33. (QP) Deux intérêts pédagogiques ou didactiques à l'usage d'un microcontrôleur en classe, et deux points de vigilance. 2,5 pts

Intérêts.

  • Accès à un grand nombre de mesures, donc à la statistique réelle. Les \(883\) valeurs de \(A_Y\) de la question précédente sont inconcevables à la main. Le microcontrôleur rend enfin expérimentalement vraie la partie « variabilité de la mesure, histogramme, moyenne et écart type » du programme de terminale, au lieu de la simuler sur des données fournies.
  • Ouverture de la boîte noire et lien avec la modélisation. L'élève voit la chaîne complète grandeur physique → tension → nombre, et manipule explicitement l'étalonnage, l'offset et la quantification. Cela travaille la compétence « modéliser », et en particulier les limites du modèle (linéarité annoncée à \(0{,}3\ \%\), gamme \(\pm 3\,\mathcal{g}\)), ce qu'un capteur de laboratoire tout intégré ne permet pas. Cela relie aussi la physique à l'informatique et à la technologie du quotidien, ce qui a une valeur motivationnelle documentée.

Points de vigilance.

  • Détournement de la charge cognitive. Le risque majeur : l'élève passe l'heure à débuguer un câblage ou une ligne de code, et la séance de physique devient une séance d'informatique. La parade est de fournir le programme déjà téléversé et fonctionnel, comme le fait l'activité de l'annexe 4, et de ne laisser à modifier que ce qui porte du sens physique.
  • Effet « boîte noire inversée » et hétérogénéité. La valeur affichée peut être prise pour la vérité, sans esprit critique, alors qu'elle dépend d'un étalonnage discutable ; et la maîtrise technique préalable est très inégale selon les élèves, ce qui creuse les écarts. S'ajoutent des contraintes matérielles concrètes : temps d'installation, fiabilité des connexions, nombre de postes disponibles, et formation de l'enseignant.
🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP33). Le rapport demande qu'une analyse pédagogique préalable précède l'usage d'un outil numérique : l'outil n'est jamais justifié par lui-même, il doit servir un objectif d'apprentissage identifié. Une réponse qui se contente de « c'est motivant et moderne » ne vaut rien ; une réponse qui explique quelle capacité du programme l'outil rend accessible (ici la statistique sur grand échantillon) est valorisée.
Q34. (QP) Quelle difficulté didactique engendrent les termes accélération « statique » et « dynamique » ? Comment lever l'ambiguïté par un argument scientifique ? 3 pts

La difficulté. L'expression « accélération statique » est une contradiction dans les termes pour un élève de terminale : il vient d'apprendre que l'accélération est la dérivée du vecteur vitesse, donc qu'un objet immobile, ou en mouvement rectiligne uniforme, a une accélération nulle. Or le document lui affirme qu'un capteur posé sur la table, parfaitement immobile, mesure une « accélération statique » de \(1\,\mathcal{g}\). Deux conceptions erronées s'installent alors : soit l'élève conclut qu'un objet au repos possède une accélération (et la définition cinématique s'effondre), soit il décide que le capteur « mesure la gravité » comme une grandeur d'une autre nature que l'accélération, et le lien entre les deux se perd. Le vocabulaire, ici, travaille contre le cours.

L'argument scientifique qui lève l'ambiguïté. Il tient en une phrase : un accéléromètre ne mesure pas l'accélération du référentiel, il mesure la résultante des forces autres que le poids, rapportée à la masse. On le démontre sur le modèle de la partie I.A, à condition de reprendre le bilan des forces de la question 3 sans y supposer l'axe sensible horizontal. Système : la dent mobile \(M\), de masse \(m\). Référentiel : \(\mathcal{R}_{\mathrm{b}}\), lié au bâti, non galiléen. Forces : le rappel élastique \(-2k\,x\,\vec{u}_x\), le poids \(m\vec{\mathcal{g}}\), la réaction du guidage \(\vec{R}\) — guidage supposé parfait, donc \(\vec{R}\perp\vec{u}_x\) — et la force d'inertie d'entraînement \(-m\vec{a}_e\) (Coriolis nulle, cf. Q2). À l'équilibre relatif, en projection sur le seul axe sensible \(\vec{u}_x\), où la réaction du guidage disparaît quelle que soit l'orientation du boîtier :

\[ -2k\,x + m\left(\vec{\mathcal{g}} - \vec{a}_e\right)\cdot\vec{u}_x = 0 \qquad \Longrightarrow \qquad x = \frac{m}{2k}\left(\vec{\mathcal{g}} - \vec{a}_e\right)\cdot\vec{u}_x \]

Cohérence avec la question 3. Dans la configuration de la partie I.A, l'axe sensible est horizontal : \(\vec{\mathcal{g}}\cdot\vec{u}_x = 0\), le poids est intégralement repris par le guidage (c'est le sens de « ils se compensent et sont orthogonaux à \(\vec{u}_x\) »), et il reste \(x = -\dfrac{m}{2k}\,a_e\), soit exactement le régime permanent de l'équation (1) avec \(\ddot{x} = \dot{x} = 0\). Le terme de pesanteur ne disparaît donc pas par nature : il disparaît parce que l'on avait choisi cette orientation. Dès que le boîtier bascule, la projection du poids sur l'axe sensible réapparaît — c'est la « composante statique », et c'est précisément elle qu'exploite le protocole de la Q32 (\(a = \mathcal{g}\sin\theta\)). Le composant réel de l'annexe 4 comporte trois axes sensibles orthogonaux de ce type : les trois mesures \(A_X, A_Y, A_Z\) sont les trois composantes d'un même vecteur.

Chaque axe mesure la projection de \(\vec{\mathcal{g}} - \vec{a}_e\) sur son axe sensible ; le composant trois axes restitue donc le vecteur \(\vec{\mathcal{g}} - \vec{a}_e\), parfois appelé force spécifique ou accélération propre, et jamais \(\vec{a}_e\) seule. C'est pourquoi, posé immobile sur une table (\(\vec{a}_e = \vec{0}\)), le triplet mesuré a pour norme \(\left\|\vec{\mathcal{g}}\right\| = 9{,}8\ \mathrm{m\,s^{-2}}\), répartie sur les axes selon l'orientation du boîtier, et pourquoi, en chute libre (\(\vec{a}_e = \vec{\mathcal{g}}\)), les trois axes indiqueraient \(0\) bien que le capteur accélère.

Les deux points conceptuels à faire émerger. (1) La masse qui intervient dans le poids (masse gravitationnelle) et celle qui intervient dans la force d'inertie et le principe fondamental (masse inertielle) sont numériquement identiques : c'est le principe d'équivalence, vérifié expérimentalement à \(10^{-15}\) près, et c'est lui qui rend le capteur incapable par principe de distinguer un champ de pesanteur d'une accélération d'entraînement. (2) Le champ de pesanteur \(\vec{\mathcal{g}}\) et l'accélération de la pesanteur sont la même grandeur, en \(\mathrm{m\,s^{-2}}\) comme en \(\mathrm{N\,kg^{-1}}\), ce qui explique que l'on puisse légitimement exprimer une accélération « en \(\mathcal{g}\) » comme le fait toute la documentation technique.

Reformulation à proposer aux élèves, qui garde l'intention du document sans la contradiction : parler de composante permanente (due à la pesanteur, qui renseigne sur l'orientation du boîtier) et de composante variable (due au mouvement propre, qui renseigne sur les chocs et déplacements). On conserve ainsi la distinction utile entre les deux usages du capteur — bascule portrait/paysage d'une part, détection de choc d'autre part — sans jamais écrire qu'une accélération puisse être « statique ».

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP34). Le rapport attend explicitement la distinction entre masse inertielle et masse gravitationnelle et l'identité entre champ de pesanteur et accélération de la pesanteur. C'est le point conceptuel de la question, et il est réinvestissable tel quel dans une leçon orale de mécanique. Une réponse purement lexicale (« les mots sont mal choisis, il faudrait dire autrement ») sans l'argument physique ne rapporte presque rien.

Partie II — Détecteur hyperspectral MOEMS

Le principe : chaque pixel du capteur est coiffé d'une micro-cavité Fabry-Pérot dont l'espacement, réglé par des cales piézoélectriques, sélectionne une bande spectrale étroite. On obtient ainsi pour chaque point de la scène une centaine de bandes spectrales au lieu des trois couleurs primaires, ce qui permet d'identifier chimiquement un matériau. L'application traitée est le tri optique des déchets plastiques.

II.A Imagerie hyperspectrale pour le tri des déchets plastiques

Q35. Estimer une plage spectrale \([\lambda_{\min}, \lambda_{\max}]\) permettant de distinguer le PET du PVC, et proposer une résolution \(\delta\lambda\) suffisante. 3 pts

La figure 12 donne les réflectances normalisées du PET et du PVC entre \(950\) et \(1600\ \mathrm{nm}\). Le raisonnement se conduit en trois temps, et c'est la démarche qui est évaluée, pas la précision de la lecture graphique.

1. Où les deux courbes se distinguent-elles ? Il faut écarter les zones où elles se superposent ou présentent des minima confondus. Vers \(1430\ \mathrm{nm}\), les deux plastiques présentent une chute de réflectance très semblable (bande d'absorption commune) : cette zone n'est pas discriminante. En revanche, autour de \(1200\ \mathrm{nm}\), les deux matériaux présentent des minima de réflectance décalés l'un par rapport à l'autre, d'environ \(1180\ \mathrm{nm}\) pour le PET et \(1200\ \mathrm{nm}\) pour le PVC, et de profondeurs différentes.

\[ \left[\lambda_{\min},\ \lambda_{\max}\right] \approx \left[1{,}0\ \mathrm{\mu m}\ ;\ 1{,}4\ \mathrm{\mu m}\right] \]

2. Quelle résolution ? L'écart entre les deux signatures à discriminer vaut \(\Delta\lambda_{\text{signature}} \approx 20\ \mathrm{nm}\). Pour séparer deux structures distantes de \(20\ \mathrm{nm}\), il faut échantillonner le spectre avec un pas au moins deux fois plus fin, faute de quoi les deux minima tombent dans la même bande spectrale et deviennent indiscernables. C'est l'argument d'échantillonnage de Shannon transposé au domaine spectral.

\[ \delta\lambda \lesssim 10\ \mathrm{nm} \]

3. Validation par le réel. La caméra utilisée pour produire la figure 11 (KUSTA 1.7 MSI) travaille entre \(0{,}95\) et \(1{,}7\ \mathrm{\mu m}\) avec une résolution de \(8\ \mathrm{nm}\) : notre cahier des charges est cohérent avec le matériel du commerce. Noter la contrainte que cela impose au Fabry-Pérot, et qui fait tout l'objet de la partie B : il devra présenter des pics de transmission de largeur à mi-hauteur inférieure ou égale à \(10\ \mathrm{nm}\) autour de \(1\ \mathrm{\mu m}\), c'est-à-dire une finesse élevée, donc des miroirs très réfléchissants. Le lien Q35 → Q48 est explicite : c'est le fil conducteur de la partie.

Q36. (QP) Quels sont les objectifs pédagogiques du professeur pour chaque partie de l'évaluation formative de l'annexe 5 ? 3 pts

Cadrage préalable, à écrire en une phrase. Il s'agit d'une évaluation formative en classe de seconde : elle intervient pendant l'apprentissage, ne vise pas à classer mais à situer les acquis, et doit déboucher sur une remédiation. Cela conditionne la lecture des trois parties, qui sont de difficulté croissante et évaluent des compétences différentes.

  • Partie A — Mesures préalables, lois de Snell-Descartes. Objectif : évaluer la capacité à modéliser une loi à partir de mesures. L'élève doit tracer \(\sin i_1\) en fonction de \(\sin i_2\), reconnaître une situation de proportionnalité, tracer la droite moyenne passant par l'origine, et exploiter son coefficient directeur pour en déduire \(n_2\) via \(n_1\sin i_1 = n_2 \sin i_2\). Sont travaillées : la compétence « réaliser » (tracé du graphe à l'échelle), la compétence « analyser » (choix de représenter les sinus et non les angles), la compétence « valider » (regard critique sur la dispersion des points, et sur le fait que la meilleure détermination de \(n\) passe par la pente de la droite moyenne, plus précise qu'un rapport calculé sur un seul couple de mesures).
  • Partie B — Déplacement du pavé de verre. Objectif : évaluer le transfert de la loi à une situation nouvelle, dans un registre graphique. L'élève doit prévoir un comportement (« prolonger le trajet du rayon en sortie du verre »), ce qui suppose d'identifier les deux dioptres, d'appliquer deux fois la loi de la réfraction, et de reconnaître que le rayon émergent est parallèle au rayon incident mais décalé latéralement. Sont travaillées : l'articulation entre registre symbolique (la loi) et registre graphique (le tracé), et l'explicitation de la démarche (« expliquer brièvement votre démarche »), donc la compétence « communiquer ».
  • Partie C — Réponse à la problématique. Objectif : évaluer la capacité à mobiliser l'ensemble pour expliquer un phénomène du quotidien, c'est-à-dire une tâche complexe et une remise en contexte. Sont travaillées la compétence « communiquer » à l'écrit (rédiger une explication argumentée en quelques lignes) et la capacité à réinvestir de façon autonome les résultats des parties précédentes.

L'architecture globale est classique et cohérente : établir la loi (A), l'appliquer dans un cas voisin (B), l'utiliser pour expliquer le réel (C). C'est précisément le maillon C qui va se révéler défaillant, et qui fait l'objet de la question 38.

Q37. (QP) Corriger la copie d'élève et formuler les conseils permettant de la faire progresser. 4 pts
Note de transcription. Le document-réponse (copie d'élève) est un document graphique manuscrit, que la transcription textuelle de l'énoncé ne restitue pas. Nous donnons donc ici la grille de correction attendue et les erreurs typiques documentées par le rapport de jury pour cette copie, plutôt qu'une annotation ligne à ligne qui serait inventée. La méthode, elle, est transposable telle quelle.

Méthode de correction attendue par le jury, en trois temps et dans cet ordre.

1. Valoriser d'abord ce qui est réussi, même partiellement. C'est un attendu explicite : une copie annotée uniquement en négatif ne fait progresser personne. Le tracé du graphe, la reconnaissance de l'alignement des points, la formulation de la loi de Snell-Descartes sont typiquement à créditer.

2. Annoter les erreurs précisément, sur le document lui-même. Les points de contrôle sont les suivants :

  • Partie A, tracé : la droite modèle doit passer par l'origine. Un élève qui trace une droite d'ordonnée à l'origine non nulle n'a pas identifié la situation de proportionnalité imposée par la loi \(\sin i_1 = \dfrac{n_2}{n_1}\sin i_2\).
  • Partie A, coefficient directeur : le calcul doit s'appuyer sur deux points pris sur la droite tracée, choisis éloignés l'un de l'autre, et non sur deux points expérimentaux. Faire figurer sur le graphe le point utilisé et écrire le calcul en toutes lettres. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse, car elle ruine tout l'intérêt de la modélisation graphique.
  • Partie A, résultat : avec les données du tableau, la pente vaut environ \(1{,}4\) à \(1{,}5\), d'où \(n_2 \approx 1{,}5\), valeur cohérente avec un verre courant. L'élève doit exploiter les grandeurs fournies (\(n_1 = 1{,}00\)) et conclure par une valeur numérique commentée.
  • Partie C, confusions conceptuelles : trois fautes classiques à relever. (i) « Le stylo est réfracté » — non, c'est la lumière qui est réfractée, pas l'objet ; la confusion entre l'objet et la lumière qui en provient est un obstacle didactique majeur en optique. (ii) « Le pavé est soulevé » ou « la lumière vient du haut » — dans la photographie, l'éclairage vient de côté, la géométrie n'est pas celle de la partie A. (iii) L'explication rédigée décrit l'observation (« le stylo paraît coupé ») sans jamais expliquer le décalage, qui est pourtant la question posée.

3. Formuler des conseils actionnables, c'est-à-dire des consignes que l'élève peut appliquer seul la prochaine fois. Par exemple : « pour calculer un coefficient directeur, choisis deux points sur ta droite, le plus éloignés possible, et écris le calcul » ; « avant d'expliquer une observation d'optique, demande-toi toujours d'où vient la lumière et où elle arrive » ; « un schéma avec au moins deux rayons issus d'un même point de l'objet t'aidera à trouver où l'œil voit ce point ».

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, QP36-38). Le rapport indique que, sur l'analyse de copie d'élève, plusieurs réponses étaient acceptées et que le jury valorise les remarques positives sur les moyens didactiques mis en œuvre. Autrement dit : une correction qui se contente de compter les fautes est dévalorisée ; une correction qui identifie l'obstacle derrière la faute (ici, la confusion objet/lumière) et propose une remédiation est valorisée.
Q38. (QP) Analyse critique de la formulation de la partie C, et proposition de modification. 3 pts

Pourquoi la partie C n'a pas été réussie. Le défaut n'est pas dans les élèves, il est dans l'enchaînement des questions. Trois ruptures se cumulent entre B et C.

  • Rupture de géométrie. Dans les parties A et B, le pavé est couché sur la table et la lumière arrive du haut : le plan d'étude est vertical. Dans la photographie de la partie C, la scène est vue de biais et la lumière se propage horizontalement du stylo vers l'œil. Le trajet lumineux à considérer n'est pas dans la même direction que celui qui vient d'être étudié : l'élève ne peut pas transférer directement son schéma.
  • Rupture de nature du raisonnement. Les parties A et B ne font intervenir qu'un seul rayon. Expliquer que le stylo paraît décalé exige de construire une image, donc de tracer au moins deux rayons issus d'un même point du stylo, de les prolonger en arrière après réfraction, et de localiser leur intersection apparente. Cette notion d'image par un dioptre plan n'a jamais été construite dans l'activité, ni d'ailleurs au programme de seconde à ce niveau de formalisme.
  • Rupture de consigne. « Expliquer en quelques lignes », avec un schéma seulement facultatif (« on pourra s'aider d'un schéma si besoin »), oriente l'élève vers une réponse purement verbale, alors que la clé de l'explication est le schéma. La consigne travaille contre la réussite.

Modification proposée (deux options, la seconde étant la plus sûre).

Option 1, question intermédiaire ajoutée entre B et C : « Sur le schéma fourni, on considère un point P de l'extrémité du stylo. Tracer deux rayons issus de P qui traversent le pavé et parviennent à l'œil. Prolonger ces deux rayons en arrière (en pointillés) après leur sortie du verre. Que constate-t-on sur leur point d'intersection P' ? Comparer la position de P' à celle de P. »

Option 2, allègement de la tâche : fournir directement à l'élève le schéma de la situation de la photographie, avec les deux rayons déjà tracés et le pavé correctement orienté, et ne lui demander que l'explication écrite. On sépare ainsi la difficulté de construction géométrique de la difficulté d'argumentation, ce qui est exactement le rôle d'une évaluation formative : on ne cumule pas deux obstacles dans la même question.

La réponse attendue une fois la difficulté levée : les rayons issus d'un point du stylo sont réfractés à l'entrée puis à la sortie du pavé et en ressortent parallèles à leur direction initiale mais translatés latéralement ; l'œil, qui les prolonge en ligne droite, voit donc le point du stylo décalé. Comme seule la portion du stylo vue à travers le verre subit ce décalage, le stylo paraît « coupé » à la frontière du pavé.

II.B Interféromètre de Fabry-Pérot

Deux lames planes parallèles, partiellement réfléchissantes, séparées par une épaisseur d'air \(e\). Le rayon incident, d'angle \(i\), subit une infinité d'allers-retours ; tous les rayons émergents sont parallèles, et une lentille les fait interférer en son plan focal, au point \(M\). On note \(r\) et \(t\) les coefficients de réflexion et de transmission en amplitude, \(R = r^2\) et \(T = t^2\) ceux en intensité, avec \(R + T = 1\) (lames non absorbantes).

e rayon incident A B C D i rayon 1 rayon 2 H L M angle i identique à chaque réflexion (B, C, D) et à la transmission [HM] = [DM] (Malus) ⇒ rayon 1 et rayon 2 convergent en M en phase
Marche des rayons dans le Fabry-Pérot : le trajet interne \(B\!\to\!C\!\to\!D\) donne la différence de marche, et le théorème de Malus, \([HM]=[DM]\), permet de calculer le chemin optique jusqu'au point de convergence \(M\) dans le plan focal de la lentille \(L\).
Q39. Calculer \([BCD]\), puis \(BD\), puis \([BH]\) en fonction de \(e\) et \(i\). 2,5 pts

Préliminaire à écrire : les deux lames étant parallèles, la loi de Snell-Descartes pour la réflexion impose que tous les angles d'incidence et de réflexion successifs à l'intérieur de la cavité soient égaux à \(i\). La géométrie se répète donc à l'identique à chaque aller-retour, ce qui est la raison pour laquelle le déphasage entre deux rayons consécutifs sera constant.

Le trajet \(B \to C \to D\) est constitué de deux segments obliques symétriques traversant l'épaisseur \(e\), chacun de longueur \(\dfrac{e}{\cos i}\). La cavité étant remplie d'air (\(n=1\)), chemin optique et longueur géométrique coïncident :

\[ [BCD] = \frac{2e}{\cos i} \]

La projection de ce trajet sur la direction parallèle aux lames donne \(BD\) : chaque segment se projette en \(e\tan i\), d'où

\[ BD = 2e\tan i \]

Enfin \(H\) est le projeté orthogonal de \(D\) sur le rayon 1. Le triangle \(BHD\) est rectangle en \(H\), et l'angle en \(B\) entre \(BD\) (parallèle aux lames) et le rayon 1 (qui fait l'angle \(i\) avec la normale, donc \(\tfrac{\pi}{2}-i\) avec les lames) vaut \(\tfrac{\pi}{2}-i\). Donc \([BH] = BD\,\cos\left(\tfrac{\pi}{2}-i\right) = BD\sin i\) :

\[ [BH] = 2e\,\frac{\sin^2 i}{\cos i} \]
Q40. Différence de chemin optique en \(M\) entre les rayons 1 et 2 ; justifier \([HM]=[DM]\) ; montrer que \(\Delta\varphi = \dfrac{4\pi e\cos i}{\lambda}\). 3 pts

Justification de \([HM] = [DM]\). Les rayons 1 et 2 sont parallèles en sortie. \(H\) étant le projeté orthogonal de \(D\) sur le rayon 1, le plan passant par \(H\) et \(D\) perpendiculairement à ces rayons est un plan d'onde. Or le théorème de Malus énonce que les rayons lumineux issus d'une même source sont orthogonaux aux surfaces d'onde, et que le chemin optique entre deux surfaces d'onde est le même pour tous les rayons. Les chemins \([HM]\) et \([DM]\), comptés de ce plan d'onde jusqu'au point de convergence \(M\), sont donc égaux. C'est exactement le rôle de la lentille : elle ne modifie pas la différence de marche entre rayons parallèles.

Différence de marche. Le rayon 2 parcourt \([BCD]\) puis \([DM]\) ; le rayon 1 parcourt \([BH]\) puis \([HM]\). Les deux derniers étant égaux, ils se simplifient :

\[ \delta = [BCDM] - [BHM] = [BCD] - [BH] = \frac{2e}{\cos i} - \frac{2e\sin^2 i}{\cos i} = \frac{2e\left(1-\sin^2 i\right)}{\cos i} = 2e\cos i \]
\[ \delta = 2e\cos i \qquad ; \qquad \Delta\varphi = \frac{2\pi}{\lambda}\,\delta = \frac{4\pi e\cos i}{\lambda} \]

Résultat à connaître par cœur : c'est la différence de marche d'une lame à faces parallèles éclairée en lumière parallèle, que l'on retrouve pour le Michelson en lame d'air et les anneaux d'égale inclinaison. Le \(\cos i\) (et non \(\sin i\)) est la signature de cette configuration. On notera l'absence de terme \(\lambda/2\) : ici les deux réflexions internes subies par le rayon 2 ont lieu dans les mêmes conditions, et l'énoncé pose \(r\) réel et identique partout, ce qui revient à absorber tout déphasage de réflexion dans une constante commune, sans effet sur la figure d'interférence.

Q41. Amplitude complexe \(\underline{a}_1(M)\) du rayon 1. 2 pts

Le rayon 1 a traversé deux lames, donc son amplitude a été multipliée par \(t\) deux fois, soit \(t^2\). Il a accumulé la phase \(\varphi_0 = \dfrac{2\pi}{\lambda}[AB]\) entre \(A\) et \(B\), puis \(\dfrac{2\pi}{\lambda}[BHM]\) entre \(B\) et \(M\) :

\[ \underline{a}_1(M) = a_0\,t^{2}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\varphi_0}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\frac{2\pi}{\lambda}[BHM]} \]
Q42. Amplitude complexe \(\underline{a}_2(M)\) du rayon 2, puis en fonction de \(\underline{a}_1(M)\). 2,5 pts

Le rayon 2 diffère du rayon 1 par exactement deux événements : deux réflexions internes supplémentaires (en \(C\) sur la seconde lame, puis en \(D\) sur la première), soit un facteur \(r^2 = R\) en amplitude ; et un trajet supplémentaire qui lui vaut le déphasage \(\Delta\varphi\) calculé à Q40. Il a traversé, lui aussi, exactement deux lames en transmission.

\[ \underline{a}_2(M) = a_0\,t^{2}\,r^{2}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\varphi_0}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\frac{2\pi}{\lambda}[BHM]}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi} = \underline{a}_1(M)\,R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi} \]

Le point décisif pour la suite : le passage du rayon \(n\) au rayon \(n+1\) se fait toujours par le même facteur multiplicatif \(\underline{q} = R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}\), puisque la géométrie se reproduit identiquement à chaque aller-retour. La suite des amplitudes est géométrique, ce qui n'était pas le cas pour deux ondes seulement.

Q43. Amplitude complexe résultante \(\underline{a}_{\mathrm{tot}}(M)\) de l'interférence d'une infinité d'ondes. 3 pts

Les ondes sont issues de la même source, donc mutuellement cohérentes : on somme les amplitudes, et non les intensités. Le rayon d'indice \(n\) (\(n \ge 0\)) a subi \(n\) allers-retours :

\[ \underline{a}_{\mathrm{tot}}(M) = \sum_{n=0}^{+\infty} \underline{a}_1(M)\left(R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}\right)^{n} \]

Le module de la raison vaut \(\left|R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}\right| = R < 1\) puisque \(0 < r < 1\) : la série géométrique converge, et la formule rappelée par l'énoncé s'applique.

\[ \underline{a}_{\mathrm{tot}}(M) = \frac{\underline{a}_1(M)}{1 - R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}} = \frac{a_0\,t^{2}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\varphi_0}\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\frac{2\pi}{\lambda}[BHM]}}{1 - R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}} \]

Justifier la convergence par \(R < 1\) n'est pas un ornement : c'est la traduction mathématique du fait qu'une partie de l'énergie s'échappe à chaque aller-retour, donc que la somme infinie a un sens physique.

Q44. En déduire l'intensité \(I_{\mathrm{tot}}\) en fonction de \(I_0\), \(R\) et \(\Delta\varphi\). 3 pts
Du module carré à la fonction d'Airy

Avec \(I = \tfrac{1}{2}\underline{a}\,\underline{a}^{*}\), les facteurs de phase pure \(\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\varphi_0}\) et \(\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\frac{2\pi}{\lambda}[BHM]}\), de module \(1\), disparaissent :

\[ I_{\mathrm{tot}} = I_0\,\frac{t^{4}}{\left|1-R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}\right|^{2}} \qquad \text{avec } I_0 = \tfrac{1}{2}a_0^2 \text{ et } t^4 = T^2 = (1-R)^2 \]

Le dénominateur se développe :

\[ \left|1-R\,\mathrm{e}^{-\mathrm{j}\Delta\varphi}\right|^{2} = \left(1-R\cos\Delta\varphi\right)^2 + \left(R\sin\Delta\varphi\right)^2 = 1 + R^{2} - 2R\cos\Delta\varphi \]

On utilise enfin \(\cos\Delta\varphi = 1 - 2\sin^{2}\!\left(\dfrac{\Delta\varphi}{2}\right)\), qui fait apparaître le carré parfait \(1+R^2-2R = (1-R)^2\) :

\[ 1 + R^{2} - 2R\cos\Delta\varphi = (1-R)^{2} + 4R\sin^{2}\!\left(\frac{\Delta\varphi}{2}\right) \]
\[ I_{\mathrm{tot}} = \frac{I_0\,(1-R)^{2}}{1+R^{2}-2R\cos\Delta\varphi} = \frac{I_0}{1 + \dfrac{4R}{(1-R)^{2}}\sin^{2}\!\left(\dfrac{\Delta\varphi}{2}\right)} \] \[ \Gamma(R,\lambda) = \frac{I_{\mathrm{tot}}}{I_0} = \frac{1}{1+\dfrac{4R}{(1-R)^{2}}\sin^{2}\!\left(\dfrac{2\pi e\cos i}{\lambda}\right)} \]

C'est la fonction d'Airy, sous la forme donnée par l'énoncé, puisque \(\dfrac{\Delta\varphi}{2} = \dfrac{2\pi e\cos i}{\lambda}\). Le coefficient \(\mathcal{F} = \dfrac{4R}{(1-R)^2}\), appelé coefficient de finesse, gouverne tout le comportement du filtre : plus \(R\) est proche de \(1\), plus \(\mathcal{F}\) est grand, plus les pics de transmission sont étroits. Contrôle de cohérence à faire : pour \(R \to 0\), \(\mathcal{F}\to 0\) et \(\Gamma \to 1\), ce qui est bien le cas d'une cavité sans miroir, qui transmet tout.

Q45. Positions \(\lambda_{\max,p}\) des maxima, valeur de \(\Gamma\) en ces points, cohérence avec l'annexe 6 (A). 3 pts

\(\Gamma\) est maximale lorsque le terme en \(\sin^2\) s'annule, c'est-à-dire quand son argument est un multiple entier de \(\pi\) :

\[ \frac{2\pi e\cos i}{\lambda} = p\pi \qquad (p \in \mathbb{N}^{*}) \]
\[ \lambda_{\max,p} = \frac{2e\cos i}{p} \qquad \text{et} \qquad \Gamma\!\left(R, \lambda_{\max,p}\right) = 1 \]

La transmission est totale aux maxima, quelle que soit la valeur de \(R\) : c'est la propriété remarquable du Fabry-Pérot sans absorption, et elle en fait un excellent filtre — il ne perd pas d'énergie sur la bande qu'il sélectionne. Physiquement, \(\lambda_{\max,p} = 2e\cos i/p\) traduit simplement la condition d'interférences constructives \(\delta = p\lambda\).

Cohérence avec l'annexe 6 (A). Avec \(e\cos i = 1{,}0\ \mathrm{\mu m}\), on a \(\lambda_{\max,p} = \dfrac{2{,}0}{p}\ \mathrm{\mu m}\) :

\[ \lambda_{\max,1} = 2{,}0\ \mathrm{\mu m} \quad ; \quad \lambda_{\max,2} = 1{,}0\ \mathrm{\mu m} \quad ; \quad \lambda_{\max,3} = 0{,}67\ \mathrm{\mu m} \quad ; \quad \lambda_{\max,4} = 0{,}50\ \mathrm{\mu m} \]

Sur l'intervalle \(450 < \lambda < 1900\ \mathrm{nm}\) de l'annexe 6 (A), on prévoit donc exactement trois pics, à \(500\), \(667\) et \(1000\ \mathrm{nm}\) ; celui d'ordre \(1\) tombe hors de la fenêtre. C'est bien ce que montre la figure, ce qui valide le modèle.

Q46. Justifier l'augmentation du nombre de maxima dans la bande spectrale lorsque \(e\) augmente. 2 pts

Deux formulations équivalentes, la seconde étant la plus convaincante.

Par le décompte des ordres. Les maxima présents dans la fenêtre \([\lambda_a, \lambda_b]\) sont ceux dont l'ordre \(p\) vérifie \(\lambda_a \le \dfrac{2e\cos i}{p}\le \lambda_b\), soit \(\dfrac{2e\cos i}{\lambda_b} \le p \le \dfrac{2e\cos i}{\lambda_a}\). Le nombre d'entiers dans cet intervalle vaut environ

\[ N \approx 2e\cos i\left(\frac{1}{\lambda_a} - \frac{1}{\lambda_b}\right) \]

qui est proportionnel à \(e\). Doubler l'épaisseur double le nombre de pics visibles.

Par l'intervalle spectral libre. L'écart entre deux maxima consécutifs vaut

\[ \lambda_{\max,p} - \lambda_{\max,p+1} = 2e\cos i\left(\frac{1}{p}-\frac{1}{p+1}\right) = \frac{2e\cos i}{p(p+1)} \approx \frac{\lambda^{2}}{2e\cos i} \]

C'est l'intervalle spectral libre. Il est inversement proportionnel à \(e\) : plus la cavité est épaisse, plus les pics sont resserrés, donc plus il en tient dans une fenêtre donnée. Physiquement, une cavité épaisse impose une différence de marche grande, donc un ordre d'interférence élevé, et les conditions constructives se succèdent d'autant plus vite quand \(\lambda\) varie.

Q47. Intervalle de valeurs de \(e\cos i\) pour un unique maximum entre \(1{,}00\) et \(1{,}30\ \mathrm{\mu m}\). Quel élément d'optique ajouter pour ne détecter que l'infrarouge ? 3 pts

On cherche à placer un ordre dans la fenêtre \([1{,}00 ; 1{,}30]\ \mathrm{\mu m}\) et un seul, ce qui impose de vérifier où tombent les ordres voisins.

Deux familles de solutions, à discuter

Solution avec l'ordre \(p=1\). On impose \(1{,}00 \le 2e\cos i \le 1{,}30\ \mathrm{\mu m}\), soit

\[ 0{,}50\ \mathrm{\mu m} \le e\cos i \le 0{,}65\ \mathrm{\mu m} \]

L'ordre suivant tombe alors en \(\lambda_{\max,2} = e\cos i \in [0{,}50 ; 0{,}65]\ \mathrm{\mu m}\), dans le visible, donc hors de la fenêtre. Un seul maximum y subsiste.

Solution avec l'ordre \(p=2\). On impose \(1{,}00 \le e\cos i \le 1{,}30\ \mathrm{\mu m}\). Alors \(\lambda_{\max,1} = 2e\cos i \in [2{,}0 ; 2{,}6]\ \mathrm{\mu m}\) (au-dessus de la fenêtre) et \(\lambda_{\max,3} = \tfrac{2}{3}e\cos i \in [0{,}67 ; 0{,}87]\ \mathrm{\mu m}\) (en dessous). Là encore, un seul maximum dans la fenêtre.

\[ e\cos i \in \left[0{,}50\ ;\ 0{,}65\right]\ \mathrm{\mu m} \qquad \text{(ordre 1)} \qquad \text{ou} \qquad e\cos i \in \left[1{,}00\ ;\ 1{,}30\right]\ \mathrm{\mu m} \qquad \text{(ordre 2)} \]

La seconde famille est celle de l'annexe 6 (\(e\cos i = 1{,}0\ \mathrm{\mu m}\)) et sera préférée en pratique, car à ordre élevé les pics sont plus fins à \(R\) donné, donc la résolution spectrale est meilleure. La contrepartie est qu'il faut alors éliminer les ordres parasites.

Élément optique à ajouter. Un filtre passe-haut en longueur d'onde (filtre « passe-bas en fréquence », dit long-pass ou filtre coloré infrarouge), de longueur d'onde de coupure voisine de \(1{,}0\ \mathrm{\mu m}\), placé devant le capteur. Il absorbe le visible et le très proche infrarouge, donc les maxima d'ordre supérieur qui tomberaient dans le visible, et ne laisse passer que la bande utile. C'est une nécessité et non un raffinement : sans lui, le capteur recevrait simultanément les ordres \(2\) et \(3\), et l'information spectrale serait irrémédiablement mélangée.

Q48. Quelle valeur de \(R\) est compatible avec \(\Delta\lambda \approx 10\ \mathrm{nm}\) ? Quel inconvénient à prendre \(R\) trop proche de \(1\) ? 3 pts
Largeur à mi-hauteur d'un pic d'Airy

Posons \(\Phi = \dfrac{2\pi e\cos i}{\lambda}\). La mi-hauteur est atteinte lorsque \(\mathcal{F}\sin^{2}\Phi = 1\), avec \(\mathcal{F} = \dfrac{4R}{(1-R)^{2}}\). Au voisinage d'un maximum, \(\Phi = p\pi + \epsilon\) avec \(\epsilon\) petit, donc \(\sin\Phi \simeq \pm\epsilon\) et

\[ \epsilon_{1/2} = \frac{1}{\sqrt{\mathcal{F}}} = \frac{1-R}{2\sqrt{R}} \qquad \Longrightarrow \qquad \Delta\Phi = 2\epsilon_{1/2} = \frac{1-R}{\sqrt{R}} \]

On convertit en longueur d'onde par \(\left|\dfrac{\mathrm{d}\Phi}{\mathrm{d}\lambda}\right| = \dfrac{2\pi e\cos i}{\lambda^{2}}\) :

\[ \Delta\lambda = \frac{\lambda^{2}}{2\pi e\cos i}\cdot\frac{1-R}{\sqrt{R}} \]

Applications numériques au voisinage de \(\lambda = 1{,}0\ \mathrm{\mu m}\), avec \(e\cos i = 1{,}0\ \mathrm{\mu m}\) (donc \(\lambda^2/(2\pi e\cos i) = 1{,}0\times 10^{3}/(2\pi)\ \mathrm{nm}\)) :

\[ R = 0{,}90 \ :\quad \Delta\lambda = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 0{,}10}{2\pi\times 0{,}95} = 17\ \mathrm{nm} \] \[ R = 0{,}98 \ :\quad \Delta\lambda = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 0{,}020}{2\pi\times 0{,}99} = 3{,}2\ \mathrm{nm} \] \[ R = 0{,}99 \ :\quad \Delta\lambda = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 0{,}010}{2\pi\times 1{,}0} = 1{,}6\ \mathrm{nm} \]

Parmi les valeurs proposées en annexe 6, \(R = 0{,}80\) et \(R = 0{,}90\) donnent des pics trop larges (\(36\) et \(17\ \mathrm{nm}\)) pour la résolution de \(10\ \mathrm{nm}\) exigée à Q35. \(R = 0{,}98\) est le bon compromis : \(\Delta\lambda \approx 3\ \mathrm{nm}\), largement suffisant, sans aller jusqu'à l'excès de sélectivité de \(R = 0{,}99\).

Inconvénients d'un \(R\) trop proche de \(1\). Trois, qu'il faut savoir énoncer.

  • Effondrement du flux détecté. La transmission au sommet reste égale à \(1\), mais le pic devient si étroit que l'intégrale de la transmission sur le spectre incident, donc l'énergie réellement reçue par le pixel, devient minuscule. Le rapport signal sur bruit s'écroule, et il faut augmenter le temps de pose, ce qui est rédhibitoire pour un tri sur convoyeur en temps réel.
  • Sensibilité extrême au réglage mécanique. Un pic de \(1{,}6\ \mathrm{nm}\) autour de \(1\ \mathrm{\mu m}\) impose de contrôler \(e\cos i\) à mieux que \(\Delta\lambda/\lambda \approx 1{,}6\times 10^{-3}\) en valeur relative, soit à mieux que \(2\ \mathrm{nm}\) sur une cavité de \(1\ \mathrm{\mu m}\). Les tolérances de fabrication et la stabilité thermique du MOEMS deviennent critiques.
  • Perte de l'hypothèse \(R+T=1\). Un miroir réel absorbe et diffuse un peu ; quand \(1-R\) devient du même ordre que ces pertes, la transmission au sommet chute nettement en dessous de \(1\) et le raisonnement idéal ne tient plus.

II.C Traitement d'image en langage Python

🎯 Attendu du jury (rapport 2021). Le rapport rappelle qu'une question de programmation (lecture, modification ou correction d'un petit programme) figure au barème de chaque session, et note que ce bloc a été bien traité en 2021. Conséquence stratégique : ces six questions sont parmi les plus rentables du sujet, et il est inexcusable de les sauter. Le niveau requis ne dépasse pas celui de la spécialité NSI de première ou des capacités numériques du programme de physique-chimie.
Q49. L'intensité d'un pixel ne dépasse jamais \(255\) : que peut-on en déduire sur le convertisseur analogique-numérique ? 1,5 pt

Un convertisseur sur \(N\) bits code \(2^{N}\) niveaux distincts, numérotés de \(0\) à \(2^{N}-1\). La valeur maximale \(255 = 2^{8}-1\) identifie sans ambiguïté :

\[ N = 8\ \text{bits} \qquad ; \qquad I \in \left[0,\ 255\right] \quad \text{soit } 256 \text{ niveaux de gris} \]

Le pas de quantification vaut donc \(1/256\) de la pleine échelle, soit environ \(0{,}4\ \%\) : c'est la résolution ultime de la mesure d'intensité, et elle borne la finesse des contrastes exploitables par le tri.

Q50. Taille occupée en mémoire pour \(l = 212\) et \(c = 741\). 2 pts

L'image comporte \(l \times c\) pixels, chacun codé sur \(8\) bits, soit \(1\) octet, pour une image en nuances de gris (une seule couche) :

\[ 212 \times 741 = 157\,092\ \text{pixels} \]
\[ \text{Taille} = 157\,092\ \text{octets} \approx 1{,}6\times 10^{5}\ \mathrm{o} \approx 157\ \mathrm{ko} \quad (\text{soit } 1{,}3\times 10^{6}\ \text{bits}) \]

Deux remarques de bon sens à ajouter : (1) il s'agit de l'image brute non compressée, un fichier PNG réel étant plus petit grâce à la compression sans perte ; (2) une image couleur RGB occuperait trois fois plus, et une image hyperspectrale à une centaine de bandes occuperait cent fois plus, soit environ \(16\ \mathrm{Mo}\) par image — ce qui explique que le traitement embarqué de tri se fasse sur un petit nombre de bandes sélectionnées et non sur le cube complet.

Q51. Pourquoi deux boucles « for » ? Que signifie \((0,l)\) ? L'indentation a-t-elle une raison d'être ? 2,5 pts

Deux boucles imbriquées parce qu'un pixel est repéré par deux indices indépendants : la boucle externe sur \(i\) fait défiler les lignes, la boucle interne sur \(j\) fait défiler, pour chaque valeur de \(i\), toutes les colonnes. Le couple d'instructions \(\texttt{if/else}\) est ainsi exécuté \(l\times c\) fois, une fois pour chaque pixel. Le parcours se fait ligne par ligne, du pixel \(\texttt{img[0,0]}\) au pixel \(\texttt{img[l-1,c-1]}\).

\(\texttt{range(0,l)}\) engendre la suite des entiers de \(0\) inclus à \(l\) exclu, soit \(0, 1, \ldots, l-1\) : exactement \(l\) valeurs. La borne supérieure exclue est la convention de Python, et elle est ici nécessaire puisque les indices d'un tableau de \(l\) lignes vont de \(0\) à \(l-1\) ; écrire \(\texttt{range(1,l)}\) oublierait la première ligne, et \(\texttt{range(0,l+1)}\) provoquerait une erreur d'indice.

L'indentation n'est pas cosmétique. En Python, c'est elle, et elle seule, qui délimite les blocs d'instructions : il n'y a ni accolades ni mot-clé de fin. Le fait que la ligne (9) soit décalée à droite par rapport à la ligne (8) signifie que la boucle sur \(j\) est contenue dans la boucle sur \(i\), donc relancée intégralement à chaque nouvelle ligne. Si l'on supprimait ce décalage, les deux boucles deviendraient successives au lieu d'être imbriquées, et le programme ne traiterait plus que \(l+c\) pixels au lieu de \(l\times c\) : un décalage de quatre espaces change le résultat du programme.

Q52. Compléter la ligne (10) pour obtenir le fond en noir et les bouteilles en blanc. 2,5 pts

Il s'agit d'un seuillage (binarisation) : on classe chaque pixel dans l'une de deux catégories selon son intensité. La lecture des valeurs portées sur la figure 14 fait apparaître trois populations : les pixels des bouteilles, sombres (de l'ordre de \(44\) à \(115\)) ; ceux du fond, d'intensité intermédiaire (de l'ordre de \(187\)) ; ceux des étiquettes, très clairs (de l'ordre de \(220\) à \(226\)). Le fond n'est donc ni le plus sombre ni le plus clair, ce qui interdit un seuil simple à une seule inégalité.

Ligne (10) :

if 180 < img[i,j] < 200 :

Les pixels dont l'intensité tombe dans cette fenêtre sont ceux du fond : ils sont mis à \(0\) (noir) par la ligne (11). Tous les autres, bouteilles et étiquettes, passent dans le \(\texttt{else}\).

Pourquoi un encadrement et non un simple \(\texttt{if img[i,j] > 180}\) : ce dernier noircirait aussi les étiquettes, qui font partie des bouteilles à isoler, et découperait des trous dans les silhouettes. Le double encadrement conserve l'objet entier. Remarque de robustesse, qui vaut la peine d'être écrite : ce choix de seuils est empirique et dépendant de l'éclairage ; un algorithme industriel déterminerait les bornes automatiquement à partir de l'histogramme de l'image (méthode d'Otsu), ce qui le rendrait insensible aux variations de luminosité du convoyeur.

Q53. Compléter la ligne (13) pour obtenir une image en noir et blanc sans nuance de gris. 1,5 pt

Ligne (13) :

img[i,j] = 255

Avec \(0\) d'un côté et \(255\) de l'autre, l'image ne contient plus que les deux valeurs extrêmes de la dynamique du codage : il n'existe plus aucune nuance de gris, et le contraste est maximal, égal à \(1\) au sens de la définition \(C = \dfrac{I_{\max}-I_{\min}}{I_{\max}+I_{\min}}\). C'est ce qu'exige la suite du traitement : une silhouette binaire est directement exploitable pour compter les objets, mesurer leur surface ou localiser leur centre.

Remarque pratique, hors barème mais que le jury apprécie : \(\texttt{mpimg.imread}\) renvoie, pour un PNG, un tableau de flottants compris entre \(0{,}0\) et \(1{,}0\), et non des entiers de \(0\) à \(255\). Avec ce fichier précis, les seuils devraient donc être \(180/255 \approx 0{,}71\) et \(200/255 \approx 0{,}78\), et la ligne (13) devrait affecter \(1{,}0\). De même, \(\texttt{np.shape}\) renvoie trois valeurs pour une image couleur, ce qui ferait échouer le \(\texttt{l,c = np.shape(img)}\) de la ligne (7). L'énoncé se place implicitement dans le cas d'une image en niveaux de gris codée en entiers.

Q54. Dessiner l'allure de l'image associée à \(\texttt{img}\) à la fin du traitement. 2 pts

Le résultat est une image strictement binaire : un fond uniformément noir, sur lequel se détachent les silhouettes blanches pleines des bouteilles, étiquettes comprises. Aucun dégradé, aucun relief, aucune texture ne subsiste : toute l'information photométrique a été réduite à une information de forme. Les bouteilles apparaissent alignées comme sur la figure 11, chacune vue en projection avec son goulot.

fond : 0 (noir) bouteilles et étiquettes : 255 (blanc)
Résultat du seuillage binaire de l'image : les intensités sont réduites à deux valeurs discrètes, 0 et 255.

Deux limites à signaler, car elles font la différence entre une réponse correcte et une réponse d'agrégatif : (1) si deux bouteilles se touchent, elles forment une seule tache blanche connexe, et le comptage automatique les confondra — d'où le recours ultérieur à des opérations de morphologie mathématique (érosion, dilatation) ; (2) le traitement détruit l'information spectrale qui permet justement de distinguer PET et PVC. La binarisation sert donc uniquement à localiser les objets ; l'identification chimique se fait ensuite, bande par bande, sur les pixels ainsi sélectionnés.

Partie III — Viscosimètre MEMS

Le contexte est médical : mesurer la viscosité du sang, indispensable au dosage des anticoagulants, à partir d'une goutte de quelques microlitres. Le principe est d'une simplicité désarmante — on impose un débit dans un microcanal et on mesure la chute de pression le long du canal — mais il repose entièrement sur la loi de Poiseuille, qu'il faut établir proprement depuis Navier-Stokes.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021). Cette partie est la moins bien traitée de l'épreuve. Elle est pourtant courte, strictement indépendante des deux précédentes, et entièrement au programme de CPGE. Un candidat qui s'y attaque en début d'épreuve, plutôt qu'en fin de cinquième heure, y gagne mécaniquement des points sur la concurrence.
sens de l'écoulement a = 100 µm x O r jauges de pression P(0) P(Lx) vmax (axe) vx(r) Lx (≫ a) vx(a / 2) = 0 (non-glissement aux parois) ΔP = P(0) − P(Lx) > 0
Écoulement de Poiseuille dans le microcanal : le profil de vitesse \(v_x(r)\) est parabolique, maximal sur l'axe et nul aux parois, entretenu par la chute de pression \(\Delta P = P(0) - P(L_x)\) mesurée par les jauges réparties le long du canal.

III.A Équation de Navier-Stokes

Q55. Exprimer le rapport \(\mathcal{R}\) des ordres de grandeur du terme convectif sur le terme visqueux. Comment s'appelle-t-il ? Estimer sa valeur pour \(v \approx 1\ \mathrm{mm\,s^{-1}}\) et interpréter. 4 pts
Construction de \(\mathcal{R}\) par analyse dimensionnelle en ordres de grandeur

La méthode consiste à remplacer chaque opérateur de dérivation spatiale par \(1/L\), où \(L\) est la longueur caractéristique sur laquelle la grandeur varie. Le choix de cette longueur est tout l'enjeu : dans un canal, la vitesse passe de \(0\) à la paroi à sa valeur maximale sur l'axe, sur une distance de l'ordre du diamètre \(a\). C'est donc \(a\), et non la longueur \(L_x\) du canal, qui sert d'échelle transverse.

Terme convectif (ou advectif) : \(\left\|\rho\left(\vec{v}\cdot\overrightarrow{\mathrm{grad}}\right)\vec{v}\right\| \sim \rho\,\dfrac{v^{2}}{a}\)

Terme visqueux (ou diffusif) : \(\left\|\eta\Delta\vec{v}\right\| \sim \eta\,\dfrac{v}{a^{2}}\)

Le rapport des deux :

\[ \mathcal{R} = \frac{\rho\,v^{2}/a}{\eta\,v/a^{2}} = \frac{\rho\,v\,a}{\eta} \]
\[ \mathcal{R} = \frac{\rho\,v\,a}{\eta} \qquad \text{: c'est le } \textbf{nombre de Reynolds}, \text{ noté } Re. \]

Application numérique pour \(v = 1{,}0\ \mathrm{mm\,s^{-1}}\), \(a = 100\ \mathrm{\mu m}\), et pour un liquide aqueux (\(\rho \approx 1{,}0\times 10^{3}\ \mathrm{kg\,m^{-3}}\), \(\eta \approx 1{,}0\times 10^{-3}\ \mathrm{Pa\,s}\)) :

\[ \mathcal{R} = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 1{,}0\times 10^{-3}\times 1{,}0\times 10^{-4}}{1{,}0\times 10^{-3}} = 1{,}0\times 10^{-1} \]

Interprétation. \(Re \approx 0{,}1 \ll 1\) : les effets diffusifs (transport de quantité de mouvement par la viscosité, d'une couche de fluide à la voisine) l'emportent très largement sur les effets convectifs (transport de quantité de mouvement par le mouvement d'ensemble). On est dans le régime dit de Stokes, ou rampant. Deux conséquences :

  • l'écoulement est laminaire, parfaitement stable, et très loin de la transition turbulente (qui survient vers \(Re \approx 2\times 10^{3}\) en conduite) ;
  • le terme non linéaire de Navier-Stokes est négligeable, ce qui rend l'équation linéaire, donc soluble analytiquement : c'est ce qui va permettre d'obtenir la loi de Poiseuille exacte, et donc de remonter à \(\eta\) sans étalonnage empirique.

C'est la signature de la microfluidique : en divisant la dimension transverse par \(10^{3}\) par rapport à une conduite ordinaire, on divise \(Re\) d'autant, et l'on entre dans un monde où la viscosité domine tout, où les écoulements sont réversibles et où le mélange ne peut se faire que par diffusion moléculaire.

Piège identifié par le jury (rapport 2021, remarque 55). La construction du nombre de Reynolds comme rapport des effets convectifs aux effets diffusifs est « mal maîtrisée par la majorité » des candidats. Deux écueils distincts : (1) réciter \(Re = \rho v D/\eta\) sans l'établir, alors que la question demande explicitement le rapport des normes des deux termes ; (2) se tromper de longueur caractéristique en prenant \(L_x\) au lieu de \(a\), ce qui donne un \(Re\) faux de plusieurs ordres de grandeur. Rappel : dans \(\Delta\vec{v}\), la dérivation est double, d'où le \(a^{2}\) au dénominateur, et c'est ce qui fait que \(Re\) est proportionnel à \(a\) et non à \(1/a\).
Q56. En déduire l'équation (5) en régime stationnaire. 2 pts

On reprend l'équation (4) et l'on élimine les termes un par un, en justifiant chaque suppression :

  • \(\rho\dfrac{\partial\vec{v}}{\partial t} = \vec{0}\) : le régime est stationnaire, toutes les grandeurs eulériennes sont indépendantes du temps ;
  • \(\rho\left(\vec{v}\cdot\overrightarrow{\mathrm{grad}}\right)\vec{v}\) : négligeable devant \(\eta\Delta\vec{v}\) d'après Q55, puisque leur rapport vaut \(Re \approx 0{,}1 \ll 1\) ;
  • \(\vec{f}_v = \vec{0}\) : l'énoncé précise que les forces volumiques (pesanteur) sont négligeables, ce qui se justifie par les très faibles dimensions du dispositif — la variation de pression hydrostatique sur \(100\ \mathrm{\mu m}\) vaut \(\rho g a \approx 1\ \mathrm{Pa}\), à comparer aux \(10^{5}\ \mathrm{Pa}\) de chute de pression motrice.
\[ \eta\,\Delta\vec{v} = \overrightarrow{\mathrm{grad}}\,P \qquad (5) \]

L'équation traduit un équilibre local exact entre les forces de pression et les forces de viscosité : le fluide n'accélère pas, le gradient de pression ne sert qu'à vaincre le frottement visqueux. C'est l'équation de Stokes.

III.B Écoulement de Poiseuille

Q57. Montrer que la vitesse est orientée selon \(x\) et ne dépend que de \(r\). 3 pts

Trois arguments successifs, à écrire dans cet ordre.

1. Direction. Les parois du canal sont imperméables et le régime est stationnaire : aucun débit net ne traverse une surface cylindrique coaxiale, donc \(v_r = 0\). Par ailleurs, rien dans le problème (ni la géométrie, ni les conditions aux limites, ni le forçage en pression) ne privilégie un sens de rotation autour de \(Ox\) : le problème est invariant par la symétrie plane contenant \(Ox\), et la composante orthoradiale, qui changerait de signe dans cette symétrie, est donc nulle, \(v_\theta = 0\). Il reste \(\vec{v} = v_x\,\vec{u}_x\).

2. Invariances. Le canal est infiniment long au sens où \(a \ll L_x\), et il est de révolution autour de \(Ox\). Loin des extrémités, le problème est donc invariant par translation selon \(x\) et par rotation d'angle \(\theta\), ce qui élimine la dépendance en \(\theta\) : \(v_x = v_x(x,r)\).

3. Incompressibilité. L'écoulement étant incompressible, \(\mathrm{div}\,\vec{v} = 0\). Avec \(\vec{v} = v_x(x,r)\vec{u}_x\), la divergence en coordonnées cylindriques se réduit à son seul terme longitudinal :

\[ \mathrm{div}\,\vec{v} = \frac{\partial v_x}{\partial x} = 0 \]
\[ \vec{v} = v_x(r)\,\vec{u}_x \]

Ce résultat a une conséquence capitale que l'on peut signaler dès maintenant : pour un tel champ, le terme convectif est rigoureusement nul, car \(\left(\vec{v}\cdot\overrightarrow{\mathrm{grad}}\right)\vec{v} = v_x\dfrac{\partial}{\partial x}\left(v_x\vec{u}_x\right) = \vec{0}\). L'écoulement de Poiseuille est donc une solution exacte de Navier-Stokes, et non une solution approchée valable seulement à petit \(Re\).

Q58. Donner \(\overrightarrow{\mathrm{grad}}\,P\) en fonction de \(\Delta P\), \(L_x\) et \(\vec{u}_x\). 1,5 pt

La chute de pression étant supposée uniforme le long du canal, \(P\) décroît linéairement de \(P(0)\) à \(P(L_x)\), avec \(\Delta P = P(0)-P(L_x) > 0\) :

\[ \overrightarrow{\mathrm{grad}}\,P = \frac{P(L_x)-P(0)}{L_x}\,\vec{u}_x = -\frac{\Delta P}{L_x}\,\vec{u}_x \]

Le gradient est dirigé vers les \(x\) décroissants : le fluide s'écoule des hautes vers les basses pressions, comme il se doit. Le signe se contrôle sur le résultat final, qui doit donner \(v_x > 0\) pour \(\Delta P > 0\).

Q59. Que vaut \(v_x\) en \(r = a/2\) ? 1,5 pt
\[ v_x\!\left(\frac{a}{2}\right) = 0 \]

C'est la condition de non-glissement à la paroi : pour un fluide visqueux, la couche de fluide en contact avec une paroi solide est immobile par rapport à celle-ci (ici la paroi est fixe). Ce n'est pas une conséquence des équations, c'est une condition aux limites supplémentaire, d'origine expérimentale, qui découle de l'adhérence moléculaire. Elle disparaîtrait pour un fluide parfait, pour lequel on n'imposerait que \(v_r = 0\), et l'on trouverait alors un profil plat.

Q60. Calculer \(v_x(r)\) à partir de l'équation (5). 4 pts
Intégration de l'équation de Stokes

Avec \(\vec{v} = v_x(r)\vec{u}_x\), seul le terme radial du laplacien subsiste dans l'expression fournie par l'énoncé, et la projection de (5) sur \(\vec{u}_x\) donne :

\[ \frac{\eta}{r}\,\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}r}\!\left(r\,\frac{\mathrm{d}v_x}{\mathrm{d}r}\right) = -\frac{\Delta P}{L_x} \]

Noter au passage la structure remarquable de cette égalité : le membre de gauche ne dépend que de \(r\), celui de droite que de \(x\) ; ils ne peuvent être égaux que s'ils sont tous deux constants, ce qui justifie a posteriori l'hypothèse de gradient de pression uniforme de Q58.

Première intégration (après multiplication par \(r/\eta\)) :

\[ r\,\frac{\mathrm{d}v_x}{\mathrm{d}r} = -\frac{\Delta P}{2\eta L_x}\,r^{2} + C_1 \]

Seconde intégration :

\[ v_x(r) = -\frac{\Delta P}{4\eta L_x}\,r^{2} + C_1\ln r + C_2 \]

Constantes. Le terme \(\ln r\) diverge en \(r=0\), or la vitesse sur l'axe est finie (le fluide y est bien réel) : nécessairement \(C_1 = 0\). Puis la condition de non-glissement de Q59 donne \(C_2 = \dfrac{\Delta P}{4\eta L_x}\left(\dfrac{a}{2}\right)^{2}\).

\[ v_x(r) = \frac{\Delta P}{4\eta L_x}\left[\left(\frac{a}{2}\right)^{2} - r^{2}\right] \qquad \text{avec} \qquad v_{\max} = v_x(0) = \frac{\Delta P\,a^{2}}{16\,\eta\,L_x} \]

Le profil est parabolique, maximal sur l'axe, nul aux parois : c'est le profil de Poiseuille. Contrôles à faire : \(v_x > 0\) pour \(\Delta P > 0\) (le fluide va bien dans le bon sens) ; \(v_x\) croît quand \(\eta\) décroît (un fluide moins visqueux coule plus vite à forçage donné) ; et l'homogénéité, \(\left[\dfrac{\mathrm{Pa}\cdot\mathrm{m}^{2}}{\mathrm{Pa\,s\cdot m}}\right] = \mathrm{m\,s^{-1}}\).

Q61. Montrer que \(Q_v = \dfrac{\pi\,\Delta P}{128\,\eta\,L_x}\,a^{4}\). 2 pts

On intègre le champ de vitesse sur la section, en découpant celle-ci en couronnes d'aire \(2\pi r\,\mathrm{d}r\) sur lesquelles \(v_x\) est uniforme :

\[ Q_v = \int_0^{a/2} v_x(r)\,2\pi r\,\mathrm{d}r = \frac{\pi\Delta P}{2\eta L_x}\int_0^{a/2}\left[\left(\frac{a}{2}\right)^{2}r - r^{3}\right]\mathrm{d}r \] \[ Q_v = \frac{\pi\Delta P}{2\eta L_x}\left[\frac{a^{2}}{4}\cdot\frac{r^{2}}{2} - \frac{r^{4}}{4}\right]_0^{a/2} = \frac{\pi\Delta P}{2\eta L_x}\left(\frac{a^{4}}{32}-\frac{a^{4}}{64}\right) = \frac{\pi\Delta P}{2\eta L_x}\cdot\frac{a^{4}}{64} \]
\[ Q_v = \frac{\pi\,\Delta P\,a^{4}}{128\,\eta\,L_x} \qquad \text{(loi de Hagen-Poiseuille)} \]

La dépendance en \(a^{4}\) est le résultat marquant, et il faut le commenter : diviser par deux le diamètre d'une conduite divise le débit par seize à pression imposée. C'est ce qui explique l'effet spectaculaire d'un rétrécissement artériel en physiologie, et c'est aussi ce qui rend le microcanal si sensible : à \(a = 100\ \mathrm{\mu m}\), une très petite goutte suffit à produire une chute de pression mesurable. On peut aussi noter \(Q_v = \overline{v}\cdot\dfrac{\pi a^{2}}{4}\) avec \(\overline{v} = \dfrac{\Delta P a^{2}}{32\eta L_x} = \dfrac{v_{\max}}{2}\) : la vitesse débitante vaut exactement la moitié de la vitesse sur l'axe.

Q62. À partir de la figure 16, calculer la viscosité dynamique pour \(Q_v = 1{,}4\times 10^{-8}\ \mathrm{m^3\,s^{-1}}\). 3 pts

Lecture du document. La figure 16 donne la pression relevée par les jauges en fonction de leur position le long du canal. Les points s'alignent sur une droite décroissante, ce qui valide expérimentalement l'hypothèse de gradient de pression uniforme de Q58 — c'est la première chose à dire. La pente de cette droite fournit directement \(\Delta P/L_x\) : la pression chute d'environ \(1{,}7\times 10^{5}\ \mathrm{Pa}\) entre les positions \(4\) et \(11\ \mathrm{mm}\), soit

\[ \frac{\Delta P}{L_x} = \frac{1{,}7\times 10^{5}}{7{,}0\times 10^{-3}} = 2{,}4\times 10^{7}\ \mathrm{Pa\,m^{-1}} \]

Inversion de la loi de Poiseuille. C'est tout l'intérêt d'exprimer la mesure sous forme d'un gradient : \(L_x\) n'a pas à être connu séparément.

\[ \eta = \frac{\pi\,a^{4}}{128\,Q_v}\cdot\frac{\Delta P}{L_x} = \frac{\pi\times \left(100\times 10^{-6}\right)^{4}\times 2{,}4\times 10^{7}}{128\times 1{,}4\times 10^{-8}} \]
\[ \eta = 4{,}2\times 10^{-3}\ \mathrm{Pa\,s} \qquad \text{soit } 4{,}2\ \mathrm{mPa\,s} \]

Commentaire, en comparant à des étalons. Cette valeur vaut environ quatre fois celle de l'eau à température ambiante (\(1{,}0\ \mathrm{mPa\,s}\)), et elle est proche de la viscosité du sang total à \(37\ ^\circ\mathrm{C}\), que la littérature situe entre \(3\) et \(4\ \mathrm{mPa\,s}\) (valeur calculée légèrement au-dessus, ce qui reste l'ordre de grandeur attendu). Le dispositif remplit donc bien sa fonction.

Deux réserves à formuler, et c'est ce qui distingue une réponse d'agrégatif d'une simple application numérique.

  • Le sang n'est pas un fluide newtonien. C'est une suspension concentrée de globules rouges déformables : sa viscosité dépend du taux de cisaillement (comportement rhéofluidifiant). La valeur mesurée n'a donc de sens qu'assortie du débit auquel elle a été obtenue, ce qui est précisément la raison d'être d'un viscosimètre à débit contrôlé.
  • L'hypothèse de milieu continu est à la limite. Un globule rouge mesure environ \(8\ \mathrm{\mu m}\), soit le douzième du diamètre du canal : la séparation d'échelles est faible, et des effets connus (migration axiale des globules, couche de plasma pariétale, effet Fåhræus-Lindqvist) font que la viscosité apparente en microcanal diffère de la viscosité macroscopique.

Vérification de cohérence a posteriori, qui n'est pas demandée mais qui est très valorisée. La vitesse débitante réelle vaut

\[ \overline{v} = \frac{Q_v}{\pi a^{2}/4} = \frac{1{,}4\times 10^{-8}}{7{,}9\times 10^{-9}} = 1{,}8\ \mathrm{m\,s^{-1}} \]

très supérieure au \(1\ \mathrm{mm\,s^{-1}}\) de l'estimation de Q55. Le nombre de Reynolds vaut alors

\[ Re = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 1{,}8\times 1{,}0\times 10^{-4}}{4{,}2\times 10^{-3}} = 43 \]

soit \(43\), et non \(0{,}1\). L'écoulement reste très largement laminaire (\(Re \ll 2\times 10^{3}\)) et, comme on l'a montré à Q57, le terme convectif est de toute façon identiquement nul pour un écoulement parallèle établi : la loi de Poiseuille reste exacte. Il faut seulement vérifier que l'écoulement est bien établi, c'est-à-dire que la longueur d'entrée \(L_e \approx 0{,}06\,Re\,a\) est petite devant la distance entre jauges :

\[ L_e \approx 0{,}06\times 43\times 100\times 10^{-6} = 2{,}6\times 10^{-4}\ \mathrm{m} = 0{,}26\ \mathrm{mm} \]

soit bien moins que les \(7\ \mathrm{mm}\) de canal instrumenté : les jauges mesurent bien la zone d'écoulement établi.

III.C Transport des flux de matière en STL-SPCL

Trois QP adossées à une activité de terminale STL-SPCL sur le dimensionnement d'un réseau d'irrigation. Le programme de cette voie (annexe 7) comporte explicitement le théorème de Bernoulli avec pertes de charge et avec pompe, ainsi que la puissance utile et le rendement d'une pompe : c'est un contenu que l'on ne rencontre pas dans la voie générale, et que le jury attend ici.

Q63. (QP) Définir « incompressible » et « parfait ». Le modèle « écoulement incompressible et parfait » est-il pertinent pour le réseau d'irrigation de l'annexe 7 ? 4 pts

Écoulement incompressible. Un écoulement est incompressible lorsque le volume d'une particule de fluide ne varie pas au cours de son mouvement, ce qui se traduit par \(\mathrm{div}\,\vec{v} = 0\), ou de façon équivalente par \(\dfrac{\mathrm{D}\rho}{\mathrm{D}t} = 0\). C'est une propriété de l'écoulement, pas du fluide : le critère pratique est que la vitesse d'écoulement soit très petite devant la célérité du son dans le milieu (nombre de Mach \(Ma = v/c \ll 0{,}3\)). Ici \(v \approx 2\ \mathrm{m\,s^{-1}}\) contre \(c \approx 1{,}5\times 10^{3}\ \mathrm{m\,s^{-1}}\) dans l'eau, soit \(Ma \approx 10^{-3}\) : l'hypothèse est excellente.

Écoulement parfait. Un écoulement est parfait lorsque les effets de la viscosité y sont négligeables, c'est-à-dire qu'il n'y a ni diffusion de quantité de mouvement, ni dissipation, donc aucune perte de charge. C'est l'hypothèse qui autorise l'écriture du théorème de Bernoulli sous sa forme simple. Attention : aucun fluide réel n'est parfait ; l'écoulement peut l'être en pratique loin des parois, sur des longueurs modestes.

Piège identifié par le jury (rapport 2021, remarque 63). Le rapport relève la confusion entre « écoulement incompressible », « fluide incompressible » et « gaz parfait ». Trois notions à ne jamais mélanger. Fluide incompressible : propriété du fluide (coefficient de compressibilité isotherme \(\chi_T\) très faible), vraie pour les liquides. Écoulement incompressible : propriété de l'écoulement (\(\mathrm{div}\,\vec{v}=0\)), qui peut parfaitement être vraie pour un gaz, pourtant très compressible, dès lors qu'il s'écoule lentement — c'est le cas de l'air en soufflerie subsonique. Enfin fluide parfait (au sens mécanique : sans viscosité) n'a strictement rien à voir avec gaz parfait (au sens thermodynamique : \(PV=nRT\)), et l'homonymie fait chaque année des victimes.

Pertinence pour le réseau d'irrigation. La question se tranche par le calcul, avec la relation de Poiseuille fournie en annexe. Le débit vaut \(Q_v = 42\ \mathrm{L\,min^{-1}} = \dfrac{42\times 10^{-3}}{60} = 7{,}0\times 10^{-4}\ \mathrm{m^{3}\,s^{-1}}\), et \(a/2 = 1{,}0\times 10^{-2}\ \mathrm{m}\) :

\[ \Delta P = \frac{8\,\eta\,L\,Q_v}{\pi\left(a/2\right)^{4}} = \frac{8\times 1{,}0\times 10^{-3}\times 20{,}0\times 7{,}0\times 10^{-4}}{\pi\times \left(1{,}0\times 10^{-2}\right)^{4}} = 3{,}6\times 10^{3}\ \mathrm{Pa} \] \[ \frac{\Delta P}{P_{\text{amont}}} = \frac{3{,}6\times 10^{3}}{2{,}5\times 10^{5}} = 1{,}4\times 10^{-2} \]

La perte de charge vaut \(0{,}036\ \mathrm{bar}\), soit \(1{,}4\ \%\) de la pression amont, très inférieure au critère de \(20\ \%\) du cahier des charges. Avec la relation de Poiseuille fournie par l'énoncé, le modèle « écoulement incompressible et parfait » est donc pertinent : négliger les pertes de charge fausse le résultat de moins de deux pour cent. C'est la réponse attendue, et elle suffit à prendre tous les points de la question : le rapport de jury demande ici « des ordres de grandeur et un calcul », pas davantage.

Prolongement hors attendu — à ne pas traiter le jour du concours. Ce qui suit dépasse ce que demande l'énoncé, qui fournit la relation de Poiseuille et attend son application : ne le rédigez pas en temps limité, il ne rapporte pas de point et coûte cinq minutes. Il est donné ici parce qu'il éclaire la limite du modèle, et parce qu'un jury d'oral peut poser la question. La relation de Poiseuille n'est en effet valable qu'en régime laminaire. Or, dans ce tuyau, la vitesse débitante vaut \(\overline{v} = Q_v/(\pi(a/2)^2) = 2{,}2\ \mathrm{m\,s^{-1}}\), et

\[ Re = \frac{1{,}0\times 10^{3}\times 2{,}2\times 2{,}0\times 10^{-2}}{1{,}0\times 10^{-3}} = 4{,}4\times 10^{4} \]

très supérieur au seuil de transition \(Re \approx 2\times 10^{3}\) : l'écoulement est en réalité turbulent, et les pertes de charge y sont bien plus élevées que ne le prédit Poiseuille. Une estimation par la corrélation de Blasius (coefficient de perte de charge \(\lambda = 0{,}316\,Re^{-1/4} \approx 0{,}022\)) donne

\[ \Delta P_{\text{turb}} = \lambda\,\frac{L}{a}\,\frac{\rho\,\overline{v}^{2}}{2} = 0{,}022\times\frac{20{,}0}{2{,}0\times 10^{-2}}\times\frac{1{,}0\times 10^{3}\times 2{,}2^{2}}{2} = 5{,}3\times 10^{4}\ \mathrm{Pa} \]

soit \(0{,}53\ \mathrm{bar}\), c'est-à-dire \(21\ \%\) de la pression amont. Il faut alors assumer la conclusion que donnent ces chiffres, et elle est inverse de la précédente : le critère de \(20\ \%\) est franchi, et l'hypothèse d'écoulement parfait — celle qui annule justement la dissipation — est précisément celle qui tombe dès que l'écoulement est turbulent. Une estimation de Blasius vaut ce que vaut une corrélation empirique (elle ignore la rugosité et les pertes de charge singulières des coudes et des vannes, qui ne feraient qu'aggraver le bilan), mais l'ordre de grandeur est net : sur \(20\ \mathrm{m}\) de tuyau à \(2\ \mathrm{m\,s^{-1}}\), les pertes de charge réelles ne sont pas négligeables.

Que retenir des deux calculs. Ils ne se contredisent pas, ils répondent à deux questions différentes. « Le modèle est-il pertinent avec la relation fournie ? » — oui, et c'est la réponse à rendre, encadrée plus haut. « L'écoulement réel est-il parfait ? » — non, et c'est exactement pourquoi le programme de STL-SPCL comporte le théorème de Bernoulli avec pertes de charge et le dimensionnement d'une pompe : sans quoi ce réseau d'irrigation serait sous-dimensionné. Sachez tenir les deux niveaux de lecture, et n'exposez le second que si le jury vous y invite.

Q64. (QP) Expliquer la présence de la pompe et du tuyau de trop-plein, et justifier l'expression du débit issue du théorème de Bernoulli. 3 pts

Rôle du dispositif pompe + trop-plein. L'expérience consiste à mesurer le débit \(Q_v\) pour différentes hauteurs d'eau \(H\), à l'éprouvette et au chronomètre. Or, si l'on se contentait de remplir la cuve et de laisser couler, le niveau \(H\) baisserait pendant la mesure, donc le débit diminuerait continûment : on mesurerait une valeur moyenne mal définie, et l'écoulement ne serait pas stationnaire.

La pompe réalimente la cuve avec un débit supérieur au débit de sortie ; le trop-plein évacue l'excédent et fixe ainsi exactement la hauteur \(H\), qui reste constante quel que soit le débit de la pompe. Le dispositif impose donc un régime permanent à niveau imposé, ce qui permet (1) une mesure de débit reproductible, (2) le changement contrôlé de \(H\) d'un point de mesure au suivant, et (3) surtout, la validité de l'hypothèse de stationnarité, qui est l'une des conditions d'application du théorème de Bernoulli.

Ce dernier point est l'élégance de la question : le montage n'est pas un détail technique, il est la réalisation matérielle d'une hypothèse du modèle. C'est un excellent exemple à faire verbaliser aux élèves.

Justification de \(Q_v = S\sqrt{2gH}\) (loi de Torricelli)

On applique le théorème de Bernoulli le long d'une ligne de courant allant du point \((1)\), pris à la surface libre dans la cuve, au point \((2)\), pris dans le jet à la sortie de l'orifice. Hypothèses : écoulement stationnaire, incompressible, parfait, dans le champ de pesanteur uniforme.

\[ P_1 + \rho g z_1 + \tfrac{1}{2}\rho v_1^{2} = P_2 + \rho g z_2 + \tfrac{1}{2}\rho v_2^{2} \]
  • \(P_1 = P_2 = P_{\text{atm}}\) : la surface libre et le jet sont tous deux au contact de l'atmosphère (pour le jet, la pression est atmosphérique dans toute la section, puisque les lignes de courant y sont rectilignes et parallèles).
  • \(v_1 \approx 0\) : la section de la cuve est très grande devant celle de l'orifice, donc par conservation du débit \(v_1 = v_2\,S/S_{\text{cuve}} \ll v_2\).
  • \(z_1 - z_2 = H\) : c'est la hauteur d'eau au-dessus de l'orifice.

Il reste \(\rho g H = \tfrac{1}{2}\rho v_2^{2}\), d'où \(v_2 = \sqrt{2gH}\), puis, par définition du débit volumique \(Q_v = v_2\,S\) :

\[ Q_v = S\,\sqrt{2gH} \]

On reconnaît la formule de Torricelli : la vitesse de sortie est celle qu'aurait un corps tombant en chute libre de la hauteur \(H\), ce qui n'a rien d'un hasard puisque Bernoulli est un bilan d'énergie mécanique par unité de volume. Méthode de vérification expérimentale à proposer aux élèves : tracer \(Q_v\) en fonction de \(\sqrt{H}\) et vérifier l'alignement des points sur une droite passant par l'origine ; la pente attendue vaut \(S\sqrt{2g}\), ce qui permet en prime de retrouver la section \(S\) de l'orifice et de la comparer à sa mesure directe. On peut aussi tracer \(\ln Q_v\) en fonction de \(\ln H\) et vérifier que la pente vaut \(0{,}5\).

🎯 Attendu du jury (attendu constant, confirmé par le rapport 2022 sur une question voisine). Le théorème de Bernoulli doit être invoqué explicitement, avec ses quatre hypothèses énoncées. Démontrer Torricelli en traitant une particule de fluide comme un point matériel en chute libre est une démarche que le jury refuse, même si elle donne le bon résultat : la particule de fluide n'est pas en chute libre, elle est soumise aux forces de pression du reste du fluide.
Q65. (QP) Rédiger une question supplémentaire exploitant le théorème de Bernoulli en présence d'une pompe, et indiquer la réponse attendue. 3 pts

Justification du choix. Le programme de terminale STL-SPCL (annexe 7) exige trois capacités qui ne sont pas encore mobilisées par l'activité : « expliquer le rôle d'une pompe », « exploiter le théorème de Bernoulli avec une pompe », « définir et évaluer le rendement d'une pompe, la puissance électrique absorbée étant fournie ». La question proposée les couvre toutes les trois, en réutilisant le matériel déjà installé.

Question supplémentaire proposée aux élèves

« La pompe qui alimente la cuve est équipée de deux manomètres, placés juste en amont et juste en aval de celle-ci, à la même altitude et sur des tuyaux de même section. Ils indiquent respectivement \(P_1 = 8{,}0\times 10^{4}\ \mathrm{Pa}\) et \(P_2 = 1{,}5\times 10^{5}\ \mathrm{Pa}\), pour un débit \(Q_v = 42\ \mathrm{L\,min^{-1}}\).

a. Expliquer, en une phrase, ce que la pompe apporte au fluide.
b. Calculer la puissance hydraulique utile qu'elle fournit à l'eau.
c. La plaque signalétique indique une puissance électrique absorbée de \(120\ \mathrm{W}\). Calculer le rendement de la pompe et commenter. »

Réponse attendue.

a. La pompe fournit au fluide de l'énergie mécanique, prélevée sur le réseau électrique. Elle constitue une singularité active du circuit : le théorème de Bernoulli sous sa forme simple ne s'applique pas à travers elle, il faut sa forme généralisée, qui ajoute au bilan le travail utile fourni par unité de volume.

b. Entre les points \((1)\) et \((2)\) situés de part et d'autre de la pompe, le théorème de Bernoulli généralisé s'écrit :

\[ \frac{\mathcal{P}_{\text{utile}}}{Q_v} = \left(P_2 - P_1\right) + \rho g\left(z_2-z_1\right) + \tfrac{1}{2}\rho\left(v_2^{2}-v_1^{2}\right) \]

Les deux manomètres étant à la même altitude (\(z_1 = z_2\)) et sur des tuyaux de même section (\(v_1 = v_2\) par conservation du débit), seuls les termes de pression subsistent. Avec \(Q_v = 7{,}0\times 10^{-4}\ \mathrm{m^{3}\,s^{-1}}\) :

\[ \mathcal{P}_{\text{utile}} = Q_v\left(P_2-P_1\right) = 7{,}0\times 10^{-4}\times 7{,}0\times 10^{4} = 49\ \mathrm{W} \]

c. Le rendement est le rapport de la puissance utile à la puissance absorbée :

\[ \mathcal{P}_{\text{utile}} = 49\ \mathrm{W} \qquad ; \qquad r_{\text{pompe}} = \frac{49}{120} = 0{,}41 \qquad \text{soit } 41\ \% \]

Commentaire à faire produire par les élèves : près de \(60\ \%\) de l'énergie électrique consommée n'arrive pas au fluide. Elle est dissipée dans les pertes par effet Joule du moteur, dans les frottements mécaniques des paliers, et dans les turbulences internes de la roue. Un rendement de \(40\) à \(60\ \%\) est l'ordre de grandeur normal d'une pompe domestique, ce que les élèves peuvent vérifier sur une documentation constructeur.

Variante possible, si l'on préfère faire intervenir une dénivellation : placer la pompe entre un bassin de récupération et la cuve située \(h = 0{,}50\ \mathrm{m}\) plus haut, et demander la puissance minimale nécessaire pour maintenir le niveau constant. Le terme \(\rho g h\) s'ajoute alors au bilan, et l'on obtient une puissance de quelques watts seulement, ce qui montre aux élèves que l'essentiel de la puissance d'une pompe sert à vaincre les pertes de charge, non à élever l'eau.

🎯 Attendu du jury (rapport 2021, remarque 65). Le rapport signale que le théorème de Bernoulli généralisé (avec pertes et gains de charge) et son usage en STL-SPCL sont insuffisamment connus des candidats. C'est un point aveugle classique chez les enseignants issus de la voie générale, alors qu'il figure explicitement au programme de la voie technologique. Retenir la forme énergétique : \(\left[P + \rho g z + \tfrac{1}{2}\rho v^{2}\right]_1^{2} = \dfrac{\mathcal{P}_{\text{pompe}}}{Q_v} - \Delta P_{\text{charge}}\), où chaque terme est une énergie par unité de volume, en pascals.

Bilan : ce qui fait la différence sur cette épreuve

Les huit points qui départagent les copies

  1. Ne pas traiter le sujet dans l'ordre. C'est le premier facteur de réussite de cette session. Le rapport de jury indique que la partie I (accéléromètre) est la plus travaillée et la partie III (viscosimètre) la moins bien traitée. Or la partie III ne compte que onze questions, elle est strictement indépendante, et ses six premières questions sont du cours de mécanique des fluides de CPGE. Une heure investie en partie III rapporte davantage qu'une heure supplémentaire de polissage sur le conditionnement du signal.
  2. Ne pas sacrifier les QP, qui pèsent ici plus de 22 % du barème. Douze questions pédagogiques, réparties en quatre îlots (Q8-Q9 au collège, Q31 à Q34 en terminale spécialité, Q36 à Q38 en seconde, Q63 à Q65 en STL-SPCL), et pas un seul calcul difficile dans le lot. Elles sont pourtant les premières abandonnées, parce qu'elles sont dispersées dans le corps du sujet et qu'on les découvre trop tard. Les repérer pendant la lecture initiale et leur réserver un créneau explicite est une décision de stratégie, pas de confort.
  3. Respecter le niveau de classe visé par une QP. C'est l'erreur la plus coûteuse du sujet, signalée nommément par le rapport sur la Q8 : on répond avec l'appareillage statistique du lycée (écart type, incertitude type, \(\sigma/\sqrt{N}\)) à une question qui porte sur une classe de troisième, où rien de tout cela n'est au programme. Le jury évalue l'adéquation aux programmes : une réponse scientifiquement irréprochable mais hors niveau est une réponse fausse au regard de la question posée.
  4. Écrire les signes et les référentiels avec discipline. Quatre endroits du sujet se perdent presque uniquement là-dessus, et le rapport les pointe tous : le signe de la force d'inertie d'entraînement \(-m\vec{a}_e\) (Q2) ; l'imparité du champ de part et d'autre du plan chargé, sans laquelle le théorème de Gauss ne conclut pas (Q10-Q12) ; l'admittance \(\mathrm{j}C\Omega\) et non l'impédance dans la loi des nœuds (Q18) ; le sens du gradient de pression \(-\Delta P/L_x\,\vec{u}_x\) (Q58). Le remède est toujours le même, et le rapport l'écrit explicitement : faire un schéma fléché en convention récepteur avant d'écrire la moindre équation.
  5. Distinguer pulsation et fréquence, et plus généralement contrôler l'homogénéité. La confusion \(\omega_0\) / \(f_0\) est relevée nommément sur la Q6, où elle fait perdre la comparaison entre la marche et la fréquence propre, donc la question entière. Le contrôle d'homogénéité systématique est un attendu explicite de l'épreuve : \(Q = \sqrt{2km}/(2\alpha)\) sans dimension, \(\varepsilon_0 S/\delta\) en farads, \(\rho v a/\eta\) sans dimension. Trois lignes au total dans toute la copie, et un filet de sécurité contre les erreurs de recopie.
  6. Commenter chaque application numérique en la comparant à un étalon. Le rapport de jury de cette session donne la formule à retenir : « une grandeur physique dimensionnée n'est en soi ni petite ni grande, elle doit être comparée à un étalon ». Les étalons du sujet sont fournis par le sujet lui-même : \(C_1 = 3{,}5\ \mathrm{fF}\) face au picofarad des capacités parasites (Q14) ; \(x_{\max} = 58\ \mathrm{nm}\) face à \(d = 0{,}65\ \mathrm{\mu m}\) (Q7) ; \(\Omega\tau = 1{,}3\times 10^{3}\) face à \(1\) (Q21) ; \(Re = 0{,}1\) face à \(1\) et à \(2\times 10^{3}\) (Q55) ; \(\eta = 4{,}2\ \mathrm{mPa\,s}\) face à l'eau (Q62). La valeur seule ne vaut qu'une fraction des points.
  7. Reconnaître les architectures classiques au lieu de les redécouvrir. Trois figurent dans ce sujet et sont explicitement mal identifiées par les candidats : la détection synchrone (Q26, « peu reconnue » d'après le rapport) ; l'adaptation d'impédance par un étage à ALI, qui est la vraie réponse de la Q23 ; et le théorème de Bernoulli généralisé avec pompe et pertes de charge (Q65, « insuffisamment connu »). Ces trois notions se répondent en trois phrases chacune, à condition de les avoir nommées. Ce sont aussi trois classiques de l'oral.
  8. Construire les nombres sans dimension, ne pas les réciter. Le rapport signale que la construction du nombre de Reynolds comme rapport des effets convectifs aux effets diffusifs est ratée par la majorité (Q55). La méthode est pourtant mécanique : remplacer chaque dérivation spatiale par l'inverse de la longueur sur laquelle la grandeur varie, en prenant garde que le laplacien dérive deux fois, et choisir la bonne longueur caractéristique — le diamètre \(a\) du canal, jamais sa longueur \(L_x\). La même méthode donne le coefficient de finesse \(4R/(1-R)^2\) de la partie II et le produit \(\Omega\tau\) de la partie I.

Trois écarts avec les éléments de correction officiels

Notre résolution a été conduite indépendamment, puis confrontée aux éléments de correction diffusés pour cette session. Trois valeurs numériques diffèrent, et dans les trois cas le recalcul direct confirme la valeur donnée ici.

  • Q31, moyenne de \(A_Y\). Le document officiel annonce \(341{,}980\) ; le calcul direct donne \(301\,967/883 = 341{,}9785\), soit \(341{,}978\). L'incertitude type \(u = 0{,}008\) est identique dans les deux cas, et la conclusion physique est inchangée.
  • Q32, sensibilité. Le document officiel obtient \(356\ \mathrm{mV}/\mathcal{g}\) à partir de \(\Delta A = 73\) ; en prenant \(\Delta A = 414 - 342 = 72\), c'est-à-dire l'offset du même axe \(Y\) que celui traité à la question précédente, on obtient \(352\ \mathrm{mV}/\mathcal{g}\). L'écart d'une unité de quantification est physiquement insignifiant, mais il vaut d'être signalé aux élèves comme une illustration du choix de la référence.
  • Q63, perte de charge du réseau d'irrigation. Le document officiel annonce \(0{,}11\ \mathrm{bar}\), soit \(4{,}4\ \%\) de la pression amont. L'application littérale de la relation de Poiseuille rappelée en annexe 7 donne \(\Delta P = 8\eta L Q_v/\left[\pi (a/2)^4\right] = 3{,}6\times 10^{3}\ \mathrm{Pa} = 0{,}036\ \mathrm{bar}\), soit \(1{,}4\ \%\) : les deux valeurs diffèrent exactement d'un facteur \(\pi\), qui semble avoir été omis au dénominateur. La conclusion — le modèle sans pertes est acceptable au regard du critère de \(20\ \%\) — reste la même, et elle est même renforcée.

Barème indicatif

Ce barème est une estimation, et non le barème officiel, qui n'est pas rendu public. Il est construit sur trois appuis : le nombre de questions (65 questions numérotées), le poids des questions QP donné par le rapport de jury (« environ vingt pour cent du total des points »), et le temps de résolution estimé de chaque question. Il est donné sur un total de 170 points, à ramener sur 20 par un coefficient d'environ 0,12. Il sert à arbitrer le temps de préparation, pas à s'auto-noter au point près.

  • Partie I — Accéléromètre MEMS : 87 pts (51 %). A, comportement mécanique Q1 à Q9 : 23 pts, dont 5,5 pts de QP ; B, mesure capacitive Q10 à Q15 : 14 pts (du cours d'électrostatique, très rentable) ; C, conditionnement du signal Q16 à Q27 : 30 pts, la sous-partie la plus lourde du sujet ; résolution de problème Q28 à Q30 : 7,5 pts ; D, exploitation en terminale Q31 à Q34 : 12,5 pts, intégralement pédagogiques.
  • Partie II — Détecteur hyperspectral MOEMS : 52 pts (31 %). A, cahier des charges et QP de seconde Q35 à Q38 : 13 pts, dont 10 pts de QP ; B, Fabry-Pérot Q39 à Q48 : 27 pts, la partie la plus technique de l'épreuve ; C, Python Q49 à Q54 : 12 pts, jugés bien traités par le rapport, donc à ne jamais sacrifier.
  • Partie III — Viscosimètre MEMS : 31 pts (18 %). A, Navier-Stokes Q55-Q56 : 6 pts ; B, Poiseuille Q57 à Q62 : 15 pts ; C, STL-SPCL Q63 à Q65 : 10 pts, intégralement pédagogiques.
  • Total des questions QP : 38 pts sur 170, soit 22 % — cohérent avec les « environ vingt pour cent » annoncés par le rapport de jury, ce qui donne confiance dans la répartition globale.

Sur les statistiques de la session. Le rapport de jury 2021 comporte bien un tableau de résultats (moyennes, écarts types, barre d'admissibilité), mais ses colonnes sont difficilement exploitables en l'état. Nous ne citons donc aucune moyenne chiffrée pour cette session, plutôt que d'en avancer une non vérifiée. Le seul repère de calibration que nous retenons est qualitatif et solide : le rapport indique que la partie III a été largement délaissée, ce qui signifie qu'une copie d'admissible n'est pas une copie exhaustive, mais une copie qui a traité proprement deux parties sur trois.

Pour travailler les notions de ce sujet

Les thèmes abordés recoupent directement plusieurs leçons du catalogue, à travailler en priorité si l'une des parties ci-dessus a résisté :

  • Oscillateurs (sujet 8, physique) — oscillateur harmonique libre et amorti, facteur de qualité, amortissement : questions Q1 à Q4, et la modélisation de la masse sismique.
  • Résonance (sujet 14, physique) — régime sinusoïdal forcé, fonction de transfert, condition d'existence d'une résonance en élongation, acuité : questions Q5 à Q7, cœur de la partie I.A.
  • Capteurs (sujet 9, physique) — chaîne de mesure, capteur capacitif, sensibilité, offset, étalonnage, gamme et bande passante : les parties I.B, I.C et I.D dans leur intégralité, et notamment Q14, Q27, Q31 et Q32.
  • Dynamique d'un système électrique (sujet 12, physique) — circuit du premier ordre, constante de temps, régime transitoire et régime forcé, filtrage : questions Q19 à Q25.
  • Signal analogique et numérique (sujet 15, physique) — conversion analogique-numérique, quantum, nombre de bits, acquisition par microcontrôleur : questions Q31, Q49 et Q50.
  • Interférences (sujet 6, physique) — cohérence, différence de marche, interférences à ondes multiples, Fabry-Pérot, finesse : toute la partie II.B, qui en est l'application la plus exigeante.
  • Spectrométrie optique, couleur (sujet 3, physique) — spectre, résolution spectrale, absorption et réflectance des matériaux, filtres : questions Q35, Q47 et Q48.
  • Fluides (sujet 13, physique) — Navier-Stokes, Poiseuille, nombre de Reynolds, Bernoulli et Bernoulli généralisé, pertes de charge : toute la partie III.
  • Phénomènes de transport (sujet 10, physique) — diffusion de quantité de mouvement, viscosité cinématique, comparaison convection/diffusion : question Q55, qui en est la traduction directe.

Côté didactique, les quatre îlots de QP de ce sujet balaient à eux seuls la quasi-totalité du spectre attendu à l'écrit : incertitudes au collège sans outil statistique (Q8), distinction poids/masse (Q9), incertitudes de type A et comparaison à une valeur de référence en terminale (Q31), écriture d'un protocole et statut d'une grandeur définie (Q32), usage raisonné du numérique (Q33), obstacle didactique de vocabulaire et principe d'équivalence (Q34), objectifs d'une évaluation formative et correction commentée d'une copie (Q36-Q37), analyse critique d'un énoncé et remédiation (Q38), enfin mécanique des fluides en voie technologique (Q63 à Q65). C'est, à soi seul, un programme de révision pour les questions pédagogiques de n'importe quelle session.

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